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Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade à la Cour d'Espagne, Pardaillan est amené à protéger une jeune bohémienne, La Giralda, fiancée d'El Torero, Don César, qui n'est autre que le petit-fils secret et persécuté de Philippe II. Or, Fausta a jeté son dévolu sur El Torero pour mener à bien ses intrigues, et elle bénéficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aidé dans cette lutte par le dévouement absolu d'un pauvre déshérité, le malicieux Chico et sa bien-aimée Juana…
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– Ne m’avez-vous pas dit que vous vous rendiez sur la piste? Je vous dis que le chemin est libre.

De plus en plus étonné, le Torero répéta:

– Pourquoi faire, puisque c’est pour vous que j’y allais?

En tortillant sa moustache d’un geste machinal, Pardaillan jeta un coup d’œil sur la tenue sommaire du Torero, reporta ce coup d’œil sur l’épée nue qu’il tenait à la main, et de l’épée remonta à son visage, sur lequel, à travers l’étonnement qu’il exprimait en ce moment, il sut trouver la trace des émotions violentes qu’il venait d’éprouver…

Tous ces détails, rapidement observés, amenèrent sur ses lèvres un sourire attendri. Et prenant amicalement le bras du jeune homme, il dit très doucement:

– Puisque c’est moi que vous cherchiez, il est en effet inutile d’aller plus loin. Venez, cher ami, nous causerons chez vous. Je n’aime pas, ajouta-t-il en fronçant légèrement le sourcil, avoir autour de moi autant d’indiscrets personnages.

Ceci dit à voix assez haute pour être entendu de tous, sur ce ton froid qui lui était particulier quand l’impatience commençait à le gagner, souligné par un coup d’œil impérieux, fit s’écarter vivement les plus pressants.

Lorsqu’ils se trouvèrent sous la tente:

– Ah! chevalier, s’écria le Torero encore ému, quelle imprudence!… Vous venez de me faire passer les minutes les plus atroces de mon existence!

Le chevalier prit son expression la plus naïvement étonnée.

– Moi! s’écria-t-il; et comment cela?

– Comment? Mais en vous jetant témérairement, comme vous l’avez fait, au devant d’un adversaire terrible. Comment, vous ne connaissez rien du caractère du taureau, vous ne savez rien de sa manière de combattre, vous soupçonnez à peine la force prodigieuse dont la nature l’a doté, et vous allez délibérément vous jeter sur son chemin avec, pour toute arme, une dague à la main! Savez-vous que c’est miracle vraiment que vous soyez vivant encore? Savez-vous que vous aviez toutes les chances de ne pas en revenir?

– Toutes moins une, fit paisiblement Pardaillan. C’est précisément cette une qui m’a tiré d’affaire, tandis que la pauvre bête y a laissé sa vie. Et c’est grâce à vous, du reste.

– Comment, grâce à moi? s’écria le Torero qui ne savait plus si le chevalier parlait sérieusement ou s’il était en train de se moquer de lui.

Mais Pardaillan reprit, sur un ton au sérieux duquel il n’y avait pas à se méprendre:

– Sans doute. Vous m’avez, dans nos conversations, si bien dépeint la bête, vous m’avez si bien dévoilé son caractère et ses manières, vous m’avez si bien indiqué et ses ruses et la facilité avec laquelle on peut la leurrer, vous m’avez si magistralement montré l’anatomie de son corps, enfin vous m’avez indiqué de façon si nette et si exacte l’endroit précis où il fallait la frapper, que je n’ai eu qu’à me souvenir de vos leçons, qu’à suivre à la lettre vos indications pour la tuer avec une facilité dont je suis à la fois étonné et honteux. Ce n’était vraiment pas la peine de tant vanter – comme je l’entends faire autour de moi – la force extraordinaire, et la ruse, et la férocité de cette pauvre bête. Je laisse de côté son courage, qui est indéniable. Pour tout dire, en cette affaire, je n’ai eu, quant à moi, qu’à garder un peu de sang-froid. C’est peu, vous en conviendrez, pour faire de moi le triomphateur qu’on veut en faire. Tout l’honneur du coup, si tant est qu’honneur il y a, vous revient, en bonne justice.

Écrasé par la logique de ce raisonnement débité avec un sérieux imperturbable et, qui pis est, avec une sincérité manifeste, le Torero leva les bras au ciel comme pour le prendre à témoin des énormités qu’il venait d’entendre, et d’un air où il y avait autant d’effarement que d’indignation, il s’écria:

– Vous avez une manière de présenter les choses… tout à fait particulière.

Ceci était dit sur un ton tel que Pardaillan éclata franchement de rire. Et le Torero ne put s’empêcher de partager son hilarité.

– Je présente les choses telles qu’elles sont, dit Pardaillan en riant toujours. L’Évangile a dit: «Il faut rendre à César ce qui appartient à César.» Moi qui ne suis pas un croyant, il s’en faut, je mets cependant ce précepte en pratique. Et puisque don César vous êtes, il est juste que je vous rende ce qui vous revient.

Le Torero rit plus fort en entendant l’affreux jeu de mots du chevalier.

– Mais; chevalier, dit-il quand son hilarité fut calmée, je vous retournerai ce précepte de l’Évangile que vous invoquez et je vous dirai que le merveilleux, l’admirable, ce qui fait vraiment de vous le triomphateur que vous vous refusez à être, c’est, précisément, d’avoir su garder assez de sang-froid pour mettre en pratique d’aussi magistrale manière les pauvres indications que j’ai eu le bonheur de vous donner. Savez-vous, chevalier, que moi qui vis depuis l’enfance au milieu des taureaux, moi qui les élève et les connais mieux que personne, moi qui connais cent manières différentes de les leurrer, je n’oserais me risquer qu’à toute extrémité à tenter le coup que vous avez eu l’audace d’essayer pour votre début.

– Mais vous le tenteriez quand même. Donc vous le réussiriez comme moi. Mais laissons ces fadaises et parlons sérieusement. Savez-vous, à votre tour que vous êtes en droit de me garder quelque rancune de ce coup qu’il vous plaît de qualifier de merveilleux?

– Dieu me soit en aide! Et comment? Pourquoi?

– Parce que sans ce coup-là, à l’heure qu’il est, je crois bien que le seigneur Barba-Roja aurait rendu son âme à Dieu.

– Je ne vois pas…

– Ne m’avez-vous pas dit que vous lui vouliez la male mort? Je crois me souvenir vous avoir entendu dire qu’il ne mourrait que de votre main.

En disant ces mots, Pardaillan étudiait de son œil scrutateur le loyal visage de son jeune ami.

– Je l’ai dit, en effet, répondit le Torero, et j’espère bien qu’il en sera ainsi que je désire.

– Vous voyez donc bien que vous avez le droit de m’en vouloir, dit froidement le chevalier.

Le Torero secoua doucement la tête:

– Quand je suis parti à peine vêtu, comme vous le voyez, je courais au secours d’une créature humaine en péril. Je vous jure bien, chevalier, qu’en allant tenter le coup que vous avez si bien réussi, je n’ai pas pensé un seul instant que j’agissais au profit d’un ennemi.

L’œil de Pardaillan pétilla de joyeuse malice.

– En sorte que, dit-il, ce fameux coup, que vous ne risqueriez pour vous-même qu’à la toute dernière extrémité, si je ne vous avais prévenu, vous l’eussiez tenté en faveur d’un ennemi?

– Oui, certes, fit énergiquement le Torero.

Pardaillan fit entendre à nouveau ce léger sifflement qui pouvait exprimer aussi bien l’émerveillement ou la surprise.

Voyant qu’il se taisait, le Torero continua:

– Je hais le sire de Almaran, et vous savez pourquoi. Que je le tienne seulement au bout de mon épée, et malheur à lui! Mais si j’aspire ardemment à le frapper mortellement, il va de soi que ce ne peut être qu’en loyal combat, face à face, les yeux dans les yeux. Je ne conçois pas l’assassinat, qui est bien la plus vile et la plus lâche des choses. Or, profiter d’un accident pour laisser périr un ennemi, qu’un geste de moi pourrait sauver, m’apparaît comme une manière d’assassinat. Une idée aussi basse ne saurait m’effleurer et j’aime mieux quant à moi tirer mon ennemi de l’embarras… quitte à lui dire après: «Dégainez, monsieur, il me faut votre sang.»

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