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Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade à la Cour d'Espagne, Pardaillan est amené à protéger une jeune bohémienne, La Giralda, fiancée d'El Torero, Don César, qui n'est autre que le petit-fils secret et persécuté de Philippe II. Or, Fausta a jeté son dévolu sur El Torero pour mener à bien ses intrigues, et elle bénéficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aidé dans cette lutte par le dévouement absolu d'un pauvre déshérité, le malicieux Chico et sa bien-aimée Juana…
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Le Chico regarda fixement Pardaillan.

– Vous le savez bien, dit-il.

– Moi! Le diable m’emporte si je sais ce que tu veux dire!

Le Chico jeta un coup d’œil furtif sur la portière, et baissant la voix:

– Vous avez cependant entendu ce qui se disait dans la salle souterraine, dit-il.

– Quel rapport?…

– Vous savez bien que don César est en péril… puisque vous ne le quittez pas d’une semelle.

– Quoi! fit Pardaillan ému par la simplicité naïve de ce dévouement. Quoi! c’est pour cela que tu es venu t’offrir? C’est pour le défendre que tu as pris cette dague qui te donne un air si crâne?

Et il considérait le petit homme avec une admiration attendrie.

Le nain cependant se méprit sur la signification de ce coup d’œil, et hochant tristement la tête, il dit, sans amertume:

– Je vous comprends. Vous vous dites que ma faiblesse et ma petite taille ne pourront apporter qu’une aide illusoire s’il y a bataille. Peut-on savoir? La piqûre d’un mosquito (moustique) suffit parfois pour détourner le bras qui allait porter le coup mortel. Je puis être ce mosquito, tiens!

– Je ne pense pas cela, dit gravement Pardaillan. Loin de moi la pensée de chercher à diminuer ton généreux dévouement. Mais, mon petit, sais-tu que la lutte sera terrible, la bagarre affreuse?

– Je le sais, tiens!

– Sais-tu que tu risques ta peau?

– Pour ce qu’elle vaut, ce n’est vraiment pas la peine d’en parler. Et puis, si vous croyez que je tiens à la vie, vous vous trompez, ajouta le nain d’un ton désabusé.

– Chico, dit sincèrement Pardaillan, tu es tout petit par la taille, mais tu as un grand cœur.

– Tiens! vous voulez bien le dire, et vous le croyez comme vous le dites, et cela doit être, puisque vous le dites. Depuis que je vous connais, j’ai comme cela des idées que je ne comprends pas très bien. On m’eût fort étonné en me disant que je pourrais concevoir de telles idées. C’est ainsi pourtant. Je ne sais pas qui vous êtes, ce que vous voulez, où vous allez, ce que vous valez. Mais depuis que je vous ai vu, je ne suis plus le même. Un mot de vous me bouleverse, et pour mériter un compliment de vous, je passerais sans hésiter à travers un brasier. C’est pour vous dire que si je me suis mis en tête de venir me ranger aux côtés de don César menacé, c’est par affection pour lui, certes, mais surtout pour vous… Pour vous faire oublier certaines idées mauvaises… que vous connaissez; pour forcer votre estime, pour vous entendre me dire ce que vous venez de dire: «Chico, tu as du cœur…». Et pourtant tout le monde ne pense pas comme vous… D’aucuns même ne semblent pas se douter que je puisse seulement avoir un cœur. Je ne sais pas vous exprimer ce que je ressens. Je ne sais pas parler, moi, tiens! et je crois bien n’en avoir jamais dit aussi long d’un coup. Je suis sûr pourtant que vous me comprenez, dans ce que je dis si mal et même dans ce que je ne dis pas. Vous n’êtes pas un homme comme tous les autres, vous!

Pardaillan, très ému par l’accent poignant du petit homme, murmura:

– Pauvre petit bougre!

Et tout haut, avec une douceur inexprimable:

– Tu as raison, Chico, je comprends admirablement ce que tu dis et je devine ce que tu ne dis pas.

Et changeant de ton, avec une brusquerie affectée:

– Où t’étais-tu terré hier, Chico? On t’a cherché vainement de tous côtés.

– Qui donc m’a cherché? Vous?

– Non pas, moi, cornes du diable! Mais certaine petite hôtelière que tu connais bien.

– Juana! dit le Chico qui rougit.

– Tu l’as nommée.

Le nain hocha la tête.

– Qu’est-ce à dire? gronda Pardaillan. Douterais-tu de ma parole?

Le Chico eut une imperceptible hésitation.

– Non! dit-il. Cependant…

– Cependant? demanda Pardaillan qui souriait malicieusement.

– Elle m’avait chassé la veille… j’ai peine à croire…

– Qu’elle t’ait envoyé chercher le lendemain? Cela prouve que tu n’es qu’un niais, Chico. Tu ne connais pas les femmes.

– Vous ne raillez pas? Juana m’a envoyé chercher? dit le nain devenu radieux.

– Je me tue à te le dire, mort-diable!

– Alors?…

– Alors tu pourras aller la voir après la course. Tu seras bien reçu, j’en réponds… si toutefois tu tires tes chausses de la bagarre.

– Je les tirerai, tiens! s’écria le nain rayonnant de joie.

– À moins que tu ne préfères te retirer tout de suite… hasarda le chevalier.

– Comment cela? fit naïvement le Chico.

– En t’en allant avant la bataille.

– Abandonner don César dans le danger! Vous n’y pensez pas! Arrive qu’arrive, je reste, tiens!

Pardaillan eut un geste de satisfaction, et regardant le nain dans les yeux:

– Tu restes? C’est bien. Mais pas de bêtises, hein! Il n’est plus question de mourir maintenant.

– Non, par la Vierge et les saints!

– À la bonne heure! Silence, voici le Torero.

– Si vous voulez bien me suivre, chevalier, dit le Torero en soulevant la portière, sans entrer, le moment approche.

– À vos ordres, don César.

IX L’ORAGE ÉCLATE

Pendant que le Torero se dirigeait vers la piste, il se passait, dans la loge royale, un incident que nous devons relater ici.

Fausta avait obtenu que toute personne qui se réclamerait de son nom serait admise séance tenante en sa présence.

Au moment où le Torero, accompagné de Pardaillan et de sa suite, laquelle se composait de deux hommes et du Chico, attendait dans le couloir circulaire le moment d’entrer dans la piste, un courrier couvert de poussière s’était présenté à la loge royale, demandant à parler à Mme la princesse Fausta.

Admis séance tenante devant Fausta, le courrier avait, avant de parler, indiqué d’un coup d’œil discret le roi, qui le dévisageait avec son insistance accoutumée.

Fausta, comprenant la signification de ce coup d’œil, dit simplement:

– Parlez, comte, Sa Majesté le permet.

Le courrier s’inclina profondément devant le roi et dit:

– Madame, j’arrive de Rome à franc étrier.

D’Espinosa et Philippe II dressèrent l’oreille.

– Quelles nouvelles? fit négligemment Fausta.

– Le pape Sixte V est mort, madame, dit tranquillement le courrier à qui Fausta venait de donner le titre de comte.

Cette nouvelle, lancée à brûle-pourpoint, produisit l’effet d’un coup de foudre.

Malgré son empire prodigieux sur elle-même, Fausta tressaillit. Elle ne s’attendait évidemment pas à semblable annonce.

Le roi sursauta et dit vivement:

– Vous dites, monsieur?

– Je dis que Sa Sainteté le pape Sixte Quint n’est plus, répéta le comte en s’inclinant.

– Et je ne suis pas encore avisé! gronda d’Espinosa.

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