Historiettes, Contes Et Fabliaux
- Автор: de Sade Marquis Alphonse Francois
- Язык: французский
- Жанр: Романы для взрослых
Электронная книга - «Historiettes, Contes Et Fabliaux». Краткое содержание книги:
– Parbleu, mon cousin, dit-il dès qu’il est pris, daignez venir visiter ma maison, je sais que vous êtes un homme de goût, je l’ai achetée et meublée exprès pour mon mariage, mais je crains d’avoir fait un mauvais marché, vous me direz votre avis s’il vous plaît.
– Volontiers, dit Bernac, personne ne s’entend comme moi dans ces choses-là, et je m’en vais vous estimer le tout à dix louis près, je le parie.
D’Aldour s’élance sur l’escalier en donnant la main à sa jolie cousine, on place Bernac au milieu des quatre sœurs, et l’on s’introduit en cet ordre dans un appartement très sombre et très écarté, absolument au bout de la maison.
– C’est ici la chambre nuptiale, dit d’Aldour au vieux jaloux, voyez-vous ce lit, mon cousin, voilà où l’épouse va cesser d’être vierge; n’est-il pas temps depuis qu’elle languit?
Tel était le mot du signaclass="underline" au même instant, nos quatre coquines sautent sur Bernac armées chacune d’une poignée de verges; on le déculotte, deux le fixent, les deux autres se relayent pour le fustiger et pendant que l’on y travaille vigoureusement
– Mon cher cousin, s’écrie d’Aldour, ne vous ai-je pas dit hier que vous seriez servi à votre guise? je n’ai rien imaginé de mieux pour vous plaire que de vous rendre ce que vous donnez tous les jours à cette charmante femme; vous n’êtes pas assez barbare pour lui faire une chose que vous n’aimeriez pas à recevoir vous-même, ainsi je me flatte que je vous fais ma cour; une circonstance manque pourtant encore à la cérémonie, ma cousine est encore, prétend-on, aussi neuve, quoiqu’elle soit depuis si longtemps avec vous, que si vous ne vous étiez marié que d’hier; un tel abandon de votre part ne vient que d’ignorance assurément, je gage que c’est que vous ne savez pas comment vous y prendre… je vais vous le montrer, mon ami.
Et en disant cela, tout au bruit de la charmante musique, le fringant cousin jette sa cousine sur le lit et la rend femme aux yeux de son indigne époux… A ce moment seul la cérémonie cesse.
– Monsieur, dit d’Aldour à Bernac en descendant de dessus l’autel, vous trouverez la leçon peut-être un peu forte, mais convenez que l’outrage l’était pour le moins autant; je ne suis, ni ne veux être l’amant de votre femme, monsieur, la voilà, je vous la rends, mais je vous conseille de vous comporter à l’avenir d’une manière plus honnête avec elle; autrement elle trouverait encore en moi un vengeur qui vous ménagerait encore moins.
– Madame, dit Bernac furieux, en vérité ce procédé…
– … Est celui que vous avez mérité, monsieur, répond Lurcie, mais s’il vous déplaît cependant, vous êtes le maître de l’ébruiter, nous exposerons chacun nos raisons, et nous verrons de qui des deux rira le public.
Bernac confus convient de ses torts, il n’invente plus de sophismes pour les légitimer, il se jette aux genoux de sa femme pour la prier de les lui pardonner: Lurcie douce et généreuse le relève et l’embrasse, tous deux retournent en leur maison et je ne sais quels moyens prit Bernac, mais jamais la capitale ne vit depuis cet instant de ménage plus intime, d’amis plus tendres et d’époux plus vertueux.
LE MARI PRÊTRE conte provençal
Entre la ville de Menerbe au comtat d’Avignon et celle d’Apt en Provence, est un petit couvent de carmes, isolé, qu’on appelle Saint-Hilaire, assis sur la croupe d’une montagne où les chèvres mêmes ont de la peine à brouter; ce petit local est à peu près comme l’égout de toutes les communautés voisines de carmes, chacune y relègue ce qui la déshonore, d’où il est aisé de juger combien doit se trouver pure la société d’une telle maison: ivrognes, coureurs de filles, sodomites, joueurs, telle est à peu près la noble composition, des reclus qui dans ce scandaleux asile, offrent à Dieu comme ils le peuvent des cœurs dont le monde ne veut plus. Un ou deux châteaux près de là, et le bourg de Menerbe qui n’est qu’à une lieue de Saint-Hilaire, voilà toute la société de ces bons religieux, qui malgré leur robe et leur état sont pourtant loin de trouver ouvertes toutes les portes de leurs environs.
Depuis longtemps le père Gabriel, l’un des saints de cet ermitage, convoitait une certaine femme de Menerbe dont le mari cocu s’il en fut jamais, portait le nom de M. Rodin. Mme Rodin était une petite brunette de vingt-huit ans à œil fripon, à croupe rebondie et qui paraissait faire en tous points un excellent morceau de moine. Pour M. Rodin, c’était un bon homme, cultivant son bien sans mot dire: il avait vendu du drap, il avait été viguier [5], c’était donc ce qu’on appelle un honnête bourgeois; pas extrêmement sûr de la vertu de sa tendre moitié, il était pourtant assez philosophe pour sentir que la véritable façon de s’opposer à la trop grande excroissance d’une coiffure de mari, est d’avoir l’air de ne pas se douter qu’on la porte; il avait étudié pour être prêtre, il parlait latin comme Cicéron, et jouait fort souvent aux dames rabattues avec le père Gabriel qui en courtisan adroit et prévenant, savait qu’il faut toujours faire un peu la cour au mari dont on a envie d’avoir la femme. C’était un véritable étalon des enfants d’Élie que le père Gabrieclass="underline" on eût dit à le voir que toute la race humaine pouvait en paix se reposer sur lui du soin de la repropager; un faiseur d’enfants s’il en fut jamais, des épaules sûres, un rein d’une aune, une figure noire et basanée, des sourcils comme ceux de Jupiter, six pieds de haut et ce qui caractérise spécialement un carme, fait, disait-on, sur les modèles des plus beaux mulets de la province. A quelle femme un tel égrillard ne doit-il pas souverainement plaire? aussi convenait-il fort étonnamment à Mme Rodin, très éloignée de trouver des facultés aussi sublimes dans le bon sire que ses parents lui avaient donné pour époux. M. Rodin avait l’air de fermer les yeux sur tout, nous l’avons dit, mais il n’en était pas moins jaloux, il ne disait mot, mais il restait là, et y restait dans des moments où l’on l’aurait souvent voulu bien loin; la poire était mûre pourtant. La naïve Rodin avait tout bonnement déclaré à son amant qu’elle n’attendait plus que l’occasion pour correspondre à des désirs qui lui paraissaient trop ardents pour y résister davantage, et de son côté père Gabriel avait fait sentir à Mme Rodin qu’il était prêt à la satisfaire… Dans un très court instant où Rodin avait été contraint de sortir, Gabriel avait même fait voir à sa charmante maîtresse, de ces choses qui déterminent une femme pour un peu qu’elle balance encore… il ne fallait donc plus que l’occasion.
Un jour que Rodin était venu demander à déjeuner à son ami de Saint-Hilaire avec le projet de lui proposer une partie de chasse, après avoir vidé quelques bouteilles de vin de Lanerte, Gabriel crut voir dans la circonstance l’instant propice à ses désirs.
– Oh ventrebleu, monsieur le viguier, dit le moine à son ami, que je suis bien aise de vous voir aujourd’hui, vous ne sauriez venir plus à propos pour moi, j’ai une affaire de la plus grande importance où vous m’allez être d’une utilité sans exemple.