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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Il se sentait enfin prêt à partir. Les dieux étaient avec lui, ses dieux, ceux qu’il comprenait et aimait. Ils sauraient le guider et le protéger pendant son long voyage vers le nord.

Thu-kimnibol n’avait que faire des doctrines nouvelles qui avaient surgi au sein du Peuple. Certains adoraient la race éteinte des humains… et professaient même que les humains étaient des dieux plus puissants que les Cinq. D’autres se prosternaient devant Nakhaba, le dieu Beng, et affirmaient eux aussi qu’il occupait aux cieux un rang plus élevé que les Cinq, qu’il était l’Intercesseur capable d’intervenir auprès des dieux en faveur des humains.

Il y en avait d’autres encore, surtout ceux de l’Université, la bande du vieux Hresh, qui parlaient d’un dieu supérieur à tous les autres, aux humains, à Nakhaba et aux Cinq. Ils l’appelaient le Sixième. Le Dieu-créateur. On ne savait rien de lui et ils disaient que l’on ne pourrait jamais rien savoir de lui, qu’il était essentiellement inconnaissable.

Thu-kimnibol ne savait vraiment que penser de toute cette profusion de dieux. Tous ceux qui n’étaient pas les Cinq lui semblaient superflus. Mais il lui était plus facile de comprendre le désir d’adorer d’autres dieux que la position des quelques individus qui, telle sa nièce Nialli Apuilana, semblaient ne croire à aucune divinité. Quelle morne existence ils devaient traîner sous le ciel hostile, sans le secours des dieux ! Comment pouvaient-ils le supporter ? Comment n’étaient-ils pas épouvantés à l’idée de n’avoir personne pour les protéger ? Aux yeux de Thu-kimnibol, c’était de la folie. Nialli Apuilana avait au moins une excuse : tout le monde savait que les hjjk lui avaient trafiqué le cerveau.

Il sortit lentement de sa communion et se retrouva affaissé sur la table de bois rugueux de Boldirinthe tandis que la femme-offrande remettait de l’ordre dans la pièce et rangeait les talismans dans le placard. Elle semblait contente d’elle ; elle avait dû percevoir l’intensité de la communion qu’elle lui avait préparée.

Il la prit dans ses bras sans rien dire. Il sentait son cœur déborder d’amour pour elle. Mais le pouvoir de la communion s’estompait peu à peu et il s’apprêta à partir.

— Méfie-toi du roi Salaman, dit Boldirinthe au moment où Thu-kimnibol allait sortir. Il est très malin.

— Je sais, mère Boldirinthe.

— Plus malin que toi.

— Je ne suis pas aussi stupide qu’on le pense, répliqua Thu-kimnibol en souriant.

— Il est quand même plus malin que toi. Crois-moi, Salaman est aussi malin que Hresh. Méfie-toi de lui. Il essaiera de te jouer un sale tour.

— Je connais bien Salaman. Nous nous comprenons.

— Il paraît qu’il est devenu violent et dangereux sur ses vieux jours. Qu’il détient le pouvoir depuis si longtemps que cela l’a rendu fou.

— Non, dit Thu-kimnibol. Dangereux, assurément. Violent, peut-être. Mais il n’est pas fou. J’ai fréquenté Salaman pendant très longtemps, quand je vivais à Yissou. On peut savoir si quelqu’un a la folie en lui ou s’il ne l’a pas. Salaman est équilibré.

— Nous nous sommes accouplés une fois, dit Boldirinthe. Je sais de lui des choses que tu ne sauras jamais. Il y a cinquante ans de cela, mais je n’ai pas oublié. C’était un garçon paisible, mais il avait une âme de feu et, en cinquante ans, le feu a le temps de tout embraser. Sois prudent, Thu-kimnibol.

— Je te remercie, mère Boldirinthe, dit-il en s’agenouillant pour embrasser l’écharpe de la femme-offrande.

— Sois prudent, répéta-t-elle.

En revenant de l’oratoire de la femme-offrande, Thu-kimnibol croisa Nialli Apuilana qui remontait la rue Minbain, une rue pavée et pentue. C’était une journée ensoleillée et un vent chargé de douces fragrances soufflait de l’ouest, là où des bosquets de sthamis aux feuilles dorées fleurissaient sur les collines dominant la baie. Nialli Apuilana portait un panier de victuailles et une bouteille de vin clair et piquant destinés à Kundalimon.

Elle avait maintenant l’esprit plus serein, mais pas encore totalement libre. Après son effondrement spectaculaire devant le Praesidium, elle s’était plus ou moins terrée chez elle, ne se montrant plus pendant des journées entières, ne sortant que pour se rendre deux fois par jour à la Maison de Mueri et retournant dans sa chambre dès que Kundalimon avait pris ses repas. Il lui était même arrivé certains jours de ne pas y aller du tout, laissant aux gardes le soin de le nourrir. Yissou seul savait ce qu’ils lui apportaient. Elle passait la majeure partie de son temps dans la solitude, méditant, broyant du noir, ressassant tout ce qu’elle avait dit devant le Praesidium, regrettant de ne pouvoir en retirer la moitié, et même plus de la moitié. Mais, en fin de compte, il lui semblait important d’avoir exprimé tout ce qu’elle avait sur le cœur. Les hjjk vus comme des insectes, les hjjk perçus comme des tueurs insensibles, les hjjk ceci, les hjjk cela… Ils n’en savaient rien, absolument rien ! Elle avait donc osé parler. Mais, depuis lors, elle avait l’impression, en montrant son cœur à découvert, d’être devenue vulnérable. Ce n’est que depuis peu qu’elle commençait à se rendre compte que presque personne n’avait eu connaissance de son éclat et que tous ceux ou presque qui en avaient été témoins avaient décidé de ne le considérer que comme une petite manifestation d’hystérie, le genre de crise qui n’avait rien d’étonnant de la part de Nialli Apuilana. Ce n’était certes pas très flatteur, mais cela lui éviterait au moins d’essuyer des quolibets dans la rue.

Elle était heureuse de voir Thu-kimnibol. Elle savait qu’ils étaient en désaccord sur tout ou presque, en particulier sur les hjjk, mais il y avait chez son imposant parent une force et une dignité qu’elle trouvait rassurantes. Et une certaine chaleur aussi. Les gens de guerre de noble extraction n’avaient que trop tendance à se donner de grands airs. Thu-kimnibol était beaucoup plus simple dans ses attitudes.

— Tu reviens de chez Boldirinthe, mon oncle ? demanda-t-elle.

— Comment le sais-tu ?

D’un mouvement de la tête, Nialli Apuilana indiqua l’oratoire de la femme-offrande qui s’élevait au sommet de la colline.

— Elle habite juste là-haut ; et la lumière des dieux est encore dans tes yeux.

— Tu vois cela, toi ?

— Oh ! Oui. Bien sûr.

Elle se sentit brusquement envieuse. Une telle sérénité, une telle assurance se lisaient sur le visage carré de Thu-kimnibol.

— Je te croyais athée, dit-il en souriant. Que sais-tu donc de la lumière des dieux ?

— Je n’ai pas besoin de croire à Yissou et aux autres pour voir que tu viens de toucher un nouveau monde. Et je ne suis pas aussi athée que tu l’imagines. Oui, je vois la lumière des dieux dans tes yeux. Elle brille d’un éclat aussi vif que celle d’un arbre-lanterne par une nuit sans lune.

— Tu n’es pas athée ? dit Thu-kimnibol d’un air sceptique. Tout compte fait, tu ne serais pas athée ?

— J’ai un culte qui m’est propre, répondit-elle, de plus en plus gênée par la tournure que prenait la conversation. Oui, une sorte de culte que je rends à ma manière. Et si ce n’est pas un culte aux yeux de certains, pour moi c’en est un. Mais je n’aime pas parler de cela. La foi est quelque chose de très intime, tu ne crois pas ? Je suis heureuse pour toi, acheva-t-elle avec un sourire éclatant, heureuse de savoir que Boldirinthe a réussi à t’apporter le réconfort dont tu avais besoin.

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