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Le vicomte de Bragelonne Tome II

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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Avec les habitudes d'étiquette établies à la cour d'Anne d'Autriche, cet oubli des convenances était un signe d'égarement, de la part surtout de Philippe, qui pratiquait si volontiers l'adulation du respect.

Mais, s'il manquait si notoirement à tous ces principes, c'est que la cause en devait être grave.

– Qu'avez-vous, Philippe? demanda Anne d'Autriche en se tournant vers son fils.

– Ah! madame, bien des choses, murmura le prince d'un air dolent.

– Vous ressemblez, en effet, à un homme fort affairé, dit la reine en posant la plume dans l'écritoire.

Philippe fronça le sourcil, mais ne répondit point.

– Dans toutes les choses qui remplissent votre esprit, dit Anne d'Autriche, il doit cependant s'en trouver quelqu'une qui vous occupe plus que les autres?

– Une, en effet, m'occupe plus que les autres, oui, madame.

– Je vous écoute.

Philippe ouvrit la bouche pour donner passage à tous les griefs qui se passaient dans son esprit et semblaient n'attendre qu'une issue pour s'exhaler.

Mais tout à coup il se tut, et tout ce qu'il avait sur le cœur se résuma par un soupir.

– Voyons, Philippe, voyons, de la fermeté, dit la reine mère. Une chose dont on se plaint, c'est presque toujours une personne qui gêne, n'est-ce pas?

– Je ne dis point cela, madame.

– De qui voulez-vous parler? Allons, allons, résumez-vous.

– Mais c'est qu'en vérité, madame, ce que j'aurais à dire est fort discret.

– Ah! mon Dieu!

– Sans doute; car, enfin, une femme…

– Ah! vous voulez parler de Madame? demanda la reine mère avec un vif sentiment de curiosité.

– De Madame?

– De votre femme, enfin.

– Oui, oui, j'entends.

– Eh bien! si c'est de Madame que vous voulez me parler, mon fils, ne vous gênez pas. Je suis votre mère, et Madame n'est pour moi qu'une étrangère. Cependant, comme elle est ma bru, ne doutez point que je n'écoute avec intérêt, ne fût-ce que pour vous, tout ce que vous m'en direz.

– Voyons, à votre tour, madame, dit Philippe, avouez-moi si vous n'avez pas remarqué quelque chose?

– Quelque chose, Philippe?… Vous avez des mots d'un vague effrayant… Quelque chose, et de quelle sorte est-ce quelque chose?

– Madame est jolie, enfin.

– Mais oui.

– Cependant ce n'est point une beauté.

– Non; mais, en grandissant, elle peut singulièrement embellir encore. Vous avez bien vu les changements que quelques années déjà ont apportés sur son visage. Eh bien! elle se développera de plus en plus, elle n'a que seize ans. À quinze ans, moi aussi, j'étais fort maigre; mais enfin, telle qu'elle est, Madame est jolie.

– Par conséquent, on peut l'avoir remarquée.

– Sans doute, on remarque une femme ordinaire, à plus forte raison une princesse.

– Elle a été bien élevée, n'est-ce pas, madame?

– Madame Henriette, sa mère, est une femme un peu froide, un peu prétentieuse, mais une femme pleine de beaux sentiments. L'éducation de la jeune princesse peut avoir été négligée, mais, quant aux principes, je les crois bons; telle était du moins mon opinion sur elle lors de son séjour en France; depuis, elle est retournée en Angleterre, et je ne sais ce qui s'est passé.

– Que voulez-vous dire?

– Eh! mon Dieu, je veux dire que certaines têtes, un peu légères, sont facilement tournées par la prospérité.

– Eh bien! madame, vous avez dit le mot; je crois à la princesse une tête un peu légère, en effet.

– Il ne faudrait pas exagérer, Philippe: elle a de l'esprit et une certaine dose de coquetterie très naturelle chez une jeune femme; mais, mon fils, chez les personnes de haute qualité ce défaut tourne à l'avantage d'une cour. Une princesse un peu coquette se fait ordinairement une cour brillante; un sourire d'elle fait éclore partout le luxe, l'esprit et le courage même; la noblesse se bat mieux pour un prince dont la femme est belle.

– Grand merci, madame, dit Philippe avec humeur; en vérité, vous me faites là des peintures fort alarmantes, ma mère.

– En quoi? demanda la reine avec une feinte naïveté.

– Vous savez, madame, dit dolemment Philippe, vous savez si j'ai eu de la répugnance à me marier.

– Ah! mais, cette fois, vous m'alarmez. Vous avez donc un grief sérieux contre Madame?

– Sérieux, je ne dis point cela.

– Alors; quittez cette physionomie renversée. Si vous vous montrez ainsi chez vous, prenez-y garde, on vous prendra pour un mari fort malheureux.

– Au fait, répondit Philippe, je ne suis pas un mari satisfait, et je suis aise qu'on le sache.

– Philippe! Philippe!

– Ma foi! madame, je vous dirai franchement, je n'ai point compris la vie comme on me la fait.

– Expliquez-vous.

– Ma femme n'est point à moi, en vérité; elle m'échappe en toute circonstance. Le matin, ce sont les visites, les correspondances, les toilettes; le soir, ce sont les bals et les concerts.

– Vous êtes jaloux, Philippe!

– Moi? Dieu m'en préserve! À d'autres qu'à moi ce sot rôle de mari jaloux; mais je suis contrarié.

– Philippe, ce sont toutes choses innocentes que vous reprochez là à votre femme, et tant que vous n'aurez rien de plus considérable…

– Écoutez donc, sans être coupable, une femme peut inquiéter; il est de certaines fréquentations, de certaines préférences que les jeunes femmes affichent et qui suffisent pour faire donner parfois au diable les maris les moins jaloux.

– Ah! nous y voilà, enfin; ce n'est point sans peine. Les fréquentations, les préférences, bon! Depuis une heure que nous battons la campagne, vous venez enfin d'aborder la véritable question.

– Eh bien! oui…

– Ceci est plus sérieux. Madame aurait-elle donc de ces sortes de torts envers vous?

– Précisément.

– Quoi! votre femme, après quatre jours de mariage, vous préférerait quelqu'un, fréquenterait quelqu'un? Prenez-y garde, Philippe, vous exagérez ses torts; à force de vouloir prouver, on ne prouve rien.

Le prince, effarouché du sérieux de sa mère, voulut répondre, mais il ne put que balbutier quelques paroles inintelligibles.

– Voilà que vous reculez, dit Anne d'Autriche, j'aime mieux cela; c'est une reconnaissance de vos torts.

– Non! s'écria Philippe, non, je ne recule pas, et je vais le prouver. J'ai dit préférences, n'est-ce pas? j'ai dit fréquentations, n'est-ce pas? Eh bien! écoutez.

Anne d'Autriche s'apprêta complaisamment à écouter avec ce plaisir de commère que la meilleure femme, que la meilleure mère, fût-elle reine, trouve toujours dans son immixtion à de petites querelles de ménage.

– Eh bien! reprit Philippe, dites-moi une chose.

– Laquelle?

– Pourquoi ma femme a-t-elle conservé une cour anglaise? Dites!

Et Philippe se croisa les bras en regardant sa mère, comme s’il eût été convaincu qu'elle ne trouverait rien à répondre à ce reproche.

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