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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Mais c’est Hresh qui fit pencher la décision en faveur de son demi-frère.

— C’est l’homme qu’il nous faut, dit-il à Taniane, le seul qui soit capable de tenir tête à Salaman. Tous les autres sont des esprits étriqués, ce que l’on ne peut certainement pas dire de Thu-kimnibol. Et j’ai l’impression qu’il est devenu encore plus fort depuis la mort de Naarinta. Je trouve qu’il a maintenant quelque chose que je ne lui avais jamais connu… Oui, je sens une sorte de noblesse qui se développe en lui. C’est lui que nous devons envoyer, Taniane.

— Peut-être.

Le voyage de Thu-kimnibol fut précédé par des prières, un jeûne et une longue consultation avec Boldirinthe, car, à sa manière, c’était un homme pieux, fidèle aux Cinq Déités. D’aucuns laissaient entendre qu’il devait être quelque peu naïf pour conserver la foi à l’époque moderne, mais Thu-kimnibol n’avait que faire de ces racontars.

— J’invoquerai Yissou pour toi, bien entendu, dit Boldirinthe, le souffle court, en ouvrant le placard aux talismans.

C’était une grosse et robuste femme, d’un âge très avancé. Née dans le cocon, elle était l’une des dernières à avoir connu le Temps du Départ. Boldirinthe avait pris énormément de poids depuis quelques années et elle ressemblait maintenant à une bonbonne.

— Yissou, pour ta protection, poursuivit-elle. Et Dawinno pour t’aider à anéantir les ennemis qui pourraient croiser ta route.

— N’oublie pas Friit, dit Thu-kimnibol avec un sourire, pour le cas où ils seraient les premiers à frapper.

— Oui, bien sûr, Friit aussi, dit Boldirinthe en riant sans cesser de disposer les figurines sur la table. N’oublions pas la déesse Mueri, pour te consoler si jamais tu avais le mal du pays. Et Emakkis, pour pourvoir à tes besoins. Je leur demanderai à tous les Cinq de répandre leurs bienfaits sur toi, Thu-kimnibol. C’est plus sage. Dois-je aussi invoquer Nakhaba ? ajouta-t-elle, les yeux pétillants de malice.

— Suis-je un Beng, Boldirinthe ?

— Mais leur dieu est puissant. Et nous le vénérons maintenant au même titre que les autres. Nous ne formons plus qu’une seule tribu.

— Je me débrouillerai sans l’aide de Nakhaba, répliqua Thu-kimnibol, l’air imperturbable.

— Comme tu voudras. Comme tu voudras.

Boldirinthe alluma ses bougies et brûla son encens.

Le poids des ans lui était manifestement de plus en plus pénible à supporter. Thu-kimnibol se demanda si elle n’était pas malade. Une vieille personne si douce, qui avait peut-être un peu de malice en elle, mais pas la moindre méchanceté. Tout le monde l’aimait. Il n’était pas assez âgé pour avoir des souvenirs très précis de Torlyri, celle qui l’avait précédée dans sa charge, mais ceux qui avaient bien connu Torlyri affirmaient que Boldirinthe était digne de sa devancière, aussi douce et bienveillante qu’elle. Un jugement élogieux, car, même après tant d’années, les anciens parlaient encore de Torlyri avec une profonde affection. Torlyri avait été la femme-offrande du Peuple, du temps de Koshmar, d’abord dans le cocon, puis à Vengiboneeza, après le Départ. Mais quand le Peuple avait quitté Vengiboneeza pour entreprendre sa seconde migration, elle était restée dans l’ancienne capitale des yeux de saphir, car elle s’était éprise de Trei Husathirn, un guerrier Beng, et ne voulait pas l’abandonner. C’est alors que Boldirinthe était devenue femme-offrande à la place de Torlyri.

Thu-kimnibol avait de la peine à comprendre comment une femme aussi unanimement aimée que Torlyri avait pu mettre au monde un serpent comme Husathirn Mueri. Peut-être était-ce le sang Beng coulant dans ses veines qui avait fait de Husathirn Mueri ce qu’il était.

— Combien de temps, à ton avis, te prendra le voyage ? demanda Boldirinthe.

— Jusqu’à ce que j’arrive. Ni plus ni moins.

— Je me souviens de la Cité de Yissou. Il y avait en tout et pour tout sept misérables huttes de bois, on ne peut plus rudimentaires, y compris celle qu’ils appelaient le palais royal.

— La cité s’est développée depuis cette époque, dit Thu-kimnibol.

— Oui. Oui, je suppose. Mais le souvenir que j’en ai gardé est celui d’une petite agglomération qui ne ressemblait à rien. J’y suis allée une fois, tu sais. Nous avons traversé Yissou, sur le trajet entre Vengiboneeza et ici. Je t’ai vu là-bas. Tu étais encore un petit garçon. Pas si petit que cela, en réalité. Tu as toujours été grand pour ton âge, et courageux. Tu as tué des hjjk pendant une grande bataille qui a eu lieu à Yissou à cette époque.

— Oui, dit Thu-kimnibol avec indulgence, je m’en souviens aussi. Dois-je m’agenouiller devant toi, mère Boldirinthe ?

— Pourquoi Taniane t’a-t-elle choisi comme ambassadeur ? demanda-t-elle avec un regard rusé.

— Pourquoi pas ?

— Cela semble curieux. On m’a dit que tu avais eu un différend avec le roi Salaman. N’est-il pas vrai que tu fus son rival pour le trône de Yissou ? Et maintenant on t’envoie comme émissaire auprès de lui… Mais je me demande s’il te fera confiance. Ne va-t-il pas s’imaginer que c’est une nouvelle tentative pour lui ravir son trône ?

— C’est vraiment de l’histoire ancienne, dit Thu-kimnibol. Je ne veux pas de son trône et il le sait. Et même si je cherchais à l’en chasser, je ne réussirais pas. Si Taniane m’a choisi, c’est parce que je connais mieux Salaman que n’importe qui d’autre, sauf peut-être Hresh et Taniane, et ils ne peuvent tout de même pas partir eux-mêmes. Prie pour que je fasse un bon voyage, mère Boldirinthe, et prie aussi avec moi pour ma compagne Naarinta dont l’âme a entrepris de son côté un autre voyage. Ensuite, je me mettrai en route.

— Oui. Oui.

Elle commença l’invocation à Yissou, mais, au bout d’un moment, elle s’interrompit et s’absorba dans un silence si long que Thu-kimnibol crut qu’elle s’était endormie. Puis elle émit un petit rire.

— Je me suis accouplée une fois avec Salaman. Nous étions encore dans le cocon. Il était plus jeune que moi de quatre ou cinq ans. Ce n’était qu’un garçon de dix ou onze ans. Mais il était déjà plein de sève. Il est venu à moi… C’était un garçon très silencieux, à l’époque, un petit brun, très large d’épaules et doté d’une force incroyable. Il est venu à moi et il a posé les mains sur mes seins…

— Je t’en prie, Boldirinthe. Veux-tu…

— Et nous l’avons fait dans la salle de culture, Salaman et moi, à même le sol, roulant sous les vignes-velours. Il n’a pas ouvert la bouche. Ni avant, ni pendant, ni après. Il ne parlait pas beaucoup à l’époque. Ce fut notre unique accouplement, la seule occasion où nous nous sommes connus intimement. Après cela, il n’y eut plus que Weiawala pour lui et, de toute façon, moi, j’étais avec Staip. Si j’avais su que Salaman deviendrait roi un jour… Mais comment aurais-je pu le savoir, nous ne connaissions même pas ce mot…

— Mère Boldirinthe, dit Thu-kimnibol d’un ton insistant.

Il redoutait que la vieille femme continue de lui raconter toute sa vie et de dresser la liste de ses accouplements et de ses couplages depuis cinquante ans. Mais l’évocation des souvenirs était terminée et elle se concentrait maintenant sur sa tâche. Elle l’effleura délicatement avec son organe sensoriel, elle fit les Cinq Signes, elle prononça les paroles sacrées, elle brandit les talismans, elle fit entrer les dieux dans la salle et leur ouvrit l’âme de Thu-kimnibol. Ils lui apparurent et ils étaient si vivants, si réels qu’il les reconnut tous, bien qu’ils n’eussent pas de forme et ne fussent que de simples auras, des couronnes brillantes qui l’entouraient dans l’obscurité. Il reconnut la douce Mueri ; le féroce et implacable Dawinno ; Emakkis, le Pourvoyeur ; et puis Friit ; et enfin Yissou, celui qui le protégerait. Dans le sanctuaire de la salle des offrandes de Boldirinthe, il s’offrit aux Cinq Déités qui régnaient sur le monde et il plaça son âme sous la protection de leur présence divine. Il lui sembla sur le moment que cette communion était plus profonde que tout ce qu’il avait connu jusqu’alors. Il goûta à la félicité et sentit une paix profonde et durable l’envahir.

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