Historiettes, Contes Et Fabliaux
- Автор: de Sade Marquis Alphonse Francois
- Язык: французский
- Жанр: Романы для взрослых
Электронная книга - «Historiettes, Contes Et Fabliaux». Краткое содержание книги:
– Ceci convenu, dit le procureur, il faut maintenant puisque vous vous en rapportez entièrement à mes conseils, que vous commenciez à quitter ce logement-ci beaucoup trop magnifique pour votre situation, et lui indiquant en même temps un petit hôtel obscur positivement en face de la maison de Fondor: voilà, lui dit-il, où il faut vous aller loger, je serai plus à portée de vous, vous serez moins chèrement et plus isolée, toutes ces choses sont nécessaires dans votre position, il est on ne saurait plus essentiel que dans les premiers temps vous ne voyiez absolument personne ou tout au plus que les gens nécessaires à notre entreprise, que je me chargerai de vous présenter moi-même.
Et ces recommandations faites, Saint-Verac se retire emportant avec lui le léger acompte de deux cents louis, pour, disait-il, mettre ce qu’on appelle les fers au feu.
Mme de Telême convenue de rendre à son mari jour par jour le compte le plus exact de sa conduite, ne manqua pas de lui écrire dès le même soir tout ce qui venait de se passer, mais comme elle avait carte blanche sur tout, elle continua d’agir à sa guise et pour se conformer aux intentions de celui qui la dirigeait, elle quitta l’hôtel brillant dans lequel elle était descendue et vint s’arranger le lendemain dans celui voisin de Fondor, où tout était déjà préparé pour la recevoir comme on avait dessein qu’elle le fût. L’appartement très mesquin qu’on lui donnait avait ses fenêtres positivement en face de celles du cabinet de Fondor, mais de manière à ce que plongeant dans cet appartement, à moins qu’on n’en fermât les rideaux, il devenait impossible à Mme de Telême de cacher ses actions à celui qui l’examinerait des croisées du cabinet de notre financier. Ce fut de là, où le libertin la lorgna dès le premier jour tout à son aise et de là, où son cœur obscène s’enflamma de la passion la plus illicite qu’il eût encore éprouvée de sa vie, mais comme ces effervescences de débauche méconnaissent la délicatesse du sentiment qui n’encensant que l’objet qu’il adore, sacrifie tout à cette seule divinité, et croirait l’inconstance un crime, Flavie seul et unique recours de la malheureuse marquise, Flavie presque aussi bien que sa maîtresse, échauffa de même l’intempérance de ce vilain faune, et il crut non seulement pouvoir se satisfaire sans aucun danger, mais même que cette créature séduite par lui, ne servirait qu’à hâter la défaite de l’autre. Dès le lendemain il se confia à Saint-Verac, et comme celui-ci ne trouva nul inconvénient à l’entreprise, on lança la maîtresse de l’hôtel garni sur la malheureuse Flavie qui ne tenant point à une centaine d’écus satisfit amplement le financier sitôt qu’il le voulut, et devint de ce moment-là l’un des plus fidèles esclaves de ses désirs. Dès qu’on la vit si bien gagnée, on crut pouvoir lui confier le projet, elle approuva, elle promit de le servir, et la malheureuse fut au point de jurer à Fondor que si le procureur ne parvenait pas promptement à réduire sa maîtresse à l’état de misère où on la désirait, elle la volerait plutôt, afin d’avoir le plaisir de voir
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… furent dehors, ne vous imaginez pas que je fasse davantage.
– Eh quoi, monsieur, ne m’avez-vous pas dit que vous feriez rentrer mes fonds, et que vous soutiendriez mon procès?
– J’ai pu dire beaucoup de choses sans avoir vu, et je dois me dédire de beaucoup après avoir vu, est-il juste que je vous paye plus que vous ne valez?…
Et un mouvement de désespoir affreux saisissant ici Mme de Telême:
– Madame, il y a tout plein de choses qui se disent avant que de jouir, et qu’on est bien loin de penser après, cette main traîtresse de la jouissance arrache le voile du prestige et laisse l’objet dans une vérité qui lui est communément bien fatale, cet… mon ange, je sais bien qu’il ne reste encore quelque… réussissent mieux
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… tout aussi peu ménagée, et détrompée enfin sur le service qu’elle avait cru que Fondor rendrait à sa maîtresse, passait aux pieds de sa maîtresse le peu d’instants où on les laissait seules et arrosait de ses larmes les genoux de cette femme qu’elle avait si horriblement trahie: elle avoua qu’elle avait été séduite et l’avoua en versant des larmes bien amères; ses soins
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… Ce qui vient de vous arriver, madame, dit-il en s’adressant à la marquise, a dû vous paraître fort extraordinaire, et n’est pourtant que la chose du monde la plus simple; venue à Paris sans crédit, sans ressources, sans protection, à peine âgée de dix-sept ans et une trop jolie figure, vous deviez nécessairement être dupée, ce n’est pas votre faute
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LE TALION
Un bon bourgeois de Picardie, le descendant peut-être d’un de ces illustres troubadours des bords de l’Oise ou de la Somme, et dont l’existence engourdie vient d’être retirée des ténèbres depuis dix ou douze ans par un grand écrivain du siècle; un brave et honnête bourgeois, dis-je, habitait la ville de Saint-Quentin, si célèbre par les grands hommes qu’elle a donnés à la littérature, et l’habitait avec honneur, lui, sa femme et une cousine au troisième degré, religieuse dans un couvent de cette ville. La cousine au troisième degré était une petite brunette à yeux vifs, à minois fripon, à nez retroussé et à taille svelte; elle était affligée de vingt-deux ans et religieuse depuis quatre; sœur Pétronille, c’était son nom, avait de plus une jolie voix, et beaucoup plus de tempérament que de religion. Quant à M. d’Esclaponville, ainsi se nommait notre bourgeois, c’était un bon gros réjoui d’environ vingt-huit ans, aimant supérieurement sa cousine et pas tout à fait autant Mme d’Esclaponville, attendu qu’il y avait déjà dix ans qu’il couchait avec elle, et qu’une habitude de dix ans est bien funeste au feu de l’hymen. Mme d’Esclaponville – car il faut peindre, pour qui passerait-on si on ne peignait pas dans un siècle où il ne faut que des tableaux, où une tragédie même ne serait pas reçue si les marchands d’écrans n’y trouvaient au moins six sujets – Mme d’Esclaponville, dis-je, était une blondasse un peu fade, mais fort blanche, d’assez jolis yeux, bien en chair, et de ces grosses joufflues qu’on appelle communément dans le monde de bonne jouissance.
Jusqu’au moment actuel Mme d’Esclaponville avait ignoré qu’il y eût une façon de se venger d’un époux infidèle; sage comme sa mère qui avait vécu quatre-vingt-trois ans avec le même homme sans lui faire d’infidélité, elle était encore assez naïve, assez pleine de candeur pour ne pas même soupçonner ce crime affreux que les casuistes ont nommé adultère, et que les agréables qui adoucissent tout, ont appelé tout simplement galanterie; mais une femme trompée reçoit bientôt de son ressentiment des conseils de vengeance, et comme aucun n’aime à être en reste, il n’est rien qu’elle ne fasse dès qu’elle le peut, pour qu’on n’ait rien à lui reprocher. Mme d’Esclaponville s’aperçut enfin que monsieur son cher époux visitait un peu trop souvent la cousine au troisième degré: le démon de la jalousie s’empare de son âme, elle guette, elle s’informe et finit par découvrir qu’il y a peu de chose aussi constatée dans Saint-Quentin que l’intrigue de son époux et de la sœur Pétronille. Sûre de son fait, Mme d’Esclaponville déclare enfin à son mari que la conduite qu’il observe lui perce l’âme, que celle qu’elle a ne méritait pas de tels procédés et qu’elle le conjure de revenir de ses travers.