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La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]

Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:

3 000 ans ont passé depuis le massacre des doryphores. Mais seulement vingt-six ans pour Ender Wiggin. Paradoxe de la relativité du temps dans l’espace ! Hanté par sa participation au génocide d’un peuple, Ender poursuit sa quête : trouver une planète où il pourra enfin déposer le cocon de la reine des doryphores.
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
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Miro et Ela rirent en évoquant ce souvenir, et le Porte-Parole sourit également. Cela déconcerta totalement Novinha – cette bonne humeur avait été absente de la maison depuis que Marcão l’avait conduite ici, l’année suivant la mort de Pipo. En dépit d’elle-même, Novinha se souvint de sa joie, lorsque Miro était bébé, et lorsque Ela était petite, les quelques premières années de leur vie, comment Miro bavardait continuellement, comment Ela le suivait dans toute la maison, comment les enfants jouaient et couraient dans l’herbe en face de la forêt des piggies, qui se dressait juste de l’autre côté de la clôture ; ce fut la joie que les enfants procuraient à Novinha qui empoisonna Marcão, qui le conduisit à les haïr tous les deux, parce qu’il savait qu’ils ne lui appartenaient ni l’un ni l’autre. Lorsque Quim vint au monde, la colère pesait sur la maison, et il apprit à ne jamais rire librement en présence de ses parents. Entendre Miro et Ela rire ensemble fut comme l’ouverture soudaine d’un épais rideau noir ; d’un seul coup, ce fut à nouveau le jour, alors que Novinha avait oublié qu’il y avait autre chose que la nuit.

Comment cet inconnu osait-il s’imposer chez elle et déchirer brutalement tous les rideaux qu’elle avait fermés !

— Je n’accepterai pas, déclara-t-elle. Vous n’avez pas le droit de fouiller dans la vie de mon mari.

Il haussa les sourcils. Elle connaissait le Code Stellaire aussi bien que lui, de sorte qu’elle savait parfaitement bien que non seulement il en avait le droit, mais aussi que la loi le protégeait dans sa recherche de la vérité sur la vie de la personne décédée.

— Marcão était un individu pitoyable, insista-t-elle, et dire la vérité à son sujet ne provoquera que de la douleur.

— Vous avez raison. La vérité sur sa vie ne provoquera que de la douleur, mais pas parce que c’était un individu pitoyable, précisa le Porte-Parole. Si je ne disais que ce que tout le monde sait déjà – qu’il haïssait ses enfants, battait sa femme et causait du désordre, dans les bars où il s’enivrait, jusqu’à ce que les gendarmes le reconduisent chez lui –, dans ce cas, ce ne serait pas douloureux, n’est-ce pas ? Ce serait même très satisfaisant, parce que tout le monde aurait le sentiment d’avoir eu raison depuis le départ : c’était une ordure, de sorte qu’il était parfaitement justifié de le considérer comme tel.

— Et vous croyez qu’il n’en était pas une ?

— Aucun être humain, lorsque l’on comprend ses désirs, n’est dépourvu de valeur. Aucune vie n’est totalement négative. Les individus les plus détestables eux-mêmes, lorsque l’on comprend leur cœur, ont à leur crédit un acte généreux qui les rachète, même un tout petit peu.

— Si vous croyez cela, vous êtes plus jeune que vous ne paraissez, dit Novinha.

— Vraiment ? fit le Porte-Parole. J’ai reçu votre appel il y a moins de deux semaines. Je me suis renseigné sur vous à ce moment-là et, même si vous ne vous en souvenez pas, Novinha, moi je me souviens que, lorsque vous étiez adolescente, vous étiez douce, belle et bonne. Vous aviez vécu dans la solitude, mais Pipo et Libo ont tous les deux trouvé de bonnes raisons de vous aimer.

— Pipo est mort.

— Mais il vous aimait.

— Vous ne comprenez rien, Porte-Parole ! Vous étiez à vingt-deux années-lumière ! En outre, ce n’était pas moi que je considérais comme dépourvue de valeur, c’était Marcão.

— Mais vous ne croyez pas cela, Novinha. Parce que vous connaissez l’acte tendre et généreux qui rachète la vie de ce pauvre homme.

Novinha ne comprit pas la terreur qui s’empara d’elle, mais elle se rendit compte qu’elle devait le faire taire avant qu’il ait pu préciser, bien qu’elle ne sût pas quel acte généreux il avait découvert dans l’existence de Cão.

— Comment osez-vous m’appeler Novinha ! cria-t-elle. Personne ne m’appelle plus ainsi depuis des années !

Pour toute réponse, il leva la main et passa légèrement le bout des doigts sur sa joue. Ce fut un geste timide, presque un geste d’adolescent ; il lui rappela Libo et cela lui fut insupportable. Elle lui saisit la main, l’écarta brutalement, puis passa devant lui pour entrer dans la chambre.

— Sors ! cria-t-elle à Miro.

Son fils se leva immédiatement puis recula jusqu’à la porte. Elle constata, à l’expression de son visage, que, après tout ce que Miro avait vu dans cette maison, sa fureur le surprenait encore.

— Vous n’obtiendrez rien de moi ! cria-t-elle au Porte-Parole.

— Je ne suis pas venu vous prendre quoi que ce soit, répondit-il calmement.

— Je ne veux pas non plus de ce que vous pouvez donner ! Vous ne signifiez rien pour moi, vous entendez ? Vous ne valez rien ! Lixo, ruina, estrago – vai fora d’aqui, não tens direito estar em minha casa !

Vous n’avez rien à faire chez moi.

— Não ères estrago, souffla-t-il, ères solo fecundo, e vou plantar jardim aï.

Puis, sans lui laisser le temps de répondre, il ferma la porte et s’en alla.

En vérité, elle ne savait que répondre, tant ses paroles étaient impudentes. Elle l’avait traité d’estrago, mais il avait répondu comme si elle s’était elle-même traitée d’épave. Et elle lui avait parlé d’une façon blessante, employant le tu familier et humiliant au lieu de o Senhor ou même de voce, la forme de politesse. C’était ainsi que l’on parlait à un enfant ou un chien. Pourtant, lorsqu’il avait répondu sur le même ton, avec la même familiarité, cela avait été totalement différent. « Tu es une terre fertile et je planterai un jardin en toi. » C’était le genre de chose qu’un poète dit à sa maîtresse, ou le mari à son épouse et le tu, dans ce cas, était intime, pas arrogant. Comment peut-il oser ! se dit-elle, touchant sa joue à l’endroit qu’il avait caressé. Il est beaucoup plus cruel que ne l’étaient les Porte-Parole de mon imagination. L’évêque Peregrino avait raison. Il est dangereux l’infidèle, l’antéchrist, il pénètre audacieusement dans les coins de mon cœur que je considère comme des lieux saints, où personne n’a jamais été autorisé à entrer. Il marche sur les rares petites pousses qui s’accrochent à la vie sur ce sol rocheux, comment peut-il oser ! Je regrette de ne pas être morte, il va sûrement me détruire avant d’avoir terminé.

Elle entendit des sanglots. Quara. Naturellement, les cris l’avaient réveillée ; elle avait le sommeil léger. Novinha faillit ouvrir la porte et aller la consoler, mais les sanglots cessèrent et une douce voix masculine se mit à chanter. La chanson était dans une autre langue. L’allemand, se dit Novinha, ou le Scandinave ; de toute façon, elle ne comprenait pas. Mais elle savait qui chantait et comprit que Quara était consolée.

Novinha n’avait pas éprouvé une telle peur depuis le jour où elle avait compris que Miro avait décidé de devenir Zenador et de poursuivre l’œuvre des deux victimes des piggies. Cet homme dénoue les fils de ma famille et en rétablit la cohérence ; mais, ce faisant, il découvrira mes secrets. S’il découvre comment Pipo est mort, et Parle la vérité, Miro apprendra ce secret et cela le tuera. Je ne sacrifierai plus rien aux piggies ; ce sont des dieux trop cruels que je ne veux plus adorer.

Plus tard, allongée sur son lit, derrière sa porte fermée, elle entendit à nouveau des rires dans le salon et, cette fois, Quim et Olhado riaient avec Miro et Ela. Elle imagina qu’elle pouvait les voir, la bonne humeur illuminant la pièce. Mais, lorsque le sommeil s’empara d’elle et que l’image se mua en rêve, ce n’était plus le Porte-Parole qui était assis parmi ses enfants, leur apprenant à rire ; c’était Libo, toujours vivant, tout le monde sachant qu’il était son véritable mari, l’homme qu’elle avait épousé dans son cœur, bien qu’elle eût toujours refusé de l’épouser à l’église. Malgré le sommeil, cela lui fut une joie insupportable et les larmes mouillèrent les draps de son lit.

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