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Le vicomte de Bragelonne Tome II

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– Mais M. de Bragelonne, par exemple.

– C'est un nom que je connais sans connaître celui qui le porte. Non, M. de Bragelonne n'a rien dit.

– Qui donc, alors? oh, madame, si quelqu'un avait eu l'audace de voir en moi ce que je n'y veux point voir moi-même…

– Que feriez-vous, duc?

– Il est des secrets qui tuent ceux qui les trouvent.

– Celui qui a trouvé votre secret, fou que vous êtes, celui-là n'est pas tué encore; il y a plus, vous ne le tuerez pas; celui-là est armé de tous droits: c'est un mari, c'est un jaloux, c'est le second gentilhomme de France, c'est mon fils, le duc d'Orléans.

Le duc pâlit.

– Que vous êtes cruelle, madame! dit-il.

– Vous voilà bien, Buckingham, dit Anne d'Autriche avec mélancolie, passant par tous les extrêmes et combattant les nuages, quand il vous serait si facile de demeurer en paix avec vous-même.

– Si nous guerroyons, madame; nous mourrons sur le champ de bataille, répliqua doucement le jeune homme en se laissant aller au plus douloureux abattement.

Anne courut à lui et lui prit la main.

– Villiers, dit-elle en anglais avec une véhémence à laquelle nul n'eût pu résister, que demandez-vous? À une mère, de sacrifier son fils; à une reine, de consentir au déshonneur de sa maison! Vous êtes un enfant, n'y pensez pas! Quoi! pour vous épargner une larme, je commettrais ces deux crimes, Villiers? Vous parlez des morts; les morts du moins furent respectueux et soumis; les morts s'inclinaient devant un ordre d'exil; ils emportaient leur désespoir comme une richesse en leur cœur, parce que le désespoir venait de la femme aimée, parce que la mort, ainsi trompeuse, était comme un don, comme une faveur.

Buckingham se leva les traits altérés, les mains sur le cœur.

– Vous avez raison, madame, dit-il; mais ceux dont vous parlez avaient reçu l'ordre d'exil d'une bouche aimée; on ne les chassait point: on les priait de partir, on ne riait pas d'eux.

– Non, l'on se souvenait! murmura Anne d'Autriche. Mais qui vous dit qu'on vous chasse, qu'on vous exile? Qui vous dit qu'on ne se souvienne pas de votre dévouement? Je ne parle pour personne, Villiers, je parle pour moi, partez! Rendez-moi ce service, faites-moi cette grâce; que je doive cela encore à quelqu'un de votre nom.

– C'est donc pour vous, madame?

– Pour moi seule.

– Il n'y aura derrière moi aucun homme qui rira, aucun prince qui dira: «J'ai voulu!»

– Duc, écoutez-moi.

Et ici la figure auguste de la vieille reine prit une expression solennelle.

– Je vous jure que nul ici ne commande, si ce n'est moi; je vous jure que non seulement personne ne rira, ne se vantera, mais que personne même ne manquera au devoir que votre rang impose. Comptez sur moi, duc, comme j'ai compté sur vous.

– Vous ne vous expliquez point, madame; je suis ulcéré, je suis au désespoir; la consolation, si douce et si complète qu'elle soit, ne me paraîtra pas suffisante.

– Ami, avez-vous connu votre mère? répliqua la reine avec un caressant sourire.

– Oh! bien peu, madame, mais je me rappelle que cette noble dame me couvrait de baisers et de pleurs quand je pleurais.

– Villiers! murmura la reine en passant son bras au cou du jeune homme, je suis une mère pour vous, et, croyez-moi bien, jamais personne ne fera pleurer mon fils.

– Merci, madame, merci! dit le jeune homme attendri et suffoquant d'émotion; je sens qu'il y avait place encore dans mon cœur pour un sentiment plus doux, plus noble que l'amour. La reine mère le regarda et lui serra la main.

– Allez, dit-elle.

– Quand faut-il que je parte? ordonnez!

– Mettez le temps convenable, milord, reprit la reine; vous partez, mais vous choisissez votre jour… Ainsi, au lieu de partir aujourd'hui, comme vous le désireriez sans doute; demain, comme on s'y attendait, partez après demain au soir; seulement, annoncez dès aujourd'hui votre volonté.

– Ma volonté? murmura le jeune homme.

– Oui, duc.

– Et… je ne reviendrai jamais en France?

Anne d'Autriche réfléchit un moment, et s'absorba dans la douloureuse gravité de cette méditation.

– Il me sera doux, dit-elle, que vous reveniez le jour où j'irai dormir éternellement à Saint-Denis près du roi mon époux.

– Qui vous fit tant souffrir! dit Buckingham.

– Qui était roi de France, répliqua la reine.

– Madame, vous êtes pleine de bonté, vous entrez dans la prospérité, vous nagez dans la joie; de longues années vous sont promises.

– Eh bien! vous viendrez tard alors, dit la reine en essayant de sourire.

– Je ne reviendrai pas, dit tristement Buckingham, moi qui suis jeune.

– Oh! Dieu merci…

– La mort, madame, ne compte pas les années; elle est impartiale; on meurt quoique jeune, on vit quoique vieillard.

– Duc, pas de sombres idées; je vais vous égayer. Venez dans deux ans. Je vois sur votre charmante figure que les idées qui vous font si lugubre aujourd'hui seront des idées décrépites avant six mois; donc, elles seront mortes et oubliées dans le délai que je vous assigne.

– Je crois que vous me jugiez mieux tout à l'heure, madame, répliqua le jeune homme, quand vous disiez que, sur nous autres de la maison de Buckingham, le temps n'a pas de prise.

– Silence! oh! silence! fit la reine en embrassant le duc sur le front avec une tendresse qu'elle ne put réprimer; allez! allez! ne m’attendrissez point, ne vous oubliez plus! Je suis la reine, vous êtes sujet du roi d'Angleterre; le roi Charles vous attend; adieu, Villiers! farewell, Villiers!

– For ever! répliqua le jeune homme.

Et il s'enfuit en dévorant ses larmes. Anne appuya ses mains sur son front; puis, se regardant au miroir:

– On a beau dire, murmura-t-elle, la femme est toujours jeune; on a toujours vingt ans dans quelque coin du cœur.

Chapitre XCIII – Où sa Majesté Louis XIV ne trouve Melle de La Vallière ni assez riche, ni assez jolie pour un gentilhomme du rang du vicomte de Bragelonne

Raoul et le comte de La Fère arrivèrent à Paris le soir du jour ou Buckingham avait eu cet entretien avec la reine mère. À peine arrivé, le comte fit demander par Raoul une audience au roi.

Le roi avait passé une partie de la journée à regarder avec Madame et les dames de la cour des étoffes de Lyon dont il faisait présent à sa belle-sœur. Il y avait eu ensuite dîner à la cour, puis jeu, et, selon son habitude, le roi, quittant le jeu à huit heures, avait passé dans son cabinet pour travailler avec M. Colbert et M. Fouquet.

Raoul était dans l'antichambre au moment où les deux ministres sortirent, et le roi l'aperçut par la porte entrebâillée.

– Que veut M. de Bragelonne? demanda-t-il.

Le jeune homme s'approcha.

– Sire, répliqua-t-il, une audience pour M. le comte de La Fère, qui arrive de Blois avec grand désir d'entretenir Votre Majesté.

– J'ai une heure avant le jeu et mon souper, dit le roi. M. de La Fère est-il prêt?

– M. le comte est en bas, aux ordres de Votre Majesté.

– Qu'il monte.

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