La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Ender (fr) #2
- Год: 1987
- Язык: французский
- Год: OPTA
- ISBN: 2-7201-0300-4
- Переводчик: Daniel Lemoine
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
La chaleur qui se répandit soudain sur les genoux d’Ender lui indiqua que Grego, en fait, était très loin de la reddition. Ender avait appris à ne pas réagir automatiquement aux actes d’un ennemi avant d’avoir consciemment décidé de laisser faire ses réflexes. De sorte que le flot d’urine de Grego ne le fit même pas sursauter. Il savait ce que Grego espérait : un cri de colère et Ender le repoussant, l’éloignant de ses genoux, dégoûté. Grego serait alors libre… Ce serait un triomphe. Ender ne lui accorda pas cette victoire.
Ela, toutefois, connaissait apparemment les expressions du visage de Grego. Ses yeux se dilatèrent et, furieuse, elle avança sur le garçon.
— Grego, espèce de petit…
Mais Ender lui adressa un clin d’œil et sourit, la figeant sur place.
— Grego m’a fait un petit cadeau. C’est la seule chose qu’il puisse me donner et il l’a fabriquée lui-même, de sorte qu’elle a d’autant plus de valeur. Il me plaît tellement que je crois bien que je ne vais jamais le lâcher.
Grego gronda et se débattit à nouveau, dans l’espoir de se dégager.
— Pourquoi faites-vous cela ? lança Ela.
— Il croit que Grego peut se comporter en être humain, traduisit Miro. Cela exige beaucoup de travail et personne n’a encore pris la peine de s’y mettre.
— J’ai essayé, protesta Ela.
Olhado, toujours assis par terre, prit la parole :
— C’est grâce à Ela que nous sommes encore civilisés.
Quim cria, depuis l’autre pièce :
— Ne parle pas de notre famille à ce salaud !
Ender hocha gravement la tête, comme si Quim avait exprimé une brillante proposition intellectuelle. Miro eut un rire étouffé et Ela leva les yeux au ciel puis s’assit sur le lit, près de Quara.
— Nous ne sommes pas vraiment une famille heureuse, dit Miro.
— Je comprends, assura Ender. Avec la mort récente de votre père…
Miro eut un sourire sardonique. Olhado prit à nouveau la parole :
— Vous voulez dire : alors que notre père était encore récemment vivant.
Ela et Miro étaient manifestement d’accord avec ce sentiment. Mais Quim cria à nouveau :
— Ne lui dites rien !
— Vous frappait-il ? demanda Ender à voix basse.
Il ne bougea pas, bien que l’urine de Grego devînt froide et nauséabonde. Ela répondit :
— Il ne nous battait pas, si c’est ce que vous voulez dire.
Mais pour Miro, les choses étaient allées trop loin.
— Quim a raison, dit Miro. Cela ne regarde que nous.
— Non ! coupa Ela. Cela le regarde.
— Pourquoi cela le regarde-t-il ?
— Parce qu’il est ici pour Parler la mort de papa, dit Ela.
— La mort de papa ! s’exclama Olhado. Chupa pedras ! Il n’y a que trois semaines que papa est mort.
— J’étais déjà en route pour Parler une autre mort, expliqua Ender. Mais quelqu’un a effectivement appelé un Porte-Parole pour la mort de votre père, de sorte que je Parlerai pour lui.
— Contre lui, dit Ela.
— Pour lui, répéta Ender.
— Je vous ai fait venir pour dire la vérité, dit-elle avec amertume, et toute la vérité à propos de papa est contre lui.
Un silence tendu s’installa dans la pièce, les maintenant tous immobiles, jusqu’au moment où Quim franchit lentement le seuil. Il ne regarda qu’Ela.
— Tu l’as appelé ? dit-il doucement. Toi ?
— Pour qu’il dise la vérité, répondit-elle.
Son accusation l’avait manifestement piquée ; ce n’était pas la peine qu’il dise qu’elle avait trahi sa famille et l’Eglise en faisant venir cet infidèle qui dénuderait ce qui était resté si longtemps caché.
— Tous les habitants de Milagre sont tellement gentils et compréhensifs, dit-elle. Nos professeurs ne tiennent pas compte de petites choses telles que les vols de Grego et le silence de Quara. Peu importe qu’elle n’ait jamais prononcé un seul mot à l’école. Tout le monde fait comme si nous étions des enfants extraordinaires – les petits-enfants d’Os Venerados, et terriblement brillants, n’est-ce pas, avec un Zenador et deux biologistes dans la famille ! Quel prestige ! Ils se contentaient de tourner la tête quand papa buvait jusqu’à devenir fou et, lorsqu’il rentrait à la maison et battait maman jusqu’à ce qu’elle soit incapable de marcher !
— Tais-toi ! cria Quim.
— Ela, intervint Miro.
— Et toi, Miro, papa qui hurlait contre toi, te disait des choses horribles jusqu’à ce que tu quittes la maison, que tu partes, en trébuchant parce que tu pouvais à peine voir…
— Tu n’as pas le droit de lui dire cela ! protesta Quim.
Olhado se leva d’un bond et s’immobilisa au milieu de la pièce, pivota sur lui-même pour les regarder avec ses yeux inhumains.
— Pourquoi tenez-vous toujours à le cacher ? demanda-t-il calmement.
— Qu’est-ce que cela peut te faire ? demanda Quim. Il ne s’en est jamais pris à toi. Tu te contentais d’éteindre tes yeux et de rester là, le casque sur la tête, à écouter Bach ou je ne sais quoi…
— Eteindre mes yeux ? fit Olhado. Je n’ai jamais éteint mes yeux.
Il pivota et gagna le terminal, qui se trouvait dans le coin le plus éloigné de la porte. En quelques gestes rapides, il l’alluma, puis il prit un câble d’interface et le brancha dans l’orbite de son œil droit. Ce n’était qu’un branchement informatique tout simple mais, du point de vue d’Ender, cela lui remit en mémoire le souvenir hideux de l’œil du Géant, déchiré et purulent, tandis qu’il creusait férocement, pénétrait le cerveau, le faisait basculer dans la mort. Il resta un instant figé avant de se rendre compte que ce souvenir n’était pas réel, qu’il s’agissait d’un jeu informatisé qu’il pratiquait à l’Ecole de Guerre. Il y avait trois mille ans mais, pour lui, cela ne faisait que vingt-cinq ans, pas assez pour que le souvenir ait perdu son pouvoir évocateur. C’étaient ses souvenirs et les rêves liés à la mort du Géant que les doryphores avaient extraits de son esprit afin de construire le signe qui lui était destiné ; finalement, il l’avait conduit jusqu’au cocon de la reine.
La voix de Jane le ramena à l’instant présent. Elle souffla, par l’intermédiaire de la pierre précieuse :
— Si cela ne te fait rien, pendant que son œil est relié, je vais copier tout ce qu’il a stocké là-dedans.
Puis la scène commença, au-dessus du terminal. Ce n’était pas un hologramme. En fait, l’image évoquait un bas-relief. C’était la même pièce, vue depuis l’endroit du plancher où Olhado était assis quelques instants plus tôt – ce qui était apparemment sa place habituelle. Au milieu se tenait un homme imposant, fort et violent, agitant les bras et hurlant des injures à Miro qui restait silencieux, regardant son père sans manifester la moindre colère. Il n’y avait pas de son.
— As-tu oublié ? souffla Olhado. As-tu oublié que c’était ainsi ?
Dans la scène, Miro tourna finalement les talons et s’en alla ; Marcão le suivit jusqu’à la porte en criant. Puis il revint dans la pièce et s’immobilisa, essoufflé comme un animal épuisé par une poursuite. Sur l’image, Grego courut vers son père et se cramponna à sa jambe, criant en direction de la porte, son visage indiquant nettement qu’il répétait les paroles cruelles adressées à Miro. Marcão dégagea sa jambe et partit, d’un air décidé, vers la pièce du fond.
— Il n’y a pas de son, dit Olhado. Mais vous entendez, n’est-ce pas ?
Ender constata que Grego tremblait, sur ses genoux.
— Voilà, un coup, un choc sourd, elle tombe – sentez-vous, dans votre chair, la façon dont son corps heurte le ciment ?