L'Etoile Bleue [fr]
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Хромой из Варшавы #1
- Год: 1994
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «L'Etoile Bleue [fr]». Краткое содержание книги:
– Ça peut se faire, dit Aldo avec un sourire moqueur. Dès l’instant où vous aurez bien voulu me confier votre nom... afin de vérifier si vous êtes sur la liste de ce soir.
– Je vous trouve bien méfiant, marmotta l’homme aux étourdissements. Est-ce que vous ne préféreriez pas une pièce de dix francs ? J’aimerais autant que Ferrais continue d’ignorer qu’un de ses hôtes se promenait sur son balcon...
– L’un n’empêche pas l’autre, fit Aldo qui commençait à s’amuser. Je ne dirai rien... mais dites-moi qui vous êtes... pour la tranquillité de ma conscience.
– Si vous y tenez !... Je me nomme Adalbert Vidal-Pellicorne, archéologue et homme de lettres... Vous êtes satisfait ?
Un brusque éclat de rire s’étouffa dans la gorge de Morosini.
– Plus que vous ne sauriez croire. C’est un plaisir inattendu de vous rencontrer dans ces buissons : je vous croyais à Chantilly ?
Les yeux d’Adalbert s’arrondirent davantage en considérant plus attentivement son interlocuteur. À bien y réfléchir, cet homme-là ne manquait pas d’allure.
– Comment est-ce qu’un gardien peut savoir ça ? fit-il. Mais... peut-être n’êtes-vous pas gardien ?
– Pas vraiment, non.
– Alors qui êtes-vous et que faites-vous ici ? dit l’invité d’un ton soudain beaucoup moins innocent. En même temps, sa main droite se dirigeait vers la poche arrière de son pantalon. Il devait être armé et Aldo jugea qu’il était temps de le rassurer :
– Je suis le voisin d’à côté.
– Quelle blague ! Le voisin d’à côté ou plutôt la voisine, c’est la vieille marquise de Sommières. Vous êtes un peu jeune pour être son marquis. D’autant qu’elle est veuve depuis belle lurette.
– Sans doute, mais j’ai l’âge convenable pour être son petit-neveu... et un ami de Simon Aronov. Venez donc par ici ! Nous y serons mieux pour causer et vous remettre en état... mais prenez garde à ne pas vous déchirer en franchissant la grille.
Cette fois, l’archéologue-homme de lettres se laissa emmener sans protester et, un moment plus tard, pénétrait avec son guide dans l’univers de tante Amélie où Aldo se mit aussitôt à la recherche de Cyprien dont il était persuadé qu’il n’irait pas se coucher tant que lui-même serait dehors. Le vieux majordome considéra l’intrus sans surprise excessive :
– Je vois ! dit-il. Si monsieur le prince voulait bien prêter une robe de chambre à... monsieur, je pourrais peut-être réparer les dommages subis par l’habit de monsieur ?
– Monsieur le prince ? Peste ! siffla Vidal-Pellicorne. Je me disais aussi que vous ne deviez pas être ce que vous vouliez me faire croire.
– Je m’appelle Aldo Morosini... et je vais de ce pas chercher ce qu’il vous faut.
Quand il revint une ou deux minutes plus tard, celui qui était à présent son invité alla en compagnie de Cyprien se réfugier dans les plantes vertes pour se changer puis revint s’asseoir en face de lui. Entre eux deux, Aldo avait transporté puis ouvert une cave à liqueurs Napoléon-III contenant une remarquable fine Napoléon Ier dont il servit deux généreuses rations :
– Rien de mieux pour se remettre d’une émotion ! commenta-t-il. Et maintenant si l’on se disait la vérité ?
– Sachant qui vous êtes, je crois que je connais la vôtre car je viens de comprendre ce que vous faisiez dans ce jardin : le saphir étoile que la fiancée porte au cou ce soir, c’est le vôtre, n’est-ce pas ? Celui que Simon espérait tant vous amener à lui céder. Ce que je n’ai pas saisi, cependant, c’est comment une pierre réputée appartenir à une grande dame française mariée à un Vénitien pouvait briller sur la gorge – ravissante d’ailleurs ! -d’une comtesse polonaise en train d’épouser, à
Paris, un homme de nationalité incertaine affublé d’un blason anglais.
– Comment l’avez-vous reconnu ?
– J’en possède une reproduction fidèle dessinée par Simon. Ainsi d’ailleurs que des autres pierres manquantes. Lorsque j’ai salué la jeune fille, je l’ai reçu en pleine figure avec une foule de points d’interrogation : qu’est-ce qu’il faisait là ?
– Voilà ce que j’aimerais apprendre. Il a disparu de chez moi il y aura bientôt cinq ans et, pour le voler, on a assassiné ma mère, mais j’ai préféré garder le secret. C’est pourquoi M. Aronov... et vous-même le pensiez toujours en ma possession. En fait, il était à Varsovie...
Et Morosini raconta son entrevue avec le boiteux, son bref séjour en Pologne et son voyage de retour.
– Si je suis allé chez vous ce matin, conclut-il, c’est sur la recommandation expresse de M. Aronov. Il espérait que vous pourriez m’aider à retrouver le saphir et aussi...
– Que nous pourrions collaborer dans l’affaire du pectoral. Il y a un moment déjà qu’il pense à vous mettre dans le secret et à nous réunir afin que nous conjuguions nos talents. Pour ma part, j’y suis tout disposé, fit l’archéologue. Notre rencontre
humide aux abords d’une maison ne nous appartenant ni à l’un ni à l’autre m’a convaincu que vous étiez un homme déterminé. A propos, que comptiez-vous faire quand je vous suis tombé sur le dos ? Tout de même pas surgir pour reprendre votre bien, sous la menace d’un revolver, par exemple ?
– Rien de si retentissant. Je voulais seulement jeter un coup d’œil à la réception et examiner les aîtres. D’ailleurs je n’ai pas d’arme.
– Une grave lacune quand on s’embarque dans une aventure comme celle-là ! Il se pourrait que vous en ayez besoin un jour.
– Nous verrons bien ! Mais maintenant que vous savez tout de moi, si vous me révéliez votre vérité à vous ? Que faisiez-vous au juste sur le balcon d’un...
– ... trafiquant d’armes réputé ? J’essayais de découvrir certaines précisions concernant une nouvelle série de grenades offensives et le concert m’est apparu comme le moment idéal pour mener à bien cette exploration. J’ai été dérangé. La seule issue étant les balcons, j’y ai fait retraite et c’est en passant de l’un à l’autre que j’ai eu un mouvement malheureux. Je suis, je l’avoue, d’une regrettable maladresse avec mes pieds ! soupira Vidal-Pellicorne dont la figure atteignait à cet instant une sorte de perfection dans l’angélisme.
Aldo releva un sourcil ironique.
– Cette façon de comprendre l’archéologie ne relèverait-elle pas plutôt de l’activité d’un agent secret ou même d’un... cambrioleur ?
– Pourquoi pas ? Je suis tout ça ! fit Adalbert avec bonne humeur. Vous savez, l’archéologie peut mener à tout. Même au vol qualifié ! Pour ma part, j’estime ne pas être plus coupable en essayant d’assurer une arme intéressante à mon pays que feu lord Elgin fauchant les frises du Parthénon pour en orner le British Museum. Ah ! voilà mon habit !
Cyprien revenait avec les vêtements brossés et repassés. Vidal-Pellicorne redisparut dans les plantes vertes, laissant son hôte méditer sur la valeur de ce dernier sophisme... qui, après tout, n’en était peut-être pas un. Au bout de quelques instants, rendu à sa splendeur originelle et presque bien coiffé, le curieux personnage serrait avec effusion les mains de Morosini :
– Merci de tout cœur, prince ! Vous m’avez tiré d’un mauvais pas et j’espère que nous allons, dans l’avenir, faire du bon travail ensemble. Voulez-vous que nous en parlions tranquillement demain en déjeunant chez moi ? Mon valet est un assez bon cuisinier et j’ai une cave intéressante...
– Avec plaisir... mais je pense que vous allez de nouveau vous mouiller en retraversant les buissons.
– Aussi vais-je rentrer par la grande porte. Le concert dure encore si j’en crois mes oreilles. Je vous attends à midi et demi ?