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Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade à la Cour d'Espagne, Pardaillan est amené à protéger une jeune bohémienne, La Giralda, fiancée d'El Torero, Don César, qui n'est autre que le petit-fils secret et persécuté de Philippe II. Or, Fausta a jeté son dévolu sur El Torero pour mener à bien ses intrigues, et elle bénéficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aidé dans cette lutte par le dévouement absolu d'un pauvre déshérité, le malicieux Chico et sa bien-aimée Juana…
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Tout en parlant, le jeune homme s’était animé. Pardaillan le regardait en silence et hochait doucement la tête, un léger sourire aux lèvres.

Le Torero remarqua ce sourire et il se mit à rire en disant:

– Je m’échauffe, et, Dieu me pardonne! j’ai presque l’air de vous faire la leçon. Excusez-moi, chevalier, d’avoir oublié, ne fût-ce qu’un instant, que vous ne sauriez penser autrement sur ce sujet. À telle enseigne que vous n’avez pas hésité non plus, et plus promptement que moi, vous avez, au péril de vos jours, sauvé la vie de ce Barba-Roja que vous avez, vous aussi, si j’en crois ce que j’ai entendu dire autour de moi, de bonnes raisons de détester cordialement.

Sans répondre à ce qu’il venait d’entendre, Pardaillan fit paisiblement:

– Savez-vous à quoi je pense?

– Non! dit le Torero surpris.

– Eh bien, je pense qu’il est fort heureux pour vous que notre ami Cervantès ne soit pas ici présent.

De plus en plus ébahi par ces brusques sautes d’esprit auxquelles il n’était pas encore habitué, le Torero ouvrit des yeux énormes et demanda machinalement:

– Pourquoi?

– Parce que, dit froidement Pardaillan, il aurait eu, à vous entendre, une belle occasion de vous donner, à vous aussi, ce nom de don Quichotte dont il me rebat les oreilles à tout bout de champ.

Et comme le Torero demeurait muet de stupeur, il ajouta:

– Mais, dites moi, où avez-vous pris que je déteste le Barba-Roja?

– Ma foi, je l’ai entendu dire dans le couloir où j’étais si bien écrasé que je n’ai pu en sortir.

Pardaillan haussa les épaules.

– Voilà comme on travestit toujours la vérité, murmura le chevalier. Je n’ai pas de raisons d’en vouloir à Barba-Roja. C’est bien plutôt lui qui me veut la male-mort.

– Pourquoi? fit vivement le Torero. Que lui avez-vous fait?

– Moi! dit Pardaillan avec son air ingénu, rien du tout. Ce Barba-Roja me fait l’effet d’avoir un bien mauvais caractère. Il s’est permis de vouloir me faire une bonne plaisanterie. Moi, j’ai très bien pris la chose. À sa plaisanterie, j’ai répondu par une plaisanterie de ma façon. Il s’est fâché. C’est un sot. Que voulez-vous que j’y fasse?

«Singulier homme! pensa le Torero. Bien fin sera celui qui lui fera dire ce qu’il ne veut pas dire.»

À ce moment, une main souleva la portière qui masquait l’entrée de la tente et un personnage entra délibérément.

– Hé! c’est mon ami Chico! s’écria gaiement Pardaillan. Sais-tu que tu es superbe! Peste! quel costume! Regardez donc, don César, ce magnifique pourpoint de velours, et ces manches de satin bleu pâle, et ce haut-de-chausse, et ces dentelles, et ce superbe petit manteau de soie bleue, doublé de satin blanc. Bleu et blanc, ma parole, ce sont vos couleurs. Et cette dague au côté! Sais-tu que tu as tout à fait grand air? Et je me demande si c’est bien toi, Chico, que je vois là.

Pardaillan ne raillait pas, comme on pourrait croire.

Le nain était vraiment superbe.

Habituellement il affectait un dédain superbe pour la toilette. Il ne pouvait en être autrement, d’ailleurs, habitué qu’il était à courir la campagne. Puis, pour tout dire, quand il allait implorer la charité des âmes pieuses, il était bien obligé d’endosser un costume qui inspirât la pitié. Car il ne faut pas oublier que le Chico était un mendiant, un simple et vulgaire mendiant. Au reste, à l’époque, la mendicité était un métier comme un autre. Nous devons même dire que la corporation des mendiants avait des règles assez sévères et qu’au surplus ne faisait pas partie qui voulait de cette honorable corporation.

Le Chico donc était habituellement en haillons. Très propres, il est vrai, depuis la leçon que lui avait infligée la petite Juana; mais des haillons, si propres qu’ils soient, sont toujours des haillons. Le nain n’endossait de beaux habits que lorsqu’il allait voir Juana. Mais ces beaux habits eux-mêmes n’étaient que de la friperie, en comparaison du magnifique costume, flambant neuf, qu’il arborait ce jour-là.

Le Torero, qui achevait rapidement de s’habiller, se chargea de renseigner le chevalier.

– Figurez-vous, chevalier, dit-il, que le Chico, qui s’est mis dans la tête qu’il m’a de grandes obligations, alors qu’en réalité c’est moi qui suis son obligé, le Chico est venu me demander, comme une faveur, de m’assister dans ma course. Il a fait les frais de ce magnifique costume, aux couleurs de celui que j’endosse moi-même, comme vous l’avez fort bien remarqué, et du diable si je sais avec quel argent il a pu faire ces frais considérables! Je ne pouvais vraiment pas lui refuser, après tant d’attentions délicates. Ce qui fait qu’on me verra dans l’arène avec un page portant mes couleurs.

– Oui-da! fit Pardaillan, qui étudiait sans en avoir l’air le petit homme. Mais c’est très bien, cela! Il vous fera grand honneur, j’en réponds.

Le Chico était heureux des compliments qu’il recevait, et il le laissait ingénument voir.

– Tiens! dit-il, j’ai voulu faire honneur à mon noble maître. Puisque vous le dites, j’y ai réussi.

– Tout à fait, par ma foi. Mais pourquoi dis-tu: mon noble maître, en parlant de don César? Sais-tu s’il est noble seulement, puisque lui-même n’en sait rien!

– Il l’est, dit le nain avec conviction.

– C’est probable, c’est certain même. Mais enfin il serait, je crois, bien en peine de montrer ses parchemins.

Pardaillan avait sans doute une arrière-pensée en poussant ainsi le nain sur une question qui avait alors une très grande importance. Peut-être, connaissant sa fierté, s’amusait-il tout bonnement à le taquiner.

Quoi qu’il en soit, le Chico répondit vivement:

– Ses parchemins, il doit les avoir, bien en règle, tiens!

– Ah bah! fit Pardaillan, surpris à son tour.

Irrévérencieusement, le Chico haussa les épaules.

– Parce que vous êtes étranger, vous ne savez pas, dit-il. Don César est un ganadero (éleveur de taureaux). En Espagne, c’est une profession qui anoblit.

– Tiens, tiens. Est-ce vrai ce qu’il dit là, don César?

– Sans doute! Ne le saviez-vous pas?

– Ma foi non.

– C’est à ce titre seul que je dois le très grand honneur que veut bien me faire notre sire le roi, en m’admettant à courir devant lui.

– Diable! mais dites donc, je vous croyais pauvre?

– Je le suis aussi, dit le Torero en souriant. La ganaderia que je possède m’a été léguée par celui qui m’a élevé et qui la tenait, sans nul doute, de mon père ou de ma mère. Mais elle ne me rapporte rien.

– Vous m’en direz tant…

Et profitant de ce que le Torero sortait pour donner des instructions aux deux hommes qui, en outre du Chico, devaient l’assister dans sa course:

– Dis-moi, fit Pardaillan lorsqu’il se vit seul avec le nain, quelle mouche t’a piqué de venir précisément aujourd’hui t’enrôler dans la suite de don César?

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