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Электронная книга - «L'Etoile Bleue [fr]». Краткое содержание книги:

L'Etoile Bleue [fr]
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Aldo l’embrassa puis prit un peu de recul pour mieux l’admirer et se mit à rire.

– J’ai appris que vous avez eu un accident mais du diable si l’on s’en douterait ! Vous avez l’air d’une impératrice !

Elle rosit un peu, contente d’un compliment qu’elle savait sincère, et agita nerveusement le face-à-main d’or pendu au milieu de ses sautoirs.

– Ce n’est pas un poste enviable : celle que j’ai connues ont mal tourné, mais cesse de cultiver le madrigal, sers-nous un verre, viens t’asseoir près de moi et dis un peu quel vent t’amène ! Tu es un homme très occupé, et je refuse de croire que tu aies eu tout à coup envie de venir t’ennuyer plusieurs jours dans ce mausolée...

– Ne vous ai-je pas dit...

– Taratata ! Je ne suis pas encore gâteuse et, même si elle m’enchante, je trouve ton arrivée bien subite. D’autant que tu ne pouvais pas savoir que tu me trouverais ici, la date fatidique du 15 avril étant dépassée. Alors, la vérité !

Après avoir rempli deux coupes, Aldo lui en tendit une puis, de sa main libre, tira une petite chaise dorée près du fauteuil de cette étonnante vieille femme.

– Vous avez raison en pensant que je ne pensais pas venir. Cependant, lorsque mon taxi s’est arrêté juste devant votre porte, j’ai songé à demander asile à votre portier. C’est à ce moment que votre Marie-Angéline est arrivée...

– ... Mais qu’est-ce que ton taxi faisait devant ma porte ?

– Il suivait depuis la gare de Nord une Rolls noire qui est entrée dans la maison d’à côté. Me feriez-vous la grâce de me dire à qui ce monument appartient ?

– L’autre étant vide, je suppose qu’il s’agit de celle de droite. Tu sais que je ne me suis jamais beaucoup préoccupée de mes voisins, surtout dans ce quartier de manieurs d’argent qui se prennent pour des aristocrates, mais celui-là, je le connais... un peu : c’est sir Eric Ferrais.

– Le marchand de canons ? Vous avez ça au parc Monceau ?

– Ça ? Te voilà bien dédaigneux, persifla la marquise. Un personnage richissime, anobli par le roi d’Angleterre pour « services rendus pendant la guerre » et décoré de la Légion d’honneur ? Cela dit, je ne peux pas te donner tout à fait fort : l’homme est d’origine incertaine et on ne sait trop comment il a bâti sa fortune. Cependant, comme je ne l’ai jamais vu, je ne peux pas te dire à quoi il ressemble. N’empêche que nous sommes lui et moi à couteaux tirés.

– Pour quelle raison ?

– Oh, toute simple ! Il a une maison énorme et il veut la mienne pour l’agrandir encore : des collections à installer ou Dieu sait quoi ! En tout cas, s’il veut faire concurrence au musée du Louvre, il ne faut pas qu’il compte sur moi. Seulement, il n’a pas l’air de comprendre et ne cesse de me dépêcher hommes d’affaires et lettres pressantes. Mes gens ont ordre de refuser le tout et quant à Ferrais lui-même, je n’ai pas voulu le recevoir quand il s’est présenté...

– En auriez-vous peur ?

– Peut-être !... On dit que ce baron de hasard est laid mais qu’il possède un certain charme et surtout une voix grâce à laquelle il réussirait à vendre des mitrailleuses à des bonnes sœurs. Mais laissons-le là et dis-moi ce qu’il y avait dans sa voiture et pourquoi tu l’as suivie jusqu’ici.

– C’est une longue histoire, murmura Aldo d’un ton hésitant, nuance que sa compagne saisit aussitôt.

– Nous avons tout le temps avant le dîner. On sert tard, chez moi, pour raccourcir les nuits. Cependant, si tu vois une raison quelconque de ne

me faire partager tes secrets... — Non pas ! protesta-t-il. Je voudrais être certain qu’ils ne seront que pour vos oreilles. Il s’agit de choses graves... remontant à la mort de ma mère.

Instantanément, toute trace d’ironie disparut du beau visage, remplacée par une attente pleine de compréhensive affection.

– Nous sommes ici au bout de la maison et je peux t’assurer que personne n’est caché dans mes plantes vertes, mais on peut prendre quelques précautions supplémentaires...

Pêchant dans les plis étalés de sa robe une cloche rapportée jadis du Tibet, elle en tira un carillon qui fit accourir en même temps Cyprien et Marie-Angéline qui devaient être toujours occupés à en découdre. Mme de Sommières fronça le sourcil :

– Depuis quand répondez-vous à la cloche, Plan-Crépin ? Allez donc prier ou vous tirer les cartes, mais je ne veux pas vous voir avant le dîner. Quant à toi, Cyprien, tu veilleras à ce que personne ne nous dérange. Je sonnerai quand j’en aurai fini. A-t-on préparé une chambre ?

– Oui, madame la marquise, et Eulalie est en train de mettre les petits plats dans les grands en l’honneur de Son Excellence.

– Bien... Maintenant, je t’écoute, mon garçon, ajouta-t-elle quand les doubles portes se furent refermées.

Pendant la courte scène, Morosini prenait la décision de se livrer, sachant bien à qui il s’adressait : Amélie de Sommières n’était pas seulement une grande dame par la naissance, le nom et l’allure, elle en avait aussi l’âme : elle se laisserait déchirer par la torture plutôt que de livrer un secret confié... Alors il raconta tout, depuis ses découvertes dans la chambre d’Isabelle à Venise jusqu’à ses rencontres avec Anielka pour finir par la brève vision dans le hall de la gare : le grand saphir au cou de la jeune fille. Sans toutefois parler de Simon Aronov et du pectoral. Ce secret-là ne lui appartenait pas.

Mme de Sommières l’écouta sans l’interrompre autrement que par une brève exclamation de douloureuse surprise en apprenant l’assassinat de sa chère filleule. Elle suivait son récit avec passion et, lorsque celui-ci prit fin, elle murmura :

– Je crois que j’ai compris, mais peux-tu me dire ce qui t’importe le plus : le saphir ou la fille ?

– Le saphir, soyez-en sûre ! Je veux savoir comment elle l’a eu. Elle prétend qu’il lui vient de sa mère ! C’est impossible, elle ment.

– Pas forcément. Elle ne fait que croire, sans doute, ce que lui a dit son père. Il ne faut pas juger trop vite ! Mais dis-moi, ce client qui t’a envoyé à Varsovie et souhaitait acquérir le joyau des Montlaure, pourquoi ne s’est-il pas dérangé au lieu de te faire courir au bout de l’Europe ? Il me semble que c’eût été la moindre des choses ?

Décidément rien ne lui échappait ! Aldo lui offrit son sourire le plus séducteur.

– Un homme âgé et infirme. Il semble que, dans la nuit des temps, le saphir ait appartenu aux siens. Il espérait que je le lui apporterais afin qu’il puisse le voir...

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