L'Etoile Bleue [fr]
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Хромой из Варшавы #1
- Год: 1994
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «L'Etoile Bleue [fr]». Краткое содержание книги:
Et soudain, il reçut un véritable choc : dans l’ouverture du grand col de fourrure, tout contre le cou délicat, un joyau fastueux brillait de tous ses feux d’un bleu profond, un pendentif qu’il reconnaissait trop bien : le saphir wisigoth, celui dont il avait, dans sa poche, la copie fidèle...
Ce fut si brutal qu’il dut s’appuyer un instant à son pilier et se secouer pour s’assurer qu’il ne rêvait pas. Et puis la surprise fit place à la colère et il oublia qu’il était sur le point d’aimer cette femme qui osait se parer d’une pierre volée au prix d’un meurtre, d’un « bijou rouge », selon le langage des receleurs qui refusent le plus souvent de toucher un objet pour lequel on a tué. Et elle avait eu l’audace incroyable d’affirmer que le saphir venait de sa mère, alors qu’elle ne pouvait ignorer ce qui se trouvait ou non dans les biens familiaux...
Sa courte défaillance sauva Morosini d’un geste irréfléchi. N’eût-il écouté que son indignation et sa fureur qu’il se fût précipité sur la jeune fille pour lui arracher le pendentif et lui cracher son mépris, mais la sagesse lui revint à temps. Ce qu’il fallait, à présent, c’était savoir où se rendaient ces gens et ensuite les surveiller de près. Saisissant les valises qu’il n’avait confiées à aucun bagagiste, il s’élança à la suite du trio.
Ce n’était pas difficile : les chapeaux brillants des deux hommes voguaient au-dessus des têtes. Arrivé devant la gare, Morosini les vit se diriger vers une somptueuse Rolls-Royce avec chauffeur et valet de pied près de laquelle attendait un jeune homme aux allures de secrétaire. Pendant ce temps, les serviteurs et le ballet des porteurs obliquaient en direction d’un vaste fourgon destiné aux bagages.
Aldo, pour sa part, courut vers un taxi dans lequel il se jeta avec ses valises en ordonnant :
– Suivez cette voiture et surtout ne la lâchez sous aucun prétexte !
Le chauffeur tourna vers lui une paire de moustaches à la Clemenceau et un œil goguenard :
– Vous êtes de la police, vous ? Vous n’en avez pas l’air.
– Ce que je suis est sans importance. Faites ce que je dis, vous ne le regretterez pas !
– Craignez rien ! On y va, mon prince...
Et le taxi, virant avec une maestria et une rapidité qui faillirent précipiter son passager sur le plancher, se mit en devoir de suivre la grande voiture.
Deuxième partie
LES HABITANTS DU PARC MONCEAU
CHAPITRE 5 CE QUE L’ON TROUVE DANS UN BUISSON
Le taxi d’Aldo n’eut guère de peine à suivre la limousine. Celle-ci roulait à l’allure sereine et majestueuse convenant à si noble véhicule, soucieuse sans doute de secouer le moins possible des voyageurs qui venaient de subir un si long trajet. Par le boulevard Denain et la rue La Fayette, on rejoignit le boulevard Haussmann que l’on remonta jusqu’à la rue de Courcelles pour gagner finalement les abords du parc Monceau. Morosini était venu trop souvent à Paris pour ne pas s’y reconnaître. Il imaginait que la longue voiture noire devait appartenir à ce que l’on appelait les beaux quartiers mais n’en fut pas moins surpris en voyant s’ouvrir devant elle le porche d’un vaste hôtel particulier de la rue Alfred-de-Vigny, proche voisin d’un autre où il était venu à plusieurs reprises : celui de la marquise de Sommières sa grand-tante, qui avait été la marraine de sa mère et qui, jusqu’à la mort de celle-ci, était venue chaque automne passer quelques jours à Venise pour le bonheur d’embrasser une filleule qu’elle aimait tendrement.
En homme qui connaît son métier, le chauffeur d’Aldo dépassa la maison où venait d’entrer la Rolls-Royce et s’arrêta un peu plus loin, devant la porte de Mme de Sommières. Puis, s’adressant à son client :
– Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? dit-il.
– Si vous n’êtes pas trop pressé, laissez-moi réfléchir un instant.
– Oh ! moi j’ai tout mon temps, et du moment que le compteur tourne... Tiens ! On dirait que vos gens vont habiter là ? Ce sont bien les bagages qui arrivent ?
En effet, l’espèce d’omnibus qui attendait devant la gare et vers lequel s’étaient dirigés les porteurs et les « diables » chargés de malles guidés par le gigantesque Bogdan était en train de se faire ouvrir la porte cochère. Ce qui plongea Morosini dans de profondes réflexions.
Quand il venait à Paris, ses habitudes étaient attachées à l’hôtel Ritz, à cause des multiples agréments de la maison, de son charme et aussi de sa proximité avec le magasin de son ami Gilles Vauxbrun, l’antiquaire de la place Vendôme mais, ce soir, le prince eût voté sans hésitation pour un hôtel borgne en admettant qu’il y en eût un en face de la demeure qui venait d’avaler son saphir et la belle Anielka. Au besoin, une tente de cantonnier installée sur le trottoir aurait fait son affaire car il éprouvait une insurmontable répugnance à s’éloigner d’un lieu si attrayant. Même le Royal-Monceau qui se trouvait à un jet de pierre lui semblait trop distant.
L’idéal eût été de pouvoir poser ses cantines chez la vieille marquise, mais on touchait à la fin d’avril et. depuis des lustres, Mme de Sommières, attachée à ses habitudes, fermait son hôtel parisien le 15 de ce même mois et partait pour ce qu’elle appelait sa " tournée des châteaux ». Ceux de sa famille auxquels la noble dame consacrait printemps et été avec en prime un petit séjour à Vichy, après quoi l’automne était réservé aux voyages à l’étranger : Venise toujours, Rome, Vienne, Londres ou Montreux quelquefois.
Comme elle était sa parente, Aldo commençait à caresser l’idée de sonner chez le concierge et de lui demander l’hospitalité, quitte à camper au milieu des housses de fauteuils, quand le silence de la rue résonna sous un pas solide qui se rapprocha et s’arrêta entre le taxi et l’huis de la marquise. En même temps, une tête se penchait pour voir qui pouvait bien se trouver dans ce véhicule. Aldo retint un grand cri d’enthousiasme : la figure apparue derrière sa vitre était celle de Marie-Angéline du Plan-Crépin, lectrice, demoiselle d’honneur et bécassine à tout faire de Mme de Sommières. Si celle-ci était là, cela voulait dire que la vieille dame n’était pas loin.
Jaillissant hors de la voiture après avoir demandé au chauffeur de patienter encore un peu, il se précipita sur elle avec autant d’allégresse que si elle eût été le Saint Graal et lui le chevalier Galahad.
– Vous ici ? Quelle chance inespérée, mon Dieu !
La lumière ayant beaucoup baissé, elle ne le reconnut pas tout de suite et se plaqua contre la porte en se signant à plusieurs reprises.
– Mais, monsieur, votre conduite est inconcevable...
Par chance, l’allumeur de réverbères venait de faire son entrée, et la scène s’en trouva tout de suite mieux éclairée. Du coup, la vieille fille indignée se changea en roucoulante tourterelle !
– Doux Jésus !... Le prince Aldo ! fit-elle d’un ton proche de l’extase. Quelle incroyable surprise ! C’est notre chère marquise qui va être heureuse !
– Elle est donc encore là ? J’étais persuadé qu’elle était déjà partie pour sa randonnée habituelle.
– Je crains que ce ne soit difficile cette année ; notre chère marquise a fait une chute malencontreuse dans son cabinet de bains et s’est cassé trois côtes : elle doit se reposer le plus possible... ce qui n’arrange pas son humeur.