Un festin pour les corbeaux
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #12
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0125-6
- Переводчик: Jean Sola
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Un festin pour les corbeaux». Краткое содержание книги:
Car Sansa, depuis le régicide auquel elle a été mêlée à son insu, se cache au Val d’Arryne, sous l’identité d’Alayne Stone, prétendue bâtarde de Lord Petyr Baelish, Littlefinger. Plus pour longtemps, cependant : ce dernier a concocté un plan qui, s’il fonctionne, devrait faire revenir la jeune fille sur le devant de la scène.
Et pendant que tous les Loups s’agitent, Cersei Lannister tente de maintenir en un seul morceau l’empire qu’a laissé Lord Tywin, son père. N’a-t-elle pas joué une fois de trop avec le feu en réarmant la Foi et ses ecclésiastiques pour le moins radicaux ?
Un festin pour les corbeaux, douzième tome du Trône de Fer, clôt un chapitre important de la magistrale saga de George R.R. Martin.
Elle sentit une rougeur escalader son cou. « Mon père est seulement âgé de cinquante-quatre ans. Pas trop vieux pour se remarier et pour avoir un fils de sa nouvelle épouse.
— C’est un risque à courir… Si votre père se remarie et si sa femme se révèle féconde et si c’est un garçon qu’elle met au monde. J’ai fait des paris plus mauvais.
— Et vous les avez perdus. Jouez votre partie avec quelqu’un d’autre, ser.
— Ainsi parle une jouvencelle qui n’a jamais joué la partie avec qui que ce soit. Une fois que vous l’aurez fait, vous changerez de point de vue. Dans le noir, vous seriez aussi belle que n’importe quelle autre. Vos lèvres ont été faites pour embrasser.
— Ce sont de simples lèvres, répliqua-t-elle. Toutes les lèvres sont pareilles.
— Et toutes les lèvres sont faites pour embrasser, accorda Hunt d’un ton plaisant. Ne barrez pas la porte de votre chambre, cette nuit, et je viendrai me faufiler dans votre lit pour vous prouver la véracité de mes assertions.
— Risquez-vous-y, et vous serez eunuque lorsque vous repasserez le seuil. » Elle se leva et s’éloigna de lui.
Sans se soucier de la petite fille qui rampait toute nue sur la table, Septon Meribald demanda la permission de faire dire des actions de grâces aux enfants. « Ouais », consentit Saule en attrapant la mioche avant qu’elle n’atteigne la bouillie d’avoine. Aussi baissèrent-ils tous la tête ensemble pour remercier le Père et la Mère de leur générosité… Tous sauf le garçon à cheveux noirs de la forge, qui, croisant les bras sur sa poitrine, demeura assis d’un air courroucé pendant que les autres priaient. Brienne ne fut pas la seule à remarquer son comportement. La prière achevée, Septon Meribald le dévisagea par-dessus la table et dit : « Est-ce que tu n’aimes pas les dieux, mon fils ?
— Pas les vôtres. » Gendry se leva brusquement. « J’ai du travail à faire. » Et il sortit à grandes enjambées sans avaler la moindre lichette du repas.
« Y a-t-il quelque autre dieu qu’il chérisse ? demanda Hyle Hunt.
— Le Maître de la Lumière », répondit d’une voix flûtée un marmouset chétif de près de six ans.
Saule lui administra un coup de louche. « Ben Grande Gueule. Il y a de quoi manger. Tu devrais être en train de te remplir le ventre, et pas d’enquiquiner m’sires avec tes caquets. »
Les gosses s’abattirent sur le souper comme des loups sur un daim blessé, se disputant la morue, déchiquetant à qui mieux mieux le pain d’orge et faisant gicler la bouillie d’avoine de tous les côtés. Même l’énorme forme de fromage ne tarda guère à succomber. Brienne se contenta de poisson, de pain et de carottes, pendant que pour chacune des bouchées qu’il avalait lui-même Septon Meribald en distribuait deux à Chien. Dehors, il commençait à pleuvoir. Dedans, le feu pétillait, et la salle commune retentissait du vacarme des mastications, ponctué par les coups de louche que Saule infligeait aux enfants. « Un jour, cette mouflette fera une épouse redoutable pour quelqu’un, observa ser Hyle. Pour ce pauvre apprenti forgeron, selon toute probabilité.
— Quelqu’un devrait aller lui porter un morceau avant qu’il ne reste plus rien.
— Vous êtes quelqu’un. »
Brienne enveloppa dans un carré de tissu une lamelle de fromage, un quignon de pain, une pomme toute ridée et deux bouts de morue frite en miettes. Quand Podrick se leva pour la suivre à l’extérieur, elle lui ordonna de se rasseoir et de manger. « Je ne serai pas longue. »
Il pleuvait désormais à verse dans la cour. Brienne couvrit sa maigre provision de vivres avec un pan de son manteau. Certains des chevaux l’interpellèrent en hennissant quand elle entreprit de longer les écuries. Ils sont affamés, eux aussi.
Gendry s’affairait à sa forge, torse nu sous son tablier de cuir. La virulence avec laquelle il était en train de marteler une épée donnait le sentiment qu’il brûlait qu’elle soit un adversaire, et sa tignasse trempée de sueur lui retombait jusqu’aux sourcils. Elle le contempla un moment. Il a les yeux de Renly, les cheveux de Renly, mais pas sa carrure. Lord Renly était plus souple que musclé, contrairement à son frère Robert, dont la force était légendaire.
Gendry ne s’avisa de la présence de Brienne que lorsqu’il s’interrompit pour s’éponger le front. « Qu’est-ce que vous me voulez, vous ?
— Je vous ai apporté de quoi souper. » Elle ouvrit le paquet pour lui montrer.
« Si j’avais eu envie de manger quoi que ce soit, je l’aurais déjà fait.
— Un forgeron a besoin de manger pour se maintenir en pleine forme.
— Vous êtes ma mère ?
— Non. » Elle déposa les victuailles. « Qui était votre mère ?
— Qu’est-ce que ça peut vous faire ?
— Vous êtes né à Port-Réal. » Il lui suffisait de l’entendre parler pour en être absolument sûre.
« Comme quantité d’autres. » Il plongea l’épée dans une cuve d’eau de pluie pour en assurer la trempe. L’acier brûlant siffla de fureur.
« Quel âge avez-vous ? demanda Brienne. Votre mère est toujours en vie ? Et votre père, qui était-il ?
— Vous posez trop de questions. » Il reposa l’épée. « Ma mère est morte, et je n’ai jamais connu mon père.
— Vous êtes un bâtard. »
Il prit la réflexion pour une insulte. « Je suis un chevalier. Cette épée sera mienne, une fois terminée. »
A quoi s’emploierait un chevalier qui travaille dans une forge ? « Vous avez des cheveux noirs et des yeux bleus, et vous êtes né dans l’ombre du Donjon Rouge. Est-ce que personne ne vous a jamais fait de remarques à propos de votre visage ?
— Qu’est-ce qu’il a qui cloche, mon visage ? Il n’est pas aussi laid que le vôtre.
— A Port-Réal, vous avez dû voir le roi Robert. »
Il haussa les épaules. « Quelquefois. A des tournois, de loin. Un jour, au septuaire de Baelor. Les manteaux d’or nous ont repoussés pour lui permettre de passer. Une autre fois, j’étais en train de m’amuser près de la porte de la Gadoue lorsqu’il rentra d’une de ses chasses. Il était si soûl qu’il a failli me passer sur le corps. Un grand poivrot gras, c’était, mais un meilleur roi que ces fils qu’il a eus. »
Ils ne sont pas ses fils, Stannis a dit la vérité, le jour de sa rencontre avec Renly. Joffrey et Tommen n’ont jamais été les fils de Robert. Tandis que ce garçon-là… « Ecoutez-moi », débuta-t-elle, mais elle entendit alors Chien aboyer à plein gosier, frénétiquement. « Quelqu’un vient.
— Des amis, dit Gendry, nonchalamment.
— Quel genre d’amis ? » Elle gagna la porte de la forge pour jeter un œil au-dehors à travers la pluie.
Il haussa les épaules. « Vous les rencontrerez bien assez tôt. »
Il se peut que je n’aie pas la moindre envie de les rencontrer, songea-t-elle alors que les premiers cavaliers pénétraient dans la cour et y soulevaient des gerbes d’éclaboussures en pataugeant dans les flaques. En dépit du clapotement de l’averse et des aboiements de Chien, elle perçut le cliquetis feutré d’épées et de mailles émanant de sous leurs manteaux en loques. Elle les compta au fur et à mesure qu’ils apparaissaient. Deux, quatre, six, sept. Certains d’entre eux étaient blessés, à en juger d’après leur façon de monter. Le dernier était un colosse massif, taillé à lui seul comme deux de ses compagnons. Son cheval ensanglanté ahanait en titubant sous son poids. Toute la bande avait rabattu son capuchon pour se protéger de la pluie cinglante, excepté lui. Il avait la face large et glabre, d’un blanc d’asticot, et ses joues poupines étaient tapissées de plaies suintantes,