Le vicomte de Bragelonne Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:
Athos pâlit; puis, fronçant le sourcil comme le dieu suprême de l'Antiquité:
– Il me tarde de savoir ce que vous avez répondu, monsieur, demanda-t-il majestueusement.
– Oh! pardon… pardon!… murmura le jeune homme tombant du haut de son exaltation.
– Qu'avez-vous répondu, monsieur? demanda le comte en frappant du pied.
– Monsieur, j'avais l'épée à la main, celui qui m'insultait, était en garde, j'ai fait sauter son épée par-dessus une palissade, et je l'ai envoyé rejoindre son épée.
– Et pourquoi ne l'avez-vous pas tué?
– Sa Majesté défend le duel, monsieur, et j'étais en ce moment ambassadeur de Sa Majesté.
– C'est bien, dit Athos, mais raison de plus pour que j'aille parler au roi.
– Qu'allez-vous lui demander, monsieur?
– L'autorisation de tirer l'épée contre celui qui nous a fait cette offense.
– Monsieur, si je n'ai point agi comme je devais agir, pardonnez-moi, je vous en supplie.
– Qui vous a fait un reproche, Raoul?
– Mais cette permission que vous voulez demander au roi.
– Raoul, je prierai Sa Majesté de signer à votre contrat de mariage.
– Monsieur…
– Mais à une condition…
– Avez-vous besoin de condition vis-à-vis de moi? ordonnez, monsieur, et j'obéirai.
– À la condition, continua Athos, que vous me direz le nom de celui qui a ainsi parlé de votre mère.
– Mais, monsieur, qu'avez-vous besoin de savoir ce nom?
– C'est à moi que l'offense a été faite, et une fois la permission obtenue de Sa Majesté, c'est moi que la vengeance regarde.
– Son nom, monsieur?
– Je ne souffrirai pas que vous vous exposiez.
– Me prenez-vous pour un don Diegue? Son nom?
– Vous l'exigez?
– Je le veux.
– Le vicomte de Wardes.
– Ah! dit tranquillement Athos, c'est bien, je le connais. Mais nos chevaux sont prêts, monsieur; au lieu de partir dans deux heures, nous partirons tout de suite. À cheval, monsieur, à cheval!
Chapitre XCI – Monsieur est jaloux du duc de Buckingham
Tandis que M. le comte de La Fère s'acheminait vers Paris, accompagné de Raoul, le Palais-Royal était le théâtre d'une scène que Molière eût appelée une bonne comédie.
C'était quatre jours après son mariage; Monsieur, après avoir déjeuné à la hâte, passa dans ses antichambres, les lèvres en moue, le sourcil froncé.
Le repas n'avait pas été gai. Madame s'était fait servir dans son appartement.
Monsieur avait donc déjeuné en petit comité. Le chevalier de Lorraine et Manicamp assistaient seuls à ce déjeuner, qui avait duré trois quarts d'heure sans qu'un seul mot eût été prononcé.
Manicamp, moins avancé dans l'intimité de Son Altesse Royale que le chevalier de Lorraine, essayait vainement de lire dans les yeux du prince ce qui lui donnait cette mine si maussade. Le chevalier de Lorraine, qui n'avait besoin de rien devenir, attendu qu'il savait tout, mangeait avec cet appétit extraordinaire que lui donnait le chagrin des autres, et jouissait à la fois du dépit de Monsieur et du trouble de Manicamp.
Il prenait plaisir à retenir à table, en continuant de manger, le prince impatient, qui brûlait du désir de lever le siège. Parfois Monsieur se repentait de cet ascendant qu'il avait laissé prendre sur lui au chevalier de Lorraine, et qui exemptait celui-ci de toute étiquette.
Monsieur était dans un de ces moments-là; mais il craignait le chevalier presque autant qu'il l'aimait, et se contentait de rager intérieurement.
De temps en temps, Monsieur levait les yeux au ciel, puis les abaissait sur les tranches de pâté que le chevalier attaquait; puis enfin, n'osant éclater, il se livrait à une pantomime dont Arlequin se fût montré jaloux.
Enfin Monsieur n'y put tenir, et au fruit, se levant tout courroucé, comme nous l'avons dit, il laissa le chevalier de Lorraine achever son déjeuner comme il l'entendrait.
En voyant Monsieur se lever, Manicamp se leva tout roide, sa serviette à la main.
Monsieur courut plutôt qu'il ne marcha vers l'antichambre, et, trouvant un huissier, il le chargea d'un ordre à voix basse.
Puis, rebroussant chemin, pour ne pas passer par la salle à manger, il traversa ses cabinets, dans l'intention d'aller trouver la reine mère dans son oratoire, où elle se tenait habituellement. Il pouvait être dix heures du matin.
Anne d'Autriche écrivait lorsque Monsieur entra. La reine mère aimait beaucoup ce fils, qui était beau de visage et doux de caractère.
Monsieur, en effet, était plus tendre et, si l'on veut, plus efféminé que le roi.
Il avait pris sa mère par les petites sensibleries de femme, qui plaisent toujours aux femmes; Anne d'Autriche, qui eût fort aimé avoir une fille, trouvait presque en ce fils les attentions, les petits soins et les mignardises d'un enfant de douze ans.
Ainsi, Monsieur employait tout le temps qu'il passait chez sa mère à admirer ses beaux bras, à lui donner des conseils sur ses pâtes et des recettes sur ses essences, où elle se montrait fort recherchée; puis il lui baisait les mains et les yeux avec un enfantillage charmant, avait toujours quelque sucrerie à lui offrir, quelque ajustement nouveau à lui recommander.
Anne d'Autriche aimait le roi, ou plutôt la royauté dans son fils aîné: Louis XIV lui représentait la légitimité divine.
Elle était reine mère avec le roi; elle était mère seulement avec Philippe. Et ce dernier savait que, de tous les abris, le sein d'une mère est le plus doux et le plus sûr.
Aussi, tout enfant, allait-il se réfugier là quand des orages s'étaient élevés entre son frère et lui; souvent après les gourmades qui constituaient de sa part des crimes de lèse-majesté, après les combats à coups de poings et d'ongles, que le roi et son sujet très insoumis se livraient en chemise sur un lit contesté, ayant le valet de chambre La Porte pour tout juge du camp, Philippe, vainqueur, mais épouvanté de sa victoire, était allé demander du renfort à sa mère, ou du moins l'assurance d'un pardon que Louis XIV n'accordait que difficilement et à distance. Anne avait réussi, par cette habitude d'intervention pacifique, à concilier tous les différends de ses fils et à participer par la même occasion à tous leurs secrets.
Le roi, un peu jaloux de cette sollicitude maternelle qui s'épandait surtout sur son frère, se sentait disposé envers Anne d'Autriche à plus de soumission et de prévenances qu'il n'était dans son caractère d'en avoir.
Anne d'Autriche avait surtout pratiqué ce système de politique envers la jeune reine.
Aussi régnait-elle presque despotiquement sur le ménage royal, et dressait-elle déjà toutes ses batteries pour régner avec le même absolutisme sur le ménage de son second fils. Anne d'Autriche était presque fière lorsqu'elle voyait entrer chez elle une mine allongée, des joues pâles et des yeux rouges, comprenant qu'il s'agissait d'un secours à donner au plus faible ou au plus mutin.
Elle écrivait, disons-nous, lorsque Monsieur entra dans son oratoire, non pas les yeux rouges, non pas les joues pâles, mais inquiet, dépité, agacé.
Il baisa distraitement les bras de sa mère, et s'assit avant qu'elle lui en eût donné l'autorisation.