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Un festin pour les corbeaux

Электронная книга - «Un festin pour les corbeaux». Краткое содержание книги:

Lady Brienne, dite la pucelle de Torth, poursuit la quête désespérée dont l’a chargée Jaime Lannister. Accompagnée du septon Meribal, de Podrick, son fidèle écuyer, et de Ser Hyle, elle arpente sans relâche le royaume à la recherche de Sansa Stark. Mais à défaut de la fille, c’est la mère, Catelyn, qu’elle trouvera… ou du moins ce qu’il en reste.
Car Sansa, depuis le régicide auquel elle a été mêlée à son insu, se cache au Val d’Arryne, sous l’identité d’Alayne Stone, prétendue bâtarde de Lord Petyr Baelish, Littlefinger. Plus pour longtemps, cependant : ce dernier a concocté un plan qui, s’il fonctionne, devrait faire revenir la jeune fille sur le devant de la scène.
Et pendant que tous les Loups s’agitent, Cersei Lannister tente de maintenir en un seul morceau l’empire qu’a laissé Lord Tywin, son père. N’a-t-elle pas joué une fois de trop avec le feu en réarmant la Foi et ses ecclésiastiques pour le moins radicaux ?
Un festin pour les corbeaux, douzième tome du Trône de Fer, clôt un chapitre important de la magistrale saga de George R.R. Martin.
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… quand Mordeur vint la percuter en poussant des glapissements suraigus.

En fondant sur elle comme une avalanche de lainages détrempés et de chair blafarde, il la fit décoller de ses pieds et atterrir brutalement dans une flaque dont les éclaboussures lui rejaillirent dans le nez et les yeux. Elle en eut le souffle entièrement coupé, et son crâne fit crac ! en se cognant contre une pierre à demi enterrée. « Non », fut tout ce qu’elle eut le loisir de dire avant qu’il ne tombe sur elle de toute son poids, l’enfonçant davantage encore dans la boue. L’une de ses mains l’empoignait par les cheveux et lui tirait la tête en arrière. L’autre cherchait sa gorge à tâtons. Féale avait disparu, arrachée de son poing par la violence du choc. Elle ne disposait plus dès lors que de ses mains nues pour combattre son agresseur, mais lorsqu’elle lui balança son poing en pleine figure, elle eut l’impression qu’elle venait de frapper une boule de pâte blanchâtre et molle. Il n’accusa le coup que par l’un de ses sssssssssssifflements.

Elle le frappa de nouveau, de nouveau, de nouveau, tout en lui fourrant le talon de sa main dans l’œil, mais il n’avait pas l’air de sentir les coups. Elle se mit à lui lacérer les poignets avec ses ongles mais, loin de se relâcher, son étreinte se resserra, malgré le sang qui ruisselait des plaies qu’elle lui infligeait. Il l’écrasait sous son poids, l’étouffait. Elle le repoussa par les épaules pour se débarrasser de lui, mais il était aussi lourd qu’un cheval, impossible à ébranler si peu que ce soit. Lorsqu’elle essaya de lui décocher son genou dans l’aine, elle ne parvint qu’à le lui planter dans le ventre. Avec un grondement, Mordeur lui arracha une poignée de cheveux.

Ma dague. Elle s’accrocha désespérément à cette idée. Elle s’évertua à faufiler sa main entre eux, ses doigts se tortillant en aveugles pour découvrir l’arme sous la chair aigre qui la suffoquait, jusqu’à ce qu’ils finissent par en atteindre la poignée. Mordeur referma ses deux mains autour de son cou et commença à lui marteler le crâne contre le sol. Un nouvel éclair fusa, dans sa cervelle cette fois, mais ses doigts se débrouillèrent va savoir comment pour se crisper sur la dague et pour l’extirper de son fourreau. Mais comme, avec Mordeur plaqué de la sorte sur elle, il lui était impossible de relever la lame afin de le poignarder, elle en tira de toutes ses forces le tranchant le long de son ventre. Quelque chose de moite et de chaud gicla entre ses doigts. Mordeur cracha un nouveau ssssssssssssifflement, plus fort que les précédents, et ne lâcha sa gorge que le temps de la frapper au visage. Elle entendit des os craquer, et la douleur l’aveugla pendant un instant. Lorsqu’elle tenta de tailler derechef, il saisit sa dague et abattit un genou si violemment sur son avant-bras qu’il le lui cassa. Puis il lui rempoigna la tête et se remit à essayer de la lui arracher des épaules.

Elle entendit nettement les aboiements de Chien, ainsi que des hommes qui braillaient tout autour d’elle et, entre deux vrombissements du tonnerre, elle perçut la sonorité caractéristique de l’acier croisant l’acier. Ser Hyle, songea-t-elle, ser Hyle est entré dans la lutte, mais tout cela lui paraissait aussi lointain que dérisoire. Son univers personnel se réduisait aux mains qui lui broyaient la gorge et à la figure qui la surplombait. La pluie souffla son capuchon quand il se pencha plus près. Son haleine avait une puanteur de fromage pourri.

Elle avait la poitrine en feu, et c’était derrière ses yeux que se déchaînait la tempête qui l’aveuglait. Les os s’entrechoquaient en elle comme pour se moudre mutuellement. La bouche de Mordeur haletait, béante, impassiblement vaste. Elle distingua ses dents jaunes et crochues, effilées en pointes. Lorsqu’elles se refermèrent sur la chair tendre de sa joue, elle le sentit à peine. Elle avait l’impression de sombrer en spirale dans le noir. Je ne peux pas mourir encore, se dit-elle, il me reste encore quelque chose à faire.

La bouche de Mordeur se dégagea d’une saccade déchirante, pleine de chair et de sang. Il cracha, sourit puis replanta ses crocs acérés dans sa chair. Cette fois, il la mastiqua et l’avala. Il est en train de me manger, comprit-elle subitement, mais elle n’avait plus de forces pour le combattre. Elle avait l’impression de flotter au-dessus d’elle-même et d’assister à cette abomination comme si la victime en était une autre femme, une fille stupide qui se prenait pour un chevalier. Ce sera bientôt terminé, se dit-elle. Ensuite, ça n’aura pas d’importance s’il me mange. Mordeur rejeta sa tête en arrière et ouvrit de nouveau la bouche en hurlant, puis il lui tira la langue. C’était une langue étonnamment pointue, dégouttante de sang, plus longue qu’il n’était permis à quelque langue que ce fût. Elle lui sortait en glissant de la bouche et sortait sortait, sortait encore et sortait toujours, rouge et humide et luisante, ce qui en faisait une vision hideuse et obscène. Il a une langue d’un pied de long, songea Brienne, juste avant que les ténèbres ne l’engloutissent. Ça alors, elle ressemble presque à une épée.

Jaime

La broche qui agrafait le manteau de ser Brynden Tully affectait la forme d’un poisson noir – son silure personnel –, ouvragé en or et en jais. Son haubert en anneaux de mailles était gris sombre. Il portait par-dessus des jambières, un gorgerin, des gantelets, des spallières et des solerets à la poulaine d’acier noirci, mais aucune de ces pièces n’était aussi sombre, tant s’en fallait, que l’expression de sa physionomie pendant qu’il attendait Jaime Lannister au bout du pont-levis, tout seul et monté sur un coursier alezan caparaçonné de rouge et de bleu.

Il ne m’aime pas. Tully avait un visage taillé à coups de serpe, sillonné de rides profondes et brûlé par le soleil sous une tignasse raide de cheveux gris, mais Jaime n’eut pas de peine à retrouver dans sa personne le prestigieux chevalier qui avait jadis captivé un simple écuyer par ses anecdotes sur les Rois à neuf sous. Les sabots d’Honneur cliquetèrent sur les planches du pont-levis. Jaime avait consacré de longues et sévères méditations à sa tenue : revêtirait-il pour la rencontre son armure d’or ou bien ses blancs ? Son choix s’était finalement porté sur un justaucorps de cuir et sur un manteau écarlate.

Il s’avança jusqu’à un pas de ser Brynden et salua le vieil homme en inclinant la tête. « Régicide », articula Tully.

Qu’il ait voulu faire de cette appellation le premier mot sorti de sa bouche valait des volumes, mais Jaime était fermement résolu à conserver son sang-froid. « Silure, répondit-il. Merci à vous d’être venu.

— Je présume que vous voici de retour afin de tenir pleinement les serments que vous aviez faits à ma nièce ? fit ser Brynden. Si ma mémoire ne m’abuse, vous aviez promis ses filles à Catelyn en échange de votre liberté. » Sa bouche se rétrécit. « Et cependant, je ne vois pas les petites. Où sont-elles ? »

Doit-il me forcer à l’avouer ? « Je ne les ai pas.

— Dommage. Vous souhaitez reprendre votre captivité ? Votre ancienne cellule est toujours disponible. Nous y avons renouvelé la jonchée. »

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