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Un festin pour les corbeaux

Электронная книга - «Un festin pour les corbeaux». Краткое содержание книги:

Lady Brienne, dite la pucelle de Torth, poursuit la quête désespérée dont l’a chargée Jaime Lannister. Accompagnée du septon Meribal, de Podrick, son fidèle écuyer, et de Ser Hyle, elle arpente sans relâche le royaume à la recherche de Sansa Stark. Mais à défaut de la fille, c’est la mère, Catelyn, qu’elle trouvera… ou du moins ce qu’il en reste.
Car Sansa, depuis le régicide auquel elle a été mêlée à son insu, se cache au Val d’Arryne, sous l’identité d’Alayne Stone, prétendue bâtarde de Lord Petyr Baelish, Littlefinger. Plus pour longtemps, cependant : ce dernier a concocté un plan qui, s’il fonctionne, devrait faire revenir la jeune fille sur le devant de la scène.
Et pendant que tous les Loups s’agitent, Cersei Lannister tente de maintenir en un seul morceau l’empire qu’a laissé Lord Tywin, son père. N’a-t-elle pas joué une fois de trop avec le feu en réarmant la Foi et ses ecclésiastiques pour le moins radicaux ?
Un festin pour les corbeaux, douzième tome du Trône de Fer, clôt un chapitre important de la magistrale saga de George R.R. Martin.
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Brienne retint son souffle et dégaina Féale. Trop nombreux, songea-t-elle, prise d’un accès de peur, ils sont trop nombreux « Gendry, dit-elle à voix basse, vous allez avoir besoin d’une armure et d’une épée. Ces gens-là ne sont pas des amis à vous. Ils ne sont les amis de personne.

— Que me chantez-vous là ? » Il vint se planter près d’elle, son marteau au poing.

Un éclair zébra le ciel au sud lorsque les cavaliers sautèrent à bas de leurs montures. Pendant un demi-battement de cœur, les ténèbres virèrent au grand jour. Une lueur d’un bleu argenté fusa d’une hache, la lumière fit miroiter des mailles et des plates, et Brienne entr’aperçut sous le capuchon sombre du cavalier de tête un mufle de fer et des rangées de dents d’acier dénudées par un grondement.

Gendry le vit aussi. « Lui !

— Pas lui. Son heaume. » Elle essaya de maîtriser sa voix pour ne pas trahir sa peur, mais sa bouche était aussi sèche que de la poussière. Elle était joliment bien placée pour avoir en tête sa petite idée quant à l’individu qui usurpait le heaume du Limier. Les enfants, songea-t-elle.

La porte de l’auberge s’ouvrit avec fracas. Saule sortit sous la pluie, une arbalète entre les mains. La fillette hurlait quelque chose à l’adresse des cavaliers, mais un coup de tonnerre ébranla la cour et noya ses paroles. Le silence à peu près retombé, Brienne entendit le faux Limier vociférer : « Lâche-moi un carreau, et je te foutrai cette arbalète dans ton con et je te baiserai avec elle. Puis je te ferai sauter tes putains d’yeux dehors, et je te les ferai bouffer. » Ses intonations furibondes firent reculer Saule d’un pas, toute tremblante.

Sept, songea de nouveau Brienne avec désespoir. Elle n’avait aucune chance contre sept adversaires, elle le savait. Aucune chance et pas le choix.

Elle s’avança sous la pluie battante, Féale au poing. « Laissez-la tranquille ! Si vous avez envie de violer quelqu’un, tentez votre chance avec moi. »

Les hors-la-loi se retournèrent comme un seul homme. L’un d’eux s’esclaffa, et un autre dit quelque chose dans une langue qu’elle ne connaissait pas. Le colosse à large face blafarde émit un sssssssssssssssssssssssssss vipérin. Le porteur du heaume du Limier se mit à rire. « T’es encore plus moche que je me rappelais. J’aimerais mieux violer ton canasson.

— Des chevaux, c’est ça qu’on veut, dit l’un des blessés. Des chevaux frais et de quoi manger. On a des bandits à nos trousses. Donnez-nous vos chevaux, et on sera partis. On vous fera pas de mal.

— Foutre non. » Le hors-la-loi coiffé du heaume du Limier retira des fontes de sa selle une hache de guerre. « Moi, j’ai envie de lui couper ses putains de jambes. Et ensuite je la planterai sur ses moignons pour qu’elle puisse bien me regarder baiser la môme à l’arbalète.

— Avec quoi ? le railla Brienne. Huppé-le-Louf a dit qu’on vous avait dépouillé de vos attributs virils en même temps que de votre nez. »

C’était là le provoquer délibérément, et il tomba dans le panneau. Il fonça vers elle à toutes jambes en soulevant des gerbes d’eau noire et en beuglant des bordées de jurons. Ses compères ne bougèrent ni pied ni patte, en prévision du spectacle imminent, comme si Brienne avait prié le Ciel de leur inspirer ce comportement. Elle demeura d’une immobilité de pierre, dans l’expectative. La cour était plongée dans les ténèbres, la boue glissante sous les pieds. Mieux vaut le laisser venir à moi. Si les dieux ont quelque bienveillance, il va déraper et se flanquer par terre.

La bonté des dieux n’alla pas jusque-là, mais son épée démontra la sienne. Cinq pas, quatre pas, maintenant ! compta Brienne, et Féale balaya l’espace à la rencontre de l’agresseur lancé au galop. L’acier crissa au contact de l’acier quand sa lame, mordant au travers des tissus en loques, ouvrit une large brèche dans la chaîne de mailles, alors même que la hache s’abattait pour écraser Brienne, qui pivota de côté, tout en taillant à la poitrine, cette fois, pendant qu’elle reprenait du champ.

Il suivit le mouvement, titubant et sanglant, rugissant sa rage : « Putain ! tonna-t-il. Monstre ! Chienne ! Je te ferai enculer par mon chien, saloperie de chienne ! » Sa hache virevoltait en courbes meurtrières, réduite à une ombre noire et brutale qui s’argentait soudain chaque fois qu’un éclair déchirait la nuit. Brienne n’avait pas de bouclier pour parer les coups. Elle ne pouvait rien faire d’autre que s’esquiver à reculons, biaisant prestement de-ci puis de-là quand la hache volait vers elle. Une fois, la boue céda sous son pied, et elle faillit tomber, réussissant par miracle à recouvrer son équilibre, mais la hache lui avait entre-temps éraflé l’épaule gauche en laissant dans son sillage une douleur fulgurante. « T’as eu la chienne ! » cria l’un de ses comparses, et un autre ajouta : « Voyons voir sa danse pour échapper à c’ coup-là ! »

Et elle dansa, soulagée de savoir qu’ils se contentaient toujours du rôle de spectateurs. Mieux valait qu’ils n’interviennent pas. Elle ne pouvait pas en combattre sept, pas seule, même si un ou deux d’entre eux étaient déjà blessés. Le vieux ser Bonvainc gisait dans sa tombe depuis longtemps, mais elle l’entendit nettement lui chuchoter quelque chose à l’oreille. Les hommes te sous-estimeront toujours, disait-il, et leur vanité les incitera à vouloir te vaincre au plus vite, de peur qu’il ne soit dit qu’une bonne femme leur ait sacrément donné du fil à retordre. Laisse-les gaspiller leurs forces en assauts furieux, pendant que toi tu conserves les tiennes intactes. Patience et vigilance, petite, patience et vigilance. Elle patienta, vigilante, en se déplaçant latéralement puis à reculons, puis de nouveau latéralement, tout en taillant tantôt au visage de l’adversaire, tantôt à ses jambes, tantôt à son bras. Les coups qu’il lui assenait se faisaient plus lents à venir au fur et à mesure que sa hache devenait plus lourde. Elle le contourna pour qu’il ait la pluie dans les yeux, puis fit deux pas vifs en arrière. Il fit tournoyer sa hache une fois de plus en jurant puis fit une embardée vers elle, l’un de ses pieds glissant dans la boue…

… et elle bondit au-devant de lui, les deux mains cramponnées sur la poignée de son épée. En chargeant tête baissée, il vint de lui-même s’empaler droit sur la pointe de Féale qui creva le tissu, la maille et le cuir et encore du tissu pour s’enfoncer dans les tripes et ressortir dans le dos, non sans émettre un bruit râpeux lorsqu’elle érafla les vertèbres. Sa main flasque lâcha la hache, et puis ils se heurtèrent tous deux de plein fouet, et le visage de Brienne vint s’aplatir contre le heaume à mufle de chien. Elle sentit sur sa joue le froid du métal humide. La pluie ruisselait à flots sur l’acier, et quand un nouvel éclair illumina la cour, elle discerna par les fentes de la visière la souffrance et la trouille et une incrédulité totale. « Saphirs », lui chuchota-t-elle, tout en vrillant si durement sa lame en lui qu’il en frissonna de la tête aux pieds. Sa masse s’affaissa pesamment contre elle et, tout à coup, ce fut un cadavre qu’elle étreignait, là, sous les trombes noires. Elle se recula et le laissait s’affaler, quand…

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