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La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]

Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:

3 000 ans ont passé depuis le massacre des doryphores. Mais seulement vingt-six ans pour Ender Wiggin. Paradoxe de la relativité du temps dans l’espace ! Hanté par sa participation au génocide d’un peuple, Ender poursuit sa quête : trouver une planète où il pourra enfin déposer le cocon de la reine des doryphores.
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
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— Tais-toi, Olhado, dit Miro.

La scène générée par l’ordinateur cessa.

— Je ne peux pas croire que tu aies gardé ça, dit Ela.

Quim pleurait sans tenter de se cacher.

— Je l’ai tué, dit-il. Je l’ai tué, je l’ai tué, je l’ai tué.

— Qu’est-ce que tu racontes ? intervint Miro, exaspéré. Il avait une sale maladie. Elle était congénitale !

— J’ai prié pour qu’il meure ! hurla Quim. (Son visage était complètement défait, larmes, morve et salive se mêlant autour de sa bouche.) J’ai prié la Vierge, j’ai prié Jésus, j’ai prié grand-père et grand-mère, j’ai dit que j’étais prêt à aller en enfer pourvu qu’il meure, et ils m’ont exaucé et, maintenant, je vais aller en enfer et je ne regrette même pas. Dieu me pardonne, mais je suis content !

Il quitta la pièce en sanglotant. Une porte claqua au loin.

— Eh bien, encore un miracle à porter au crédit d’Os Venerados, commenta Miro. La sanctification est assurée.

— Ta gueule, dit Olhado.

— Et il nous répétait continuellement que le Christ voulait que nous pardonnions au vieux, rappela Miro.

Sur ses genoux, Grego tremblait si violemment qu’Ender s’inquiéta. Il constata que le petit garçon murmurait un mot. Ela perçut également le désespoir de Grego et s’agenouilla devant lui.

— Il pleure, je ne l’ai jamais vu pleurer ainsi…

— Papa, papa, papa, soufflait Grego.

Son tremblement avait cédé la place à de longs frissons, presque convulsifs dans leur violence.

— Est-ce qu’il a peur de papa ? demanda Olhado.

Son visage exprimait une intense inquiétude. Ender constata avec soulagement que tous les visages exprimaient l’inquiétude. Il y avait de l’amour dans la famille, pas seulement la solidarité liée au fait d’avoir vécu de nombreuses années sous la loi du même tyran.

— Papa est parti, maintenant, dit Miro d’une voix rassurante. Tu n’as plus besoin de t’inquiéter.

Ender secoua la tête.

— Miro, dit-il, vous n’avez donc pas regardé le souvenir d’Olhado ? Les petits garçons ne jugent pas leur père, ils l’aiment. Grego faisait tout son possible pour ressembler à Marcão Ribeira. Vous autres, peut-être avez-vous été contents de le voir partir mais, pour Grego, c’était la fin du monde.

Cela ne leur était pas venu à l’esprit. Même à présent, c’était une idée difficile à accepter ; Ender les vit reculer devant elle. Pourtant, ils comprirent qu’elle était vraie. Maintenant qu’Ender l’avait exprimée, c’était évident.

— Deus nos perdona… murmura Ela.

Dieu nous pardonne…

— … ce que nous avons dit, souffla Miro.

Ela tendit les bras vers Grego. Il refusa d’aller la rejoindre. Il fit exactement ce qu’Ender avait prévu, ce à quoi il s’était préparé. Grego se tourna dans l’étreinte relâchée d’Ender, passa les bras autour du cou du Porte-Parole des Morts et pleura amèrement, convulsivement.

Ender parla tendrement aux autres, qui regardaient, impuissants.

— Comment aurait-il pu vous montrer son chagrin, alors qu’il croyait que vous le haïssiez ?

— Nous n’avons jamais haï Grego, dit Olhado.

— J’aurais dû comprendre, dit Miro. Je savais qu’il souffrait davantage que nous, mais il ne m’est pas venu à l’esprit que…

— Ne vous faites pas de reproches, assura Ender. C’est le genre de chose que seul un étranger peut voir.

Il entendit la voix de Jane, dans son oreille, murmurant :

— Tu ne laisses pas de me stupéfier, Andrew, avec ta manière de transformer les gens en plasma.

Ender ne pouvait pas répondre et, de toute façon, elle n’aurait pas compris. Il n’avait pas préparé cela, il avait simplement suivi le mouvement. Comment aurait-il pu deviner qu’Olhado possédait des enregistrements du comportement de Marcão vis-à-vis de sa famille ? Sa seule intuition réelle avait concerné Grego, et même cela avait été instinctif, l’impression que Grego avait désespérément envie que quelqu’un exerce une autorité sur lui, que quelqu’un se conduise en père. Comme son père était cruel, seule la cruauté pouvait passer à ses yeux pour une preuve d’amour et de force. À présent, ses larmes coulaient dans le cou d’Ender, aussi chaudes que l’urine qui lui avait trempé les cuisses.

Il avait deviné ce que ferait Grego, mais Quara le surprit. Tandis que les autres regardaient Grego en silence, elle se leva et marcha droit sur Ender. Ses yeux étaient pleins de colère.

— Tu pues ! dit-elle sur un ton définitif. Puis elle sortit dignement de la pièce.

Miro se retint tout juste de rire, et Ela sourit. Ender haussa les sourcils comme pour dire : On ne peut pas gagner à tous les coups.

Olhado parut entendre ses paroles implicites. Depuis sa chaise, près du terminal, l’enfant aux yeux métalliques dit avec douceur :

— Vous avez aussi gagné avec elle. Il y a des mois qu’elle n’a parlé à personne en dehors de la famille.

— Mais je ne suis pas en dehors de la famille, dit Ender. Tu n’as donc pas remarqué ? Je fais partie de la famille, désormais, que cela te plaise ou non. Que cela me plaise ou non.

Au bout d’un moment, les sanglots de Grego cessèrent. Il dormait. Ender alla le mettre au lit. Quara dormait déjà, dans l’autre coin de la petite chambre. Ela aida Ender à ôter à Grego son pantalon trempé puis à lui mettre un pyjama – ses mains étaient douces et adroites, de sorte que Grego ne se réveilla pas.

Lorsqu’Ender revint dans la pièce principale, Miro lui adressa un regard critique.

— Eh bien, Porte-Parole, vous avez le choix. Mon pantalon sera serré et trop court entre les jambes, mais ceux de papa vous tomberaient directement sur les pieds.

Ender ne comprit pas immédiatement. L’urine de Grego était sèche depuis longtemps.

— Ne vous inquiétez pas, dit-il, je me changerai en rentrant chez moi.

— Maman ne rentrera pas avant une heure. Vous êtes venu la voir, n’est-ce pas ? Nous pouvons nettoyer votre pantalon d’ici là.

— Un de vos pantalons, dans ce cas, dit Ender. Je prendrai le risque sur le plan de l’entrejambe.

DONA IVANOVA

Cela signifie une existence de fraude continuelle. On sort et on découvre quelque chose, quelque chose de vital, puis on revient au laboratoire et on rédige un rapport totalement inoffensif qui ne mentionne rien de ce que la contamination culturelle nous a permis d’apprendre.

Tu es trop jeune pour comprendre quelle torture c’est. Nous avons commencé à le faire, papa et moi, parce que nous ne supportions pas de cacher des informations aux piggies. Tu constateras, comme moi, qu’il n’est pas moins douloureux de cacher des informations à nos collègues. Lorsqu’on les voit se débattre avec un problème, sachant que l’on dispose des éléments qui permettraient de le résoudre aisément ; lorsqu’on les voit parvenir tout près de la vérité puis, faute d’informations, renoncer à leurs conclusions correctes et retourner à l’erreur – on ne serait pas un être humain si cela ne suscitait pas un intense désespoir.

Vous ne devez jamais oublier ceci : c’est leur loi, leur choix. Ils ont érigé un mur entre eux et la vérité et ils se contenteraient de nous punir s’ils apprenaient à quel point ce mur a perdu son sens. Et, pour un scientifique framling impatient de connaître la vérité, il y a dix descabeçados (inconscients) mesquins qui méprisent le savoir, qui n’envisagent jamais une hypothèse originale, dont le seul travail consiste à piller les publications des véritables scientifiques afin d’y déceler de petites erreurs, contradictions ou entorses à la méthode.

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