Le vicomte de Bragelonne Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:
– Au moins, reprit-il, est-ce heureux ou malheureux pour moi?
– Vous verrez.
– Vous êtes sévère dans vos discrétions.
– Monsieur, une grâce.
– En échange de celle que vous ne me faites pas?
– Précisément.
– Parlez!
– J'ai le plus vif désir de voir la cérémonie et je n'ai pas de billet d'admission, malgré toutes les démarches que j'ai faites pour m'en procurer. Pourriez-vous me faire entrer?
– Certes.
– Faites cela pour moi, monsieur le vicomte, je vous en supplie.
– Je le ferai volontiers, monsieur; accompagnez-moi.
– Monsieur, je suis votre humble serviteur.
– Je vous croyais ami de M. de Manicamp?
– Oui, monsieur. Mais, ce matin, j'ai, en le regardant s'habiller, fait tomber une bouteille de vernis sur son habit neuf, et il m'a chargé l'épée à la main, si bien que j'ai dû m'enfuir. Voilà pourquoi je ne lui ai pas demandé de billet. Il m'eût tué.
– Cela se conçoit, dit Raoul. Je connais Manicamp capable de tuer l'homme assez malheureux pour commettre le crime que vous avez à vous reprocher à ses yeux, mais je réparerai le mal vis-à-vis de vous; j'agrafe mon manteau, et je suis prêt à vous servir de guide et d'introducteur.
Chapitre LXXXIX – La surprise de mademoiselle de Montalais
Madame fut mariée au Palais-Royal, dans la chapelle, devant un monde de courtisans sévèrement choisis.
Cependant, malgré la haute faveur qu'indiquait une invitation, Raoul, fidèle à sa promesse, fit entrer Malicorne, désireux de jouir de ce curieux coup d'œil.
Lorsqu'il eut acquitté cet engagement, Raoul se rapprocha de de Guiche, qui, pour contraste avec ses habits splendides, montrait un visage tellement bouleversé par la douleur, que le duc de Buckingham seul pouvait lui disputer l'excès de la pâleur et de l'abattement.
– Prends garde, comte, dit Raoul en s'approchant de son ami et en s'apprêtant à le soutenir au moment où l'archevêque bénissait les deux époux.
En effet, on voyait M. le prince de Condé regardant d'un œil curieux ces deux images de la désolation, debout comme des cariatides aux deux côtés de la nef. Le comte s'observa plus soigneusement. La cérémonie terminée, le roi et la reine passèrent dans le grand salon, où ils se firent présenter Madame et sa suite.
On observa que le roi, qui avait paru très émerveillé à la vue de sa belle sœur, lui fit les compliments les plus sincères. On observa que la reine mère, attachant sur Buckingham un regard long et rêveur, se pencha vers Mme de Motteville pour lui dire:
– Ne trouvez-vous pas qu'il ressemble à son père?
On observa enfin que Monsieur observait tout le monde et paraissait assez mécontent.
Après la réception des princes et des ambassadeurs, Monsieur demanda au roi la permission de lui présenter, ainsi qu'à Madame, les personnes de sa maison nouvelle.
– Savez-vous, vicomte, demanda tout bas M. le prince à Raoul, si la maison a été formée par une personne de goût, et si nous aurons quelques visages assez propres?
– Je l'ignore absolument, monseigneur, répondit Raoul.
– Oh! vous jouez l'ignorance.
– Comment cela, monseigneur?
– Vous êtes l'ami de de Guiche, qui est des amis du prince.
– C'est vrai, monseigneur: mais la chose ne m'intéressant point, je n'ai fait aucune question à de Guiche, et, de son côté, de Guiche, n'étant point interrogé, ne s'est point ouvert à moi.
– Mais Manicamp?
– J'ai vu, il est vrai, M. de Manicamp au Havre et sur la route, mais j'ai eu soin d'être aussi peu questionneur vis-à-vis de lui que je l’avais été vis-à-vis de de Guiche. D'ailleurs, M. de Manicamp sait-il quelque chose de tout cela, lui qui n'est qu'un personnage secondaire?
– Eh! mon cher vicomte, d'où sortez-vous? dit le prince; mais ce sont les personnages secondaires qui, en pareille occasion, ont toute influence, et la preuve, c'est que presque tout s'est fait par la présentation de M. de Manicamp à de Guiche, et de Guiche à Monsieur.
– Eh bien! monseigneur, j'ignorais cela complètement, dit Raoul, et c'est une nouvelle que Votre Altesse me fait l'honneur de m'apprendre.
– Je veux bien vous croire, quoique ce soit incroyable, et d'ailleurs nous n'aurons pas longtemps à attendre: voici l'escadron volant qui s'avance, comme disait la bonne reine Catherine. Tudieu! les jolis visages!
Une troupe de jeunes filles s'avançait en effet dans la salle sous la conduite de Mme de Navailles, et nous devons le dire à l'honneur de Manicamp, si en effet il avait pris à cette élection la part que lui accordait le prince de Condé, c'était un coup d'œil fait pour enchanter ceux qui, comme M. le prince, étaient appréciateurs de tous les genres de beauté.
Une jeune femme blonde, qui pouvait avoir vingt à vingt et un ans, et dont les grands yeux bleus dégageaient en s'ouvrant des flammes éblouissantes, marchait la première et fut présentée la première.
– Mlle de Tonnay-Charente, dit à Monsieur la vieille Mme de Navailles.
Et Monsieur répéta en saluant Madame:
– Mlle de Tonnay-Charente.
– Ah! ah! celle-ci me paraît assez agréable, dit M. le prince en se retournant vers Raoul… Et d'une.
– En effet, dit Raoul, elle est jolie, quoiqu'elle ait l'air un peu hautain.
– Bah! nous connaissons ces airs-là, vicomte; dans trois mois elle sera apprivoisée; mais regardez donc, voici encore une beauté.
– Tiens, dit Raoul, et une beauté de ma connaissance même.
– Mlle Aure de Montalais, dit Mme de Navailles.
Nom et prénom furent scrupuleusement répétés par Monsieur.
– Grand Dieu! s'écria Raoul fixant des yeux effarés sur la porte d'entrée.
– Qu'y a-t-il? demanda le prince, et serait-ce Mlle Aure de Montalais qui vous fait pousser un pareil grand Dieu?
– Non, monseigneur, non, répondit Raoul tout pâle et tout tremblant.
– Alors si ce n'est Mlle Aure de Montalais, c'est cette charmante blonde qui la suit. De jolis yeux, ma foi! un peu maigre, mais beaucoup de charme.
– Mlle de La Baume Le Blanc de La Vallière, dit Mme de Navailles.
À ce nom retentissant jusqu'au fond du cœur de Raoul, un nuage monta de sa poitrine à ses yeux.
De sorte qu'il ne vit plus rien et n'entendit plus rien; de sorte que M. le prince, ne trouvant plus en lui qu'un écho muet à ses railleries, s'en alla voir de plus près les belles jeunes filles que son premier coup d’œil avait déjà détaillées.
– Louise ici! Louise demoiselle d'honneur de Madame! murmurait Raoul.
Et ses yeux, qui ne suffisaient pas à convaincre sa raison, erraient de Louise à Montalais.
Au reste, cette dernière s'était déjà défaite de sa timidité d'emprunt, timidité qui ne devait lui servir qu'au moment de la présentation et pour les révérences.
Mlle de Montalais, de son petit coin à elle, regardait avec assez d'assurance tous les assistants, et, ayant retrouvé Raoul, elle s'amusait de l'étonnement profond où sa présence et celle de son amie avaient jeté le pauvre amoureux.