La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Nouveau printemps #2
- Год: 1990
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-06701-0
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
— Nous devrions nous arrêter maintenant pour prendre un peu de repos, dit-il le premier soir alors que le soleil était encore haut à l’occident.
— Déjà ? s’écria Thu-kimnibol. Encore une demi-heure !
— Vous allez crever les xlendis.
— Juste une demi-heure.
— Voulez-vous voir mourir des bêtes dès le premier jour, prince ?
Quelque chose dans le ton de l’homme incita Thu-kimnibol à prendre cet avertissement au sérieux.
— Risquent-ils vraiment de mourir, si nous leur demandons de nous mener juste un peu plus loin ?
— Si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera demain. Et sinon après-demain. C’est maintenant que nous devons nous arrêter. Je suis prêt à parier mon casque que, si nous allongeons l’étape du jour et si nous faisons la même chose demain, des xlendis seront morts dans les trois jours qui viennent. Leur robustesse cache une certaine fragilité. Ce ne sont pas des bêtes de somme. Vous avez choisi des animaux fougueux qui sont capables de nous transporter assez rapidement quand ils sont frais et dispos. Mais quand ils commencent à être fourbus…
Esperasagiot retira son casque, une armure de tête ornée de cinq plumes de métal argenté qui se dressaient sur le derrière, et le posa dans les mains de Thu-kimnibol.
— Je suis disposé à parier mon casque, prince. Contre votre écharpe. À cette allure, nous aurons perdu deux bêtes en moins de trois jours.
— Très bien, dit Thu-kimnibol. Nous ferons halte quand vous le déciderez.
C’était encore l’été et l’air était lourd et humide. Ils traversaient une contrée fertile parsemée de nombreuses fermes. Thu-kimnibol voyait parfois des petits groupes de fermiers observant avec inquiétude le passage du convoi en bordure de leurs terres, se demandant peut-être s’ils allaient être victimes de pillards.
Puis le convoi s’engagea dans les collines. L’atmosphère était beaucoup plus sèche et il n’y avait plus de fermes. Le sol brun était pauvre et rocailleux, battu par un âpre vent du nord. Les animaux sauvages, rares à proximité des terres cultivées, redevenaient plus nombreux. Des vols sinistres de charognards aux larges ailes et au long bec passaient au-dessus du convoi. À la nuit tombée, le grand œil argenté de la lune portant les traces sombres des blessures que lui avaient infligées les étoiles de mort, répandait son éclat froid sur les terres désolées.
Sous la conduite experte de Esperasagiot, les xlendis donnaient toute satisfaction. Ils semblaient avancer de jour en jour avec plus d’ardeur. C’étaient des animaux gris et élancés, aux flancs minces et à l’allure altière, à la tête ronde et distinguée, aux naseaux frémissants, qui galopaient en s’ébrouant.
Thu-kimnibol commençait à comprendre pourquoi Esperasagiot avait tenu à ménager les forces des xlendis pendant les premiers jours du voyage. C’étaient des animaux de la ville, habitués à tirer les voitures des nobles, et qui n’avaient aucune expérience des longues courses en rase campagne. S’il les crevait dès les premiers jours, quand il était encore facile de se procurer du fourrage, quelle réserve d’énergie pourraient-ils avoir lorsque les conditions deviendraient plus difficiles ? Il fallait les laisser s’endurcir progressivement pour qu’ils soient aguerris quand arriverait la partie la plus pénible du voyage ; telle était la théorie de Esperasagiot.
— Je vous dois des excuses, dit Thu-kimnibol au maître d’équipage après dix jours de route. Vous savez parfaitement vous y prendre avec les xlendis.
Esperasagiot répondit par un grognement. Il n’avait que faire des excuses du prince, ni de ses compliments. Seuls les xlendis l’intéressaient.
Ils traversaient maintenant le grand plateau côtier qui s’étendait entre Dawinno et Yissou. De petites plantes grises et noueuses s’accrochaient au sol caillouteux. Il y avait de loin en loin les vestiges d’anciennes cités de la Grande Planète. Mais il n’en subsistait que des lignes blanchâtres sur le sol, les traces à peine visibles de fondations et de pavements.
Hresh y avait envoyé des étudiants de l’Université pour faire des fouilles, mais ils étaient revenus bredouilles.
Thu-kimnibol décida de faire halte dans le premier de ces sites qu’il trouva sur la route. Il se représenta en marchant la multitude d’yeux de saphir qui l’avaient jadis peuplé. Il imagina les énormes crocodiliens aux fortes et longues mâchoires, à la tête massive et aux cuisses trapues déambulant dans les rues tels des philosophes, prenant appui sur leur énorme queue comme sur une sorte de béquille, l’étincelle du génie brillant dans leurs yeux bleus et globuleux.
En d’autres circonstances, il se serait fait un devoir d’explorer le site pour rapporter à Naarinta un ou deux bibelots de la Grande Planète. Un fragment d’os fossilisé, un débris de quelque mystérieux instrument lui faisaient toujours plaisir. Elle avait décoré les couloirs de leur villa d’une étrange et troublante accumulation de vestiges tordus et déformés de l’antiquité qu’elle contemplait pendant des heures.
Il gratta quand même de-ci de-là, en souvenir d’elle et peut-être aussi pour se distraire, en se disant qu’il pouvait tomber sur une de ces machines luisantes du passé qui faisaient des miracles, sur quelque chose que la poussière aurait à peine recouvert et que personne n’aurait encore remarqué. Une arme, peut-être, qui pourrait servir à anéantir les hjjk. Ou même des ossements d’yeux de saphir. Personne n’en avait jamais trouvé. Il gratta avec la pointe de sa botte. Mais en vain.
Il lui prit une lubie et il donna l’ordre de creuser une tranchée de faible profondeur. Après plus d’une heure de travail, on lui apporta une concrétion brunâtre qui se désagrégea aussitôt dans sa main et qu’il jeta avec un haussement d’épaules.
Il se sentait pénétré du sentiment de l’ancienneté du monde, des mondes disparus qui recouvraient celui qu’il connaissait comme une pellicule, une croûte.
Il percevait en ce lieu comme un écho de l’histoire, d’une magie perdue et aussi d’une magie encore vivante, mais qui lui était inaccessible. Une profonde mélancolie s’empara de lui. Son esprit demeurait fixé sur la Grande Planète, sur tout ce qu’elle avait représenté. Pourquoi, malgré sa grandeur, avait-elle péri ? Pourquoi les plus grandes civilisations périssaient-elles, à l’image du commun des mortels ?
Il fut frappé par les insuffisances de son savoir, les insuffisances de son esprit lui-même. Hresh sait tout cela, se dit Thu-kimnibol. Nous sommes du même sang ou presque et lui, il sait tout alors que moi… moi, je ne sais rien. Je ne suis que le grand et fort Thu-kimnibol que certains croient stupide, même s’il n’en est rien. Ignorant, certes, mais pas stupide.
Il faut, dès mon retour, que j’aborde tous ces sujets avec Hresh.
— Je me demande, dit Thu-kimnibol à Simthala Honginda, l’ambassadeur en second, pourquoi Vengiboneeza, ou tout au moins une partie de la cité assez grande pour que nous puissions nous y installer, a survécu pendant si longtemps alors qu’il ne reste rien d’autre de ces villes que des traînées de poussière et un peu de rouille.
Simthala Honginda était de haute descendance Koshmar. Sec et prompt à s’emporter, il était le fils aîné de Boldirinthe et de Staip, également allié à la lignée de Torlyri par son union avec Catiriil, la sœur de Husathirn Mueri.
— Vengiboneeza était la capitale des yeux de saphir, répondit-il en frappant négligemment le sol du pied. Mon père m’a dit que les vieux crocodiliens possédaient des machines ingénieuses qui faisaient tout le travail à leur place. Et les machines y sont restées et ont continué à effectuer toutes les réparations plusieurs milliers d’années après que les yeux de saphir eurent été anéantis par le Long Hiver.