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Historiettes, Contes Et Fabliaux

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Historiettes, Contes Et Fabliaux
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– Monstre, s’écrie celle-ci, en se jetant en fureur sur son mari, est-ce donc ainsi que tu te ris et de ma candeur et de ma tendresse!

– Fille atroce, dit M. de Totteville à Lucile qui s’est précipitée aux genoux de son père, voilà donc comme tu abuses de l’honnête liberté que nous te laissions!…

De leur côté, la marquise et Mme de Totteville jettent des yeux irrités sur les deux coupables et Mme d’Olincourt n’est distraite de ce premier mouvement que pour recevoir sa sœur qui s’évanouit dans ses bras. On peindrait difficilement la figure de Fontanis au milieu de cette scène: la surprise, la honte, la terreur, l’inquiétude, tous ces différents sentiments l’agitent à la fois et le rendent immobile comme une statue; cependant le marquis arrive, il s’informe, il apprend avec indignation tout ce qui se passe.

– Monsieur, lui dit fermement le père de Lucile, je ne me serais jamais attendu que chez vous, une fille d’honneur eût à redouter des affronts de cette espèce; vous trouverez bon que je ne le supporte pas, et que ma femme, ma fille et moi partions à l’instant pour en demander justice à ceux de qui nous devons l’attendre.

– En vérité, monsieur, dit alors sèchement le marquis au président, vous conviendrez que voilà des scènes auxquelles je devrais peu m’attendre; n’est-ce donc que pour déshonorer ma belle-sœur et ma maison qu’il vous a plu de vous allier à nous?

Puis s’adressant à Totteville:

– Rien de plus juste, monsieur, que la réparation que vous demandez, mais j’ose vous conjurer instamment de vouloir bien éviter l’éclat, ce n’est pas pour ce drôle-là que je le demande, il n’est digne que de mépris et de punition, c’est pour moi, monsieur, c’est pour ma famille, c’est pour mon malheureux beau-père qui, ayant mis toute sa confiance dans ce pantalon, va mourir du chagrin de s’être trompé.

– Je voudrais vous obliger, monsieur, dit fièrement M. de Totteville, en entraînant sa femme et sa fille, mais vous me permettrez de placer mon honneur au-dessus de ces considérations; vous ne serez nullement compromis, monsieur, dans les plaintes que je vais faire, ce malhonnête homme le sera seul… trouvez bon que je n’écoute plus rien et que j’aille à l’instant où la vengeance m’appelle.

A ces mots, ces trois personnages se retirent sans qu’aucun effort humain puisse les arrêter, et volent, assurent-ils, à Paris présenter requête au Parlement contre les indignités dont a voulu les couvrir le président de Fontanis… Cependant il ne règne plus dans ce malheureux château que du trouble et du désespoir; Mlle de Téroze à peine rétablie, se remet dans son lit avec une fièvre qu’on a soin d’assurer dangereuse; M. et Mme d’Olincourt fulminent contre le président, qui n’ayant d’autre asile que cette maison dans les extrémités qui le menacent, n’ose se révolter contre les réprimandes qui lui sont aussi justement adressées, et les choses demeurent trois jours en cet état, lorsque des avis secrets apprennent enfin au marquis que l’affaire devient des plus sérieuses, qu’elle est traitée au criminel, et qu’on est à la veille de décréter Fontanis.

– Eh quoi, sans m’entendre, dit le président effrayé.

– Est-ce la règle, lui répond d’Olincourt, permet-on des moyens de défense à celui que la loi décrète, et l’un de vos plus respectables usages n’est-il pas de le flétrir avant que de l’écouter? On n’emploie avec vous que les armes dont vous vous êtes servi contre les autres; après avoir exercé l’injustice trente ans, n’est-il pas raisonnable que vous en deveniez au moins une fois victime dans votre vie?

– Mais pour une affaire de filles?

– Comment pour une affaire de filles, ne savez-vous donc pas que ce sont les plus dangereuses? cette malheureuse affaire dont les souvenirs vous ont valu cinq cents coups de fouet dans le château des revenants, était-elle autre chose qu’une affaire de filles, et n’avez-vous pas cru que pour une affaire de filles il vous était permis de flétrir un gentilhomme? Le talion, président, le talion, c’est votre boussole, soumettez-vous-y donc avec courage.

– Juste ciel, dit Fontanis, au nom de Dieu, mon frère, ne m’abandonnez pas.

– Croyez que nous vous secourerons, répondit d’Olincourt, quelque déshonneur dont vous nous a[y]ez couverts, et quelques plaintes que nous ayons à faire de vous, mais les moyens sont durs… vous les connaissez.

– Quoi donc?

– La bonté du roi, une lettre de cachet, je ne vois que cela.

– Quelles funestes extrémités!

– J’en conviens, mais trouvez-en d’autres, voulez-vous sortir de France et vous perdre à jamais, tandis que quelques années de prison arrangeront peut-être tout ceci? Ce moyen qui vous révolte, d’ailleurs, ne l’avez-vous pas quelquefois employé vous et les vôtres, ne fut-ce pas en le conseillant avec barbarie que vous achevâtes d’écraser ce gentilhomme que les esprits ont si bien vengé, n’osâtes-vous pas, par une prévarication aussi dangereuse que punissable, mettre ce malheureux militaire entre la prison ou l’infamie et ne suspendre vos foudres méprisables qu’aux conditions qu’il serait écrasé par celles de son roi? Rien d’étonnant par conséquent, mon cher, dans ce que je vous propose, non seulement cette voie est connue de vous, mais elle doit maintenant en être désirée.

– Ô souvenirs affreux, dit le président en versant des larmes, qui m’eût dit que la vengeance du ciel éclaterait sur ma tête presque à l’instant où se consommaient mes crimes! ce que j’ai fait, on me le rend, souffrons, souffrons et taisons-nous.

Cependant comme les secours pressaient, la marquise conseilla vivement à son mari de partir pour Fontainebleau où se trouvait alors la cour; pour Mlle de Téroze elle n’entra point dans ce conseil, la honte, le chagrin à l’extérieur, et le comte d’Elbène au-dedans, la retenaient toujours dans sa chambre dont la porte était exactement fermée au président; il s’y était présenté plusieurs fois, il avait essayé de se la faire ouvrir par ses remords et par ses larmes, mais toujours infructueusement.

Le marquis partit donc, le trajet était court, il arriva le surlendemain, escorté de deux exempts et muni d’un prétendu ordre dont la simple vue fit trembler le président de tous ses membres.

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