Le vicomte de Bragelonne Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:
Cet œil mutin, malicieux, railleur, que Raoul voulait éviter, et qu'il revenait interroger sans cesse, mettait Raoul au supplice. Quant à Louise, soit timidité naturelle, soit toute autre raison dont Raoul ne pouvait se rendre compte, elle tenait constamment les yeux baissés, et, intimidée? éblouie, la respiration brève, elle se retirait le plus qu'elle pouvait à l'écart, impassible même aux coups de coude de Montalais.
Tout cela était pour Raoul une véritable énigme dont le pauvre vicomte eût donné bien des choses pour savoir le mot. Mais nul n'était là pour le lui donner, pas même Malicorne, qui, un peu inquiet de se trouver avec tant de gentilshommes, et assez effaré des regards railleurs de Montalais, avait décrit un cercle, et peu à peu s'était allé placer à quelques pas de M. le prince, derrière le groupe des filles d'honneur, presque à la portée de la voix de Mlle Aure, planète autour de laquelle, humble satellite, il semblait graviter forcément. En revenant à lui, Raoul crut reconnaître à sa gauche des voix connues.
C'était, en effet, de Wardes, de Guiche et le chevalier de Lorraine qui causaient ensemble.
Il est vrai qu'ils causaient si bas, qu'à peine si l'on entendait le souffle de leurs paroles dans la vaste salle.
Parler ainsi de sa place, du haut de sa taille, sans se pencher, sans regarder son interlocuteur, c'était un talent dont les nouveaux venus ne pouvaient atteindre du premier coup la sublimité. Aussi fallait-il une longue étude à ces causeries, qui, sans regards, sans ondulation de tête, semblaient la conversation d'un groupe de statues.
En effet, aux grands cercles du roi et des reines, tandis que Leurs Majestés parlaient et que tous paraissaient les écouter dans un religieux silence, il se tenait bon nombre de ces silencieux colloques dans lesquels l'adulation n'était point la note dominante.
Mais Raoul était un de ces habiles dans cette étude toute d'étiquette, et, au mouvement des lèvres, il eût pu souvent deviner le sens des paroles.
– Qu'est-ce que cette Montalais? demandait de Wardes. Qu'est-ce que cette La Vallière? Qu'est-ce que cette province qui nous arrive?
– La Montalais, dit le chevalier de Lorraine, je la connais: c'est une bonne fille qui amusera la cour. La Vallière, c'est une charmante boiteuse.
– Peuh! dit de Wardes.
– N'en faites pas fi, de Wardes; il y a sur les boiteuses des axiomes latins très ingénieux et surtout fort caractéristiques.
– Messieurs, messieurs, dit de Guiche en regardant Raoul avec inquiétude, un peu de mesure, je vous prie.
Mais l'inquiétude du comte, en apparence du moins, était inopportune.
Raoul avait gardé la contenance la plus ferme et la plus indifférente, quoiqu'il n'eût pas perdu un mot de ce qui venait de se dire. Il semblait tenir registre des insolences et des libertés des deux provocateurs pour régler avec eux son compte à l'occasion.
De Wardes devina sans doute cette pensée et continua:
– Quels sont les amants de ces demoiselles?
– De la Montalais? fit le chevalier.
– Oui, de la Montalais d'abord.
– Eh bien! vous? moi, de Guiche, qui voudra, pardieu!
– Et de l'autre?
– De Mlle de La Vallière?
– Oui.
– Prenez garde, messieurs, s'écria de Guiche pour couper court à la réponse du chevalier; prenez garde, Madame nous écoute.
Raoul enfonçait sa main jusqu'au poignet dans son justaucorps et ravageait sa poitrine et ses dentelles.
Mais justement cet acharnement qu'il voyait se dresser contre de pauvres femmes lui fit prendre une résolution sérieuse.
«Cette pauvre Louise, se dit-il à lui-même, n'est venue ici que dans un but honorable et sous une honorable protection; mais il faut que je connaisse ce but; il faut que je sache qui la protège.»
Et, imitant la manœuvre de Malicorne, il se dirigea vers le groupe des filles d'honneur.
Bientôt la présentation fut terminée. Le roi, qui n'avait cessé de regarder et d'admirer Madame, sortit alors de la salle de réception avec les deux reines.
Le chevalier de Lorraine reprit sa place à côté de Monsieur, et, tout en l'accompagnant, il lui glissa dans l'oreille quelques gouttes de ce poison qu'il avait amassé depuis une heure, en regardant de nouveaux visages et en soupçonnant quelques cœurs d'être heureux. Le roi, en sortant, avait entraîné derrière lui une partie des assistants; mais ceux qui, parmi les courtisans, faisaient profession d'indépendance ou de galanterie, commencèrent à s'approcher des dames. M. le prince complimenta Mlle de Tonnay-Charente. Buckingham fit la cour à Mme de Chalais et à Mme de La Fayette, que déjà Madame avait distinguées et qu'elle aimait. Quant au comte de Guiche, abandonnant Monsieur depuis qu'il pouvait se rapprocher seul de Madame, il s'entretenait vivement avec Mme de Valentinois, sa sœur, et Mlles de Créquy et de Châtillon.
Au milieu de tous ces intérêts politiques ou amoureux, Malicorne voulait s'emparer de Montalais, mais celle-ci aimait bien mieux causer avec Raoul, ne fût-ce que pour jouir de toutes ses questions et de toutes ses surprises.
Raoul était allé droit à Mlle de La Vallière, et l'avait saluée avec le plus profond respect.
Ce que voyant, Louise rougit et balbutia; mais Montalais s'empressa de venir à son secours.
– Eh bien! dit-elle, nous voilà, monsieur le vicomte.
– Je vous vois bien, dit en souriant Raoul, et c'est justement sur votre présence que je viens vous demander une petite explication.
Malicorne s'approcha avec son plus charmant sourire.
– Éloignez-vous donc, monsieur Malicorne, dit Montalais. En vérité, vous êtes fort indiscret.
Malicorne se pinça les lèvres et fit deux pas en arrière sans dire un seul mot.
Seulement, son sourire changea d'expression, et, d'ouvert qu’il était, devint railleur.
– Vous voulez une explication, monsieur Raoul? demanda Montalais.
– Certainement, la chose en vaut bien la peine, il me semble; Mlle de la Vallière fille d'honneur de Madame!
– Pourquoi ne serait-elle pas fille d'honneur aussi bien que moi? demanda Montalais.
– Recevez mes compliments, mesdemoiselles, dit Raoul, qui crut s'apercevoir qu'on ne voulait pas lui répondre directement.
– Vous dites cela d'un air fort complimenteur, monsieur le vicomte.
– Moi?
– Dame? j'en appelle à Louise.
– M. de Bragelonne pense peut-être que la place est au-dessus de ma condition, dit Louise en balbutiant.
– Oh! non pas, mademoiselle, répliqua vivement Raoul; vous savez très bien que tel n'est pas mon sentiment; je ne m'étonnerais pas que vous occupassiez la place d'une reine, à plus forte raison celle-ci. La seule chose dont je m'étonne, c'est de l'avoir appris aujourd'hui seulement et par accident.
– Ah! c'est vrai, répondit Montalais avec son étourderie ordinaire. Tu ne comprends rien à cela, et, en effet, tu n'y dois rien comprendre. M. de Bragelonne t'avait écrit quatre lettres, mais ta mère seule était restée à Blois; il fallait éviter que ces lettres ne tombassent entre ses mains; je les ai interceptées et renvoyées à M. Raoul, de sorte qu'il te croyait à Blois quand tu étais à Paris, et ne savait pas surtout que tu fusses montée en dignité.
– Eh quoi! tu n'avais pas fait prévenir M. Raoul comme je t'en avais priée? s'écria Louise.