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La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]

Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:

3 000 ans ont passé depuis le massacre des doryphores. Mais seulement vingt-six ans pour Ender Wiggin. Paradoxe de la relativité du temps dans l’espace ! Hanté par sa participation au génocide d’un peuple, Ender poursuit sa quête : trouver une planète où il pourra enfin déposer le cocon de la reine des doryphores.
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
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Une main masculine puissante mais étrangement lisse passa au-dessus de son épaule, prit la cafetière et versa, par le bec mince et délicat, un fin jet de café brûlant dans les tasses minuscules.

— Posso derramar ? demanda-t-il.

Quelle question stupide, puisqu’il servait déjà ! Mais sa voix était douce, son portugais teinté par les accents élégants du castillan. Un Espagnol, alors ?

— Desculpa-me, souffla-t-elle. (Excusez-moi.) Trouxe o senhor tantos quilômetros…

— Les vols interstellaires ne se mesurent pas en kilomètres, Dona Ivanova. Ils se mesurent en années.

Ses paroles étaient une accusation, mais sa voix évoquait les regrets, le pardon, la consolation, même. Je pourrais être séduite par cette voix. Cette voix ment.

— Si je pouvais défaire votre voyage et vous ramener vingt ans en arrière, je le ferais. Vous appeler était une erreur. Je m’excuse.

Sa voix était plate. Comme toute sa vie était un mensonge, ces excuses elles-mêmes semblaient préfabriquées.

— Je n’ai pas encore pris conscience du temps, dit le Porte-Parole. (Il se tenait toujours derrière elle, de sorte qu’elle n’avait toujours pas vu son visage.) De mon point de vue, il n’y a qu’une semaine que j’ai quitté ma sœur. Elle était ma dernière famille vivante. Sa fille n’était pas encore née et, à présent, elle a certainement terminé ses études, s’est mariée, et a peut-être des enfants. Je ne la connaîtrai jamais. Mais je connais vos enfants, Dona Ivanova.

Elle porta sa tasse à ses lèvres et la vida en une seule gorgée, bien qu’il lui brûlât la langue et la gorge et lui fît mal à l’estomac.

— En quelques petites heures, vous croyez les connaître ?

— Mieux que vous, Dona Ivanova.

L’audace du Porte-Parole arracha une exclamation assourdie à Ela. Et, bien que Novinha fût convaincue de la véracité vraisemblable de ces paroles, entendre un inconnu les prononcer la mit en rage. Elle se retourna afin de le regarder, de lui clouer le bec, mais il avait bougé et ne se trouvait plus derrière elle. Elle se tourna davantage, finissant par se lever dans l’espoir de le trouver, mais il n’était plus dans la pièce. Ela se tenait sur le seuil, les yeux dilatés.

— Revenez ! appela Novinha. Vous ne pouvez pas dire cela et disparaître ensuite !

Mais il ne répondit pas. Elle entendit des rires étouffés à l’arrière. Novinha suivit le bruit. Elle traversa les pièces jusqu’à l’autre bout de la maison. Miro était assis sur le lit de Novinha et le Porte-Parole se tenait près de la porte, riant avec lui. Miro vit sa mère et son sourire disparut. Cela lui fit mal. Il y avait des années qu’elle ne l’avait pas vu rire, de sorte qu’elle avait oublié comme son visage devenait beau, exactement comme le visage de son père ; et sa présence avait effacé ce sourire.

— Nous sommes venus parler ici parce que Quim était très en colère, expliqua Miro. Ela a fait le lit.

— Je ne crois pas que le Porte-Parole s’inquiète de savoir si le lit est fait ou pas, répliqua froidement Novinha. N’est-ce pas, Porte-Parole ?

— L’ordre et le désordre, dit le Porte-Parole, ont chacun leur beauté.

Cependant, il ne se tourna pas vers elle, et elle en fut heureuse, car cela signifiait qu’elle ne serait pas obligée de voir ses yeux lorsqu’elle communiquerait son désagréable message.

— Je dois vous dire, Porte-Parole, que vous êtes venu pour rien, déclara-t-elle. Détestez-moi si vous voulez, mais il n’y a pas de mort à Parler. J’étais une adolescente stupide. Naïvement j’ai cru que, lorsque j’appellerais, l’auteur de La Reine et l’Hégémon viendrait. J’avais perdu un homme qui était comme un père pour moi, et je voulais être consolée.

Il se tourna alors vers elle. C’était un homme encore jeune, plus jeune qu’elle, du moins, mais la douceur de son regard était séduisante. Perigoso, se dit-elle. Il est dangereux, il est beau, je risque de me noyer dans cette douceur.

— Dona Ivanova, dit-il, comment avez-vous pu lire La Reine et l’Hégémon et croire que son auteur vous apporterait du réconfort ?

Ce fut Miro qui répondit – Miro généralement silencieux et pondéré qui intervint dans la conversation avec une vigueur qui avait disparu depuis son enfance.

— Je l’ai lu, dit-il, et le premier Porte-Parole a écrit l’histoire de la reine avec une profonde compassion.

Le Porte-Parole eut un sourire triste.

— Mais il n’écrivait pas à l’intention des doryphores, n’est-ce pas ? Il écrivait à l’intention de l’humanité qui considérait encore la destruction des doryphores comme une grande victoire. Il a écrit avec cruauté, afin de transformer leur orgueil en regrets, leur joie en chagrin. Et, aujourd’hui, les êtres humains ont totalement oublié qu’ils haïssaient autrefois les doryphores, qu’ils ont autrefois honoré et fêté un nom qu’on ne peut plus prononcer…

— Je peux tout dire, intervint Ivanova. Il s’appelait Ender et il détruisait tout ce qu’il touchait.

Comme moi, ajouta-t-elle intérieurement.

— Oh ? Et que savez-vous de lui ? (Sa voix était coupante, rauque et cruelle.) Comment pouvez-vous être sûre qu’il n’avait pas de tendresse ? Que personne ne l’aimait, que quelqu’un n’était pas béni par son amour. Il détruisait tout ce qu’il touchait… C’est une chose que l’on ne peut dire honnêtement d’aucun être humain ayant jamais vécu.

— Est-ce là votre doctrine, Porte-Parole ? Dans ce cas, vous ne comprenez rien.

Elle était défiante, néanmoins, la colère de son interlocuteur l’effrayait. Elle avait cru que sa gentillesse était aussi imperturbable que celle d’un confesseur.

Presque aussitôt, celle-ci réapparut sur son visage.

— Vous pouvez apaiser votre conscience, dit-il. Votre appel est à l’origine de mon départ, mais d’autres personnes ont appelé un Porte-Parole, pendant mon voyage.

— Oh ?

Qui, dans cette ville bigote, connaissait assez bien La Reine et l’Hégémon pour désirer un Porte-Parole et qui était assez indépendant de l’Evêque Peregrino pour oser en appeler un ?

— Si tel est le cas, que faites-vous chez moi ?

— On m’a demandé de Parler la mort de Marcão Maria Ribeira, votre mari décédé.

C’était une idée stupéfiante.

— Lui ? Qui pourrait avoir encore envie de penser à lui, maintenant qu’il est mort ?

Le Porte-Parole ne répondit pas. Miro, toujours assis sur le lit, intervint sèchement :

— Grego, déjà. Le Porte-Parole nous a montré ce que nous aurions dû savoir – que le petit pleure son père et croit que nous le haïssons…

— Psychologie de bazar ! répliqua-t-elle. Nous avons nos propres psychologues, et ils ne valent pas mieux.

La voix d’Ela s’éleva derrière elle :

— Maman, je lui ai demandé de venir Parler la mort de papa. Je croyais que plusieurs décennies s’écouleraient avant son arrivée, mais je suis heureuse qu’il soit ici, alors qu’il peut encore nous aider.

— Comme s’il pouvait nous aider !

— Il l’a déjà fait, maman. Grego s’est endormi en l’embrassant et Quara lui a parlé.

— En fait, ajouta Miro, elle lui a dit qu’il puait.

— Ce qui est probablement vrai, précisa Èla, puisque Greginho avait fait pipi sur lui.

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