L'Etoile Bleue [fr]
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Хромой из Варшавы #1
- Год: 1994
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «L'Etoile Bleue [fr]». Краткое содержание книги:
À nouveau, Mr. Bailey se laissa aller à sourire.
– Étant donné votre spécialité, ce serait assez étonnant. Il ne s’intéresse pas du tout aux pierres précieuses ni aux joyaux à moins qu’il ne s’agisse d’intailles ou de camées grecs ou romains...
– Vous en êtes certain ?
Le vieux monsieur leva une main blanche et soignée ornée d’une chevalière armoriée :
– Je suis formel : jamais sir Eric ni l’un de ses mandataires n’a enchéri sur un joyau, même célèbre, dans quelque vente que ce soit. Vous devriez le savoir aussi bien que moi, ajouta-t-il d’un ton de doux reproche.
– C’est vrai, murmura Morosini d’un air de distraite contrition parfaitement jouée, mais il y a des moments où la mémoire me fait défaut. L’âge, peut-être, ajouta ce vieillard de trente-neuf ans.
En quittant la boutique comme il avait besoin de réfléchir, il choisit d’aller boire un chocolat à la terrasse du Café de la Paix.
Ce qu’il avait appris de Bailey lui donnait beaucoup à penser. Seul un collectionneur enragé pouvait accepter le marché proposé par Solmanski pour le saphir : Ferrais ne l’obtiendrait qu’en faisant dudit Solmanski son beau-père. Or les joyaux ne l’attiraient pas, c’était un célibataire impénitent, et pourtant il avait accepté. En ce cas, que pouvait représenter à ses yeux le saphir wisigoth pour qu’il lui attache une telle valeur ? ... De quelque côté qu’Aldo prît le problème, il n’arrivait pas à lui donner une solution satisfaisante...
L’idée lui vint de demander une entrevue au marchand de canons afin d’en discuter avec lui d’homme à homme mais, auparavant, il entendait jouer à son tour les Asmodée et jeter un coup d’œil dans une demeure où se traitaient de si curieuses affaires.
Aussi le soir après le dîner, quand il eut conduit tante Amélie à la cage de verre agrémentée de fleurs peintes contenant le petit ascenseur hydraulique doux et lent chargé de véhiculer la vieille dame jusqu’au seuil de sa chambre, annonça-t-il à Cyprien son intention d’aller fumer un cigare dans le jardin de la maison.
– Inutile de laisser les salons allumés ! indiqua-t-il. Conservez ce qu’il faut pour que je retrouve mon chemin jusqu’à l’escalier et allez vous coucher ! J’éteindrai lorsque je regagnerai ma chambre.
– Monsieur le prince ne craint pas de prendre froid ? La pluie qui nous est venue en fin d’après-midi a tout arrosé copieusement et des souliers vernis ne sont guère confortables par une nuit humide. Pas plus qu’un smoking d’ailleurs... Madame la marquise suggère à monsieur le prince de se changer pour quelque chose de plus... adapté à ce genre d’environnement avant d’aller y savourer un havane.
Le visage du vieux serviteur était un poème d’innocente sollicitude, mais Morosini ne s’y laissa pas prendre et éclata de rire :
– Elle a tout prévu, n’est-ce pas ?
– Madame la marquise prévoit toujours tout... et elle aime infiniment monsieur le prince...
– Alors pourquoi ne m’a-t-elle pas donné ces bons conseils quand nous nous sommes dit bonsoir ?
Cyprien émit un petit reniflement accompagné d’un geste vague :
– Mademoiselle Marie-Angéline, je pense !... madame la marquise ne tient pas à ce qu’elle soit au courant de ce grand désir d’aller fumer dans un jardin dégoulinant d’eau. Je... hum !... je gagerais que Mlle Marie-Angéline va être priée de faire la lecture à madame la marquise, ce soir. Peut-être pas Les Misérables dans leur entier mais au moins deux ou trois tomes...
– Compris ! fit Aldo en tapotant l’épaule du majordome. Je vais me changer.
Il souriait en grimpant quatre à quatre le grand escalier et, passant silencieusement devant la porte de Mme de Sommières, il lui envoya un baiser du bout des doigts. Quelle étonnante vieille dame ! Si fine et si malicieuse !... Sachant qu’elle détestait se coucher tôt, il avait été surpris – mais soulagé aussi ! – de l’entendre exprimer à dîner son intention de se mettre au lit de bonne heure. En agissant ainsi, tante Amélie lui laissait entendre qu’elle était avec lui en toutes circonstances et qu’il pouvait agir dans sa maison comme bon lui semblait.
Un moment plus tard, ayant échangé son vêtement de soirée pour un tricot de marin en laine noire et ses escarpins pour de solides chaussures à semelles de caoutchouc, il gagnait le jardin sans le moindre cigare mais avec, dans sa poche, un étui à cigarettes rempli. Dieu seul savait combien de temps allait durer la faction qu’il entendait s’imposer !
Le jardin était paisible, mais, dans la maison voisine, la réception devait battre son plein. À cause de l’humidité de la nuit, les grandes portes-fenêtres n’étaient qu’entrouvertes, laissant passer les sons sublimes d’un piano exhalant la fureur désespérée d’une polonaise de Chopin et les mains qui jouaient devaient être celles d’un grand interprète. « On dirait qu’il y a concert ? pensa Morosini. Comment se fait-il que Plan-Crépin ne l’ait pas dit ? » Il décida d’aller voir de plus près.
Les deux hôtels étant mitoyens, une simple grille doublée de massifs séparait les parterres. Prenant son courage à deux mains, Aldo pénétra dans les rhododendrons pour atteindre le muret où s’encastrait la grille. Quelques instants plus tard, il atterrissait de l’autre côté où régnaient des troènes, des aucubas et des hortensias, un véritable mur végétal reliant le parterre à la bâtisse et aux larges marches régnant sur toute la longueur de la maison dont les fenêtres éclairées illuminaient le jardin.
Si inconfortable que ce fût, Aldo choisit de progresser dans les branches. Il allait atteindre son but quand une espèce d’aérolithe tombant du ciel s’abattit près de lui dans un craquement de petit bois, manquant son dos de fort peu. Un aérolithe d’une espèce rare car il fit « Ouille ! » avant de défiler à voix basse un chapelet de jurons.
– Un cambrioleur ! traduisit Aldo, en empoignant le personnage pour le remettre sur pied, quitte à le renvoyer à terre d’un direct bien appliqué s’il se montrait agressif. Sans songer que sa propre situation était aussi délicate que celle du nouveau venu. Qui d’ailleurs se rebiffait en reprenant pied sur la terre ferme.
– Moi, un cambrioleur ? Sachez à qui vous parlez, mon brave ! Je suis l’un des invités de votre maître...
Comprenant que l’autre le prenait pour un quelconque garde de la propriété, Aldo choisit de jouer le jeu. Le personnage était plutôt sympathique, voire amusant : long et mince dans un habit de soirée qui avait pas mal souffert de son atterrissage, il arborait un regard bleu d’enfant de chœur sous une attendrissante mèche blonde qui lui mangeait un sourcil. Sa figure ronde surmontée d’une abondance de cheveux frisés n’était pas celle d’un gamin mais d’un homme qui pouvait avoir trente-cinq à quarante ans.
– Je veux bien vous croire, monsieur, dit Aldo, mais les invités se tiennent dans les salons et non sur les toits...
– Qu’aurais-je fait sur le toit, fit l’aérolithe d’un ton de vertueuse indignation. Je me tenais sur le balcon du premier étage pour y fumer une cigarette et, je ne sais trop comment, j’ai perdu l’équilibre. Je suis parfois sujet à des étourdissements. Seulement, maintenant, je ne sais trop quelle figure je vais faire en rejoignant les autres. Je suis trempé... Si vous êtes de la maison, auriez-vous la gentillesse de me conduire dans un endroit sec afin que je puisse remettre de l’ordre dans mes vêtements ?
– Pas avant que vous m’ayez appris ce que vous faisiez au premier étage.
– Je n’aime pas beaucoup la musique et Chopin m’ennuie. Si j’avais su que cette réception commençait par un concert, je serais venu plus tard. Alors, vous m’emmenez me sécher ?