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Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade à la Cour d'Espagne, Pardaillan est amené à protéger une jeune bohémienne, La Giralda, fiancée d'El Torero, Don César, qui n'est autre que le petit-fils secret et persécuté de Philippe II. Or, Fausta a jeté son dévolu sur El Torero pour mener à bien ses intrigues, et elle bénéficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aidé dans cette lutte par le dévouement absolu d'un pauvre déshérité, le malicieux Chico et sa bien-aimée Juana…
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À ce moment un frémissement prodigieux, qui n’avait rien de commun avec le frisson de la terreur qui la secouait jusque-là, agita cette foule énervée par l’angoisse.

Sur les gradins, aux fenêtres, aux balcons, des hommes se dressaient, debout, hagards, congestionnés, cherchant à voir, à voir malgré tout, sans s’occuper de gêner le voisin. Une immense acclamation retentit dans les tribunes, gagna le populaire debout, qui se bousculait pour mieux voir, se répercuta jusque sous les arcades de la place et dans les rues adjacentes:

– Noël! Noël! pour le brave gentilhomme.

Dans la tribune royale le même frisson de curiosité et d’espoir secoua tous les dignitaires qui oublièrent momentanément la sévère étiquette pour se bousculer derrière le roi, s’approcher de la rampe du balcon pour voir.

Jusqu’au roi lui-même qui, déposant son flegme et son impassibilité, se dressa tout droit, les deux mains crispées sur le velours de la rampe de fer, se penchant hors du balcon, oubliant de remarquer et de relever, comme il convenait, comme il n’eût pas manqué de le faire en toute autre circonstance, le manquement à l’étiquette de ses dignitaires, pour voir.

Le grand inquisiteur lui-même s’oublia au point de s’accoter à la rampe, tout comme le roi, pour voir.

Seule, au milieu de la fièvre générale, Fausta demeura froide, impassible, un énigmatique sourire se jouant sur ses lèvres, qui tremblaient légèrement, seul indice de l’émotion qu’elle ressentait intérieurement.

Le populaire voulait voir. Les nobles, aux gradins et aux fenêtres, voulaient voir. Le roi et le grand inquisiteur voulaient voir. Tous, tous ils voulaient voir.

Voir quoi?

Ceci:

Un homme venait de bondir dans la piste et seul, à pied, sans armure ayant à la main une longue dague, hardiment, posément, avec un sang-froid qui tenait du prodige, venait se placer résolument entre la bête et Barba-Roja.

Et tout à coup, après le tumulte, le frémissement, l’acclamation spontanée, un silence prodigieux plana sur l’assemblée haletante.

Le roi, sans paraître choqué de voir d’Espinosa à côté de lui, lui dit à voix basse, avec un sourire livide:

– Monsieur de Pardaillan!

Il y avait dans la manière dont il prononça ces paroles de la stupeur et aussi de la joie, ce qu’il traduisit en ajoutant aussitôt:

– Par le Dieu vivant! cet homme est fou! N’importe, je n’eusse jamais osé rêver une vengeance aussi complète et il me donne là, gratuitement, une satisfaction que j’eusse payée trop cher. Je crois, monsieur le grand inquisiteur, que nous voici débarrassés du bravache sans que nous y soyons pour rien. J’en suis fort aise, car ainsi mon bon cousin de Navarre ne pourra me reprocher d’avoir manqué aux égards dus à son représentant.

– Je le crois aussi, sire, répondit d’Espinosa avec son calme accoutumé.

– Vous croyez donc, sire, et vous, monsieur, que le sire de Pardaillan va être mis à mal par ce fauve? intervint délibérément Fausta.

– Par Dieu! madame, ricana le roi, je ne donnerais pas un maravédis de sa peau.

Fausta secoua gravement la tête et, avec un accent prophétique qui impressionna fortement le roi et d’Espinosa:

– Je crois, moi, dit-elle, que le sire de Pardaillan va tuer proprement cette brute.

– Qui vous fait croire cela, madame? fit vivement le roi.

– Je vous l’ai dit, sire: le chevalier de Pardaillan est au-dessus du commun des mortels, même si ces mortels ont le front ceint de la couronne. La mort qui frapperait inévitablement tout autre, la mort même s’écarte devant lui. Non, sire, le chevalier de Pardaillan ne périra pas encore dans cette rencontre, et si vous voulez le frapper il faudra recourir au moyen que je vous ai indiqué.

Le roi regarda d’Espinosa et ne répondit pas, mais il demeura tout songeur.

D’Espinosa, plus sceptique que le roi, ne fut pas moins frappé de l’accent de conviction profonde avec lequel Fausta avait parlé.

– Nous allons bien voir, murmura-t-il à l’oreille du roi.

Si bas qu’il eût parlé, Fausta l’entendit.

– Voyez et soyez convaincu, dit-elle simplement.

Le taureau cependant, en voyant se dresser soudain devant lui cet adversaire inattendu, s’était arrêté comme s’il eût été étonné. Et c’est pendant l’instant très court où il resta ainsi face à face avec Pardaillan que le dialogue que nous venons de transcrire se déroulait dans la loge royale.

Après cet instant de courte hésitation, il baissa la tête, visa son adversaire, et presque aussitôt il la redressa et porta un coup foudroyant de rapidité.

Pardaillan attendait le choc avec ce calme prodigieux qu’il avait dans l’action. Il s’était placé de profil devant la bête, solidement campé sur les pieds bien unis en équerre, le coude levé, la garde de la dague, longue et flexible, devant la poitrine, la tête légèrement penchée à droite, de façon à bien viser l’endroit où il voulait frapper [6].

Le taureau, de son côté, ayant bien visé son but, fonça tête baissée, et vint s’enferrer lui-même.

Pardaillan s’était contenté de le recevoir à la pointe de la dague en effaçant à peine sa poitrine.

Enferré, le taureau ne bougea plus.

Et alors ce fut un instant d’angoisse affreuse parmi les innombrables spectateurs de cette lutte extraordinaire.

Que se passait-il donc? Le taureau était-il blessé? Était-il touché seulement? Comment et pourquoi demeurait-il ainsi immobile?

Et le téméraire gentilhomme qui semblait mué en statue! Que faisait-il donc? Pourquoi ne frappait-il pas de nouveau? Attendait-il donc que le taureau se ressaisît et le mît en pièces?

Des foules de points d’interrogation se posaient ainsi à l’esprit des spectateurs. Mais nul ne comprenait, nul ne savait, n’aurait pu donner une explication plausible.

Et le silence angoissant pesait lourdement sur tous. Les respirations étaient suspendues, et depuis le roi, jusqu’au plus humble des hommes du peuple, pour des faisons différentes, tous haletaient.

À vrai dire, le chevalier n’était guère plus fixé que les spectateurs.

Il voyait bien que la dague s’était enfoncée jusqu’à la garde. Il sentait bien tressaillir et fléchir le taureau. Mais, diantre! avec un adversaire de cette force, qui pouvait savoir? La blessure était-elle suffisamment grave? N’allait-il pas se réveiller de cette sorte de torpeur et lui faire payer par une mort épouvantable le coup qu’il venait de lui porter?

C’est ce que se demandait Pardaillan…

Mais il n’était pas homme à rester longtemps indécis. Il résolut d’en avoir le cœur net coûte que coûte. Brusquement, il retira l’arme qui apparut rouge de sang, et s’écarta, au cas, improbable, d’une suprême révolte de la bête.

Brusquement, le taureau foudroyé tomba comme une masse.

Alors ce fut une détente dans la foule. Les traits convulsés reprirent leur expression naturelle, les gorges contractées se dilatèrent, les nerfs se détendirent. On respira largement: on eût dit qu’on craignait de ne pouvoir emmagasiner assez d’air pour actionner les poumons violemment comprimés.

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[6] On remarquera que c’est précisément la position classique du torero qui se prépare à tuer, ou, pour employer le jargon taurin, à matar. (Note de M. Zevaco.)

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