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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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— Veux-tu t’expliquer ?

— Non. Maintenant, tu débarrasses le plancher. Et, à l’avenir, sois prudent quand tu tourneras autour d’une femme de haute naissance. N’oublie pas qui tu es et ce que tu fais.

— Elle n’avait pas le droit de me cracher à la figure, dit Eluthayn d’un air renfrogné.

— Je sais. Mais elle est de sang noble et elle ne voit pas les choses comme toi. Va-t’en maintenant, Eluthayn, ajouta-t-il en agitant la main devant le visage de son frère. Va-t’en.

À travers des paysages sans cesse changeants, Thu-kimnibol poursuivait sa route vers le nord, vers la Cité de Yissou. Tantôt le convoi traversait de vastes plaines balayées par le vent d’ouest et l’air était humide et salé, et tous les buissons étaient recouverts d’épaisses touffes bleu-vert de mousse-écaille. Tantôt l’itinéraire suivait de larges vallées arides et silencieuses séparées de la mer par de hautes collines aux versants dénudés, où des crânes d’animaux inconnus blanchissaient sur le sol sablonneux. Tantôt les voyageurs franchissaient des montagnes boisées où des arbres sans feuilles, aux formes torturées et au tronc pâle en spirale s’accrochaient à de maigres affleurements de terre noire et où d’inquiétants mugissements et sifflements venaient de la chaîne de montagnes encore plus élevées qui s’étirait à l’orient.

Thu-kimnibol était frappé par l’immensité de la planète, par la taille et la masse du gigantesque globe à la surface duquel il se déplaçait.

Il avait le sentiment que chaque parcelle pénétrait en lui, devenait une partie de lui, qu’il engloutissait la planète, qu’il l’absorbait et l’incorporait à jamais à son être. Et cela le rendait d’autant plus désireux d’aller de l’avant, de continuer à en parcourir la surface. Il savait, en cela, être différent de ces membres du Peuple assez vieux pour avoir vécu l’âge du cocon et qui, il le soupçonnait, éprouvaient encore le besoin ancestral de se terrer dans un lieu chaud, exigu et sûr, et de refermer le sas derrière eux. Pas lui. Non, pas lui. Plus profondément que jamais sans doute, il comprenait la soif de connaissances, de découvertes et d’aventures de son frère Hresh.

Thu-kimnibol était déjà passé par là. À l’âge de dix-neuf ans, quand il avait fui la Cité de Yissou pour suivre la route du sud qui devait le conduire à Dawinno. Mais il n’avait gardé en mémoire que très peu de détails de ce premier voyage. Il avait parcouru tout le trajet la tête basse, aveuglé par la colère et un chagrin amer, poussant son xlendi à fond de train. Le souvenir qu’il lui restait de cette folle et lugubre chevauchée, deux décennies et quelques années plus tard, était une sorte de nœud enkysté dans son âme et encore douloureux au toucher, semblable au souvenir de quelque perte affreuse, ou bien d’une maladie mortelle dont la guérison se paie au prix fort. Il n’y touchait pas plus souvent qu’il n’était nécessaire.

Ils avaient dépassé la moitié du trajet et étaient entrés dans le territoire soumis à l’autorité de Salaman. Thu-kimnibol ne parvenait pas à se débarrasser de la maussaderie qui s’était emparée de lui le jour où les vestiges de la cité de la Grande Planète lui avaient évoqué Naarinta et avaient fait naître dans son esprit des réflexions moroses sur le passé lointain. Depuis ce jour, son propre passé ne cessait de le harceler douloureusement : les occasions manquées, les erreurs de parcours, la disparition brutale de sa bien-aimée.

Il faisait de son mieux pour dissimuler son état d’esprit. Mais, un jour où le convoi descendait des collines pour s’engager dans une plaine fertile sillonnée de ruisseaux rapides et de rivières, Simthala Honginda lui demanda à brûle-pourpoint :

— Est-ce la perspective de revoir Salaman qui vous préoccupe à ce point, prince ?

Surpris, Thu-kimnibol releva la tête. Était-il donc si transparent ?

— Pourquoi me demandes-tu cela ?

— Parce que vous étiez autrefois des ennemis acharnés. C’est de notoriété publique.

— C’est vrai, nous n’avons jamais été amis. Et, pendant un certain temps, nos rapports furent très mauvais. Mais tout cela est si loin.

— Je crois que vous le détestez encore.

— C’est à peine si j’ai pensé à lui ces quinze dernières années. C’est de l’histoire ancienne pour moi.

— Oui, dit Simthala Honginda, bien sûr. Mais, ajouta-t-il avec tact, plus nous approchons de Yissou, plus vous sombrez dans la mélancolie.

— La mélancolie ? dit Thu-kimnibol avec un petit rire forcé. Tu crois vraiment que je suis devenu mélancolique ?

— Cela crève les yeux.

— Eh bien, si c’est le cas, sache que cela n’a rien à voir avec Salaman. As-tu oublié que je viens d’éprouver une perte cruelle ?

— Non, répondit Simthala Honginda, tout confus. Bien sûr que non. Pardonnez-moi, prince. Que les dieux accordent le repos à la dame Naarinta !

Il fit précipitamment le signe de Mueri la Consolatrice.

— Je suppose que cela me paraîtra bizarre de revoir Salaman après tout ce temps, reprit Thu-kimnibol après un silence. Mais il n’y aura pas de problème. Même si nous nous sommes détestés autrefois, quelle importance cela peut-il avoir maintenant ? Tout ce qui compte, ce sont les hjjk. Et nous avons, Salaman et moi, la même opinion sur ce sujet. Depuis le début, nous sommes destinés à lutter côte à côte contre eux et cela arrivera bientôt. L’alliance que nous allons conclure est la seule chose importante. Pourquoi chercherait-il à exhumer de si vieilles rancunes ? Pourquoi le ferais-je ?

Il détourna la tête et se replongea dans le silence. Au bout d’un long moment, il fit signe à Esperasagiot d’arrêter le convoi. Les xlendis allaient pouvoir s’abreuver et l’endroit semblait bien choisi pour faire halte et dîner.

Ils se trouvaient au cœur d’une contrée fertile et verdoyante. Un dédale de cours d’eau réfléchissant la lumière de la fin de la journée étincelait comme des coulées d’argent en fusion. Un pays fécond, songea Thu-kimnibol. Avec quelques travaux de drainage, il pourrait certainement offrir les ressources nécessaires à une cité de l’importance de Dawinno. Il se demanda pourquoi Salaman n’avait pas encore occupé la région pour la mettre en valeur. Elle n’était pas très éloignée de Yissou.

Cela ressemble bien à Salaman, se dit-il avec mépris, de laisser en friche des terres aussi fertiles. De se recroqueviller sur lui-même, de refuser toute expansion et de se terrer à l’abri de son mur ridicule.

Simthala Honginda a raison. Tu le détestes encore, n’est-ce pas ?

Non. Détester était trop fort. Mais, malgré tout ce qu’il avait dit à Simthala Honginda, il soupçonnait que les vieilles rancunes couvaient encore au fond de son cœur.

L’idée que l’on se faisait communément à Dawinno était qu’il avait défié Salaman pour s’emparer du trône de Yissou. Mais cette idée était fausse. Thu-kimnibol s’était très vite rendu compte qu’il ne succéderait jamais à son père à la tête de la cité qu’il avait fondée. Quand Harruel était tombé au champ d’honneur dans la bataille contre les hjjk, il était beaucoup trop jeune pour hériter de la couronne. Salaman était à l’époque le seul prétendant acceptable. Et, après avoir goûté au pouvoir souverain, il y avait peu de chances qu’il acceptât, par simple bonté d’âme, de s’en dessaisir au profit de Thu-kimnibol. Tout le monde l’avait compris et Thu-kimnibol avait toujours consenti à le reconnaître pour roi. Tout ce qu’il exigeait en échange était d’être traité avec le respect dû au fils du premier roi de la cité ; la préséance qui lui revenait, un logement convenable, le privilège d’être assis aux côtés de Salaman dans les banquets officiels.

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