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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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— Suffit ! lança-t-elle en dardant sur le garde un regard noir. Quel bouffon vulgaire tu fais !

— Je sais que tu me feras châtier. N’est-ce pas ? Mais je leur dirai que tu m’as craché à la figure. Je n’ai pas porté la main sur toi, je t’ai simplement fait les yeux doux.

— Écarte-toi de mon chemin et laisse-moi entrer ! dit Nialli Apuilana d’un ton féroce. Et j’espère ne plus jamais te revoir !

L’air hébété, il lui ouvrit la porte. Les yeux baissés, elle le frôla en passant et pénétra dans le bâtiment. Dès qu’elle fut à une certaine distance de la porte, elle s’arrêta, toute tremblante. Elle était encore bouleversée et se sentait salie, souillée, comme si c’était lui qui lui avait craché au visage. Tout son corps vibrait de rage et d’indignation. Elle respira longuement à deux ou trois reprises et sentit que son pouls ralentissait quelque peu. Dès qu’elle eut retrouvé son calme, elle monta les trois étages et frappa à la porte de Kundalimon.

Elle s’ouvrit aussitôt et Kundalimon passa la tête dans l’embrasure. Il lui adressa un sourire timide. Ses yeux verts, si souvent froids et distants, semblaient briller ce jour-là d’une ardeur nouvelle. Nialli Apuilana sentit une telle innocence et une telle douceur émaner de lui qu’en quelques instants elle chassa de son esprit le souvenir de la scène lamentable qui venait d’avoir lieu à l’entrée.

— Tu es enfin venue me voir ! s’écria Kundalimon d’une voix vibrante de joie. Bien. Très bien. Te voilà enfin. Tu me manques, Nialli Apuilana, tu me manques beaucoup. Je compte tout le temps les heures.

Il la prit par le poignet et l’attira doucement dans la pièce avant de refermer la porte. Il prit la nourriture et le vin, et s’accroupit pour les poser par terre. Quand il se releva, il demeura silencieux pendant quelques instants, les yeux rivés sur ceux de la jeune fille, puis il lui reprit le poignet.

Il y a quelque chose de différent chez lui aujourd’hui, se dit-elle. Quelque chose de nouveau et de bizarre.

— Je réfléchis, commença-t-il d’une voix hésitante. À ce que je ressens, tu comprends ? Je suis tellement seul. Le Nid est… si loin. Le penseur du Nid, la Reine… Si loin. Partout autour de moi il n’y a que le peuple de chair.

Elle sentit son cœur déborder de compassion.

— Ne t’inquiète pas, dit-elle impulsivement, tu vas bientôt rentrer chez toi.

— C’est vrai ? C’est vrai ?

Il eut l’air abasourdi en entendant ces mots et elle-même en fut toute surprise. Était-il prévu de le relâcher ? Elle n’en avait pas la moindre idée. Thu-kimnibol avait parlé de le renvoyer dans le Nid pour signifier à la Reine le refus de la signature du traité, mais Taniane n’avait pas fait savoir si elle se rangeait à son avis. Elle pensait plus probablement que Kundalimon, sa captivité terminée, recommencerait simplement à mener une existence normale dans sa cité natale, comme si son absence n’avait duré que quelques semaines ou quelques mois.

Puisque les paroles de réconfort dont il semble avoir tellement besoin aujourd’hui viennent de franchir mes lèvres, se dit-elle, autant aller jusqu’au bout. Dis-lui ce qu’il a envie d’entendre.

— Bien sûr que tu vas rentrer chez toi. Tu porteras à la Reine un message de notre chef. Ils te laisseront bientôt partir, j’en suis certaine.

La main de Kundalimon accentua son étreinte sur son poignet.

— Alors, tu viens avec moi ?

Elle ne s’attendait assurément pas à cela.

— Moi ?

— Nous partons ensemble. Cet endroit n’est pas fait pour toi. Tu as la vérité du Nid en toi ! Je le sais. Tu as connu l’amour de la Reine !

Il tremblait violemment. Son organe sensoriel se balançait lentement de part et d’autre de son corps, et il s’humectait sans cesse les lèvres du bout de la langue.

— Toi et moi… Toi et moi, Nialli Apuilana… Nous… nous appartenons au Nid. Oh ! Viens ! Viens près de moi…

Que Mueri me vienne en aide, songea-t-elle désespérément. A-t-il envie d’un couplage ?

Peut-être. Les dernières semaines, à mesure que sa maîtrise de la langue s’affirmait, leurs rapports étaient entrés dans une nouvelle phase qui semblait devoir atteindre ce jour-là son point culminant. Il était indiscutablement beaucoup plus ouvert qu’il ne l’avait jamais été avec elle et il éprouvait assurément une envie impérieuse, urgente et tout à fait nouvelle. Tout son comportement l’attestait, aussi bien l’expression de son regard que les mouvements de son organe sensoriel et même l’odeur âcre qui se dégageait de son corps.

Mais était-ce un couplage qu’il désirait ?

Elle s’interrogeait. Elle n’avait pas oublié le jour où, au tout début de leur relation, elle avait effleuré son organe sensoriel et avait commencé de l’entraîner sur la voie de la communion du couplage. Il avait eu une réaction de terreur, voire d’horreur, comme s’il ne pouvait supporter l’idée même de la fusion qu’elle lui proposait, comme si la pensée de s’unir avec quelqu’un qui n’était pas du Nid lui répugnait au-delà de toute expression.

D’un autre côté, ils se connaissaient beaucoup mieux maintenant. Kundalimon semblait s’être persuadé qu’elle était véritablement du Nid. Pas au même degré que lui, certes, mais qu’elle avait reçu l’empreinte du Nid, que l’âme du Nid habitait son enveloppe de chair, tout comme la sienne. En conséquence, il ne voyait plus en elle un être d’une nature différente, un ennemi de sa race. Et, dans ce cas…

Il lui lança un regard implorant. Elle lui sourit et leva son organe sensoriel avec lequel elle effleura à peine celui de Kundalimon.

— Non, dit-il aussitôt en plaçant son appendice hors de portée. Pas… le couplage. Non. S’il te plaît… Non.

— Tu ne veux pas ?

— J’ai peur. Encore. C’est trop fort, le couplage.

Il secoua la tête et son corps fut parcouru d’un long frisson. Il semblait faire la tête. Mais il se dérida très vite.

— Toi et moi… Toi et moi… Oh ! Viens plus près ! Veux-tu venir près de moi ?

— Que veux-tu ? demanda-t-elle, perplexe.

Il émit un son inarticulé, un son hjjk. Ce n’était pas même un mot, rien qu’un son pareil à celui d’une porte rouillée résistant à la poussée d’une main. Une succession d’émotions, presque toutes indéchiffrables, passèrent fugitivement sur son visage. Nialli Apuilana crut y lire une terreur sans mélange, de la gêne, quelque chose qui pouvait être l’amour du Nid, une sorte d’envie désespérée, et encore autre chose, quelque chose de beaucoup plus familier, qu’elle avait déjà vu peu de temps auparavant dans les yeux rouge Beng et concupiscents de Eluthayn Bangkea.

Il laissait courir ses mains sur les épaules de Nialli, sur ses bras et sur ses seins. Il la caressait avec une ardeur frénétique et se collait contre elle. Elle vit que sa verge était raidie.

Mueri et Dawinno ! songea-t-elle, stupéfaite et horrifiée. C’est d’un accouplement qu’il a envie !

Pas question ! Elle sentait son haleine brûlante sur sa joue. Il murmurait des choses incompréhensibles, un mélange confus de sèches sonorités hjjk et de grognements du Peuple. Il semblait hébété, entraîné dans les tourbillons du désir.

C’en était presque comique. Mais c’était également très alarmant. Nialli Apuilana ne s’était jamais unie avec personne par l’accouplement. Cette perspective la terrifiait autant que le couplage semblait terroriser Kundalimon. Pour elle, l’accouplement avait toujours représenté l’ouverture de quelque mystérieuse barrière qu’elle tenait à garder fermée.

Elle savait qu’il suffisait à d’autres d’un claquement de doigts pour le faire et que certains commençaient dès l’âge de neuf ou dix ans. Ils se jetaient l’un sur l’autre avec simplicité pour un accouplement rapide auquel ils n’attachaient aucune importance. Nialli Apuilana s’était soigneusement tenue à l’écart de ces jeux enfantins, mais maintenant qu’elle était presque devenue une femme, elle commençait à se dire qu’elle avait attendu trop longtemps et que ce refus prolongé avait fait de l’accouplement un acte d’une telle signification qu’il lui faudrait une raison de la plus haute importance pour en faire un jour l’expérience. Jamais l’occasion ne s’était présentée et ce n’est certes pas dans les roulements d’yeux exagérés de Eluthayn Bangkea, ni dans les regards plus discrets, mais tellement avides de Husathirn Mueri qu’elle risquait de la trouver.

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