Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
« Crois-tu qu’on va revoir ces Cavaliers ? » demanda Pippin avec entrain. Sous le soleil du matin, la perspective d’en rencontrer toute une armée ne lui semblait pas très effrayante.
« Oui, probablement, dit Frodo, qui aurait préféré ne pas se souvenir. Mais j’espère pouvoir franchir le fleuve sans qu’ils nous aperçoivent. »
« As-tu pu tirer quelque chose de Gildor à leur sujet ? »
« Pas vraiment ; seulement des sous-entendus et des énigmes », dit Frodo de manière évasive.
« Tu lui as demandé, pour les reniflements ? »
« On n’en a pas parlé », répondit Frodo la bouche pleine.
« Vous auriez dû. Je suis bien certain que c’est très important. »
« Si c’était le cas, je suis bien certain que Gildor aurait refusé d’en parler, dit Frodo avec brusquerie. Maintenant, laisse-moi un peu la paix ! Je ne veux pas être assailli d’une série de questions pendant que je mange. Je veux penser un peu ! »
« Juste ciel ! fit Pippin. Au petit déjeuner ? » Il s’éloigna vers le bord de la pelouse.
Dans l’esprit de Frodo, le clair matin – dangereusement clair, se disait-il – n’avait pas chassé la crainte d’être poursuivi. Il méditait les paroles de Gildor, quand la voix enjouée de Pippin lui parvint. Celui-ci courait sur l’herbe en chantant.
« Non ! Je ne pourrais pas ! se dit-il. C’est une chose que d’emmener mes jeunes amis se promener à travers le Comté, jusqu’à ce que nous soyons fatigués et affamés, et que lit et nourriture nous soient doux. Mais les forcer à l’exil, où la fatigue et la faim sont peut-être sans remède, c’est tout autre chose – même s’ils sont disposés à m’accompagner. Cet héritage n’appartient qu’à moi. Je ne pense pas que je devrais même emmener Sam. » Il tourna la tête vers Sam Gamgie et se rendit compte que Sam l’observait.
« Bon, Sam ! fit-il. Qu’en dis-tu ? Je quitte le Comté aussitôt que je le pourrai – en fait, j’ai décidé de ne même pas attendre un jour à Creux-le-Cricq, si c’est possible. »
« Très bien, m’sieur ! »
« Tu as toujours l’intention de me suivre ? »
« Toujours. »
« Ce sera très dangereux, Sam. Ce l’est déjà. Sans doute qu’aucun de nous deux ne reviendra. »
« Si vous revenez pas, m’sieur, alors moi non plus, c’est certain, dit Sam. Ne le laissez surtout pas ! qu’ils m’ont dit. Le laisser ! j’ai dit. Jamais je ferai ça. Je vais avec lui, quand bien même il grimperait à la Lune ; et si j’en vois de ces Cavaliers Noirs qui essaient de l’arrêter, ils auront affaire à Sam Gamgie, que j’ai dit. Ils ont ri. »
« Qui ça, ils, et de quoi parles-tu ? »
« Les Elfes, m’sieur. On a un peu parlé hier au soir ; et ils avaient l’air de savoir que vous partiez, alors j’ai pas cru bon de le nier. Des gens merveilleux, ces Elfes, m’sieur ! Merveilleux ! »
« En effet, dit Frodo. Les aimes-tu encore, maintenant que tu les as vus de plus près ? »
« Ils semblent un peu au-dessus de ce que je peux aimer ou non, pour ainsi dire, répondit Sam avec hésitation. Ça n’a pas l’air important, ce que je pense d’eux. Ils sont assez différents de ce que j’imaginais : si vieux et si jeunes, si gais et si tristes, en quelque sorte. »
Frodo regarda Sam d’un air plutôt étonné, s’attendant presque à voir apparaître un signe extérieur de l’étrange transformation qu’il paraissait avoir subie. Ce n’était pas la voix du vieux Sam Gamgie qu’il pensait connaître. Mais c’était bien le vieux Sam Gamgie qui était assis là, sinon qu’il avait un air inhabituellement pensif.
« Sens-tu toujours le besoin de quitter le Comté… maintenant que ton désir de les rencontrer s’est déjà réalisé ? » demanda-t-il.
« Oui, m’sieur. Je ne sais pas comment le dire, mais après cette nuit, je me sens différent. On dirait que je vois devant moi, d’une certaine façon. Je sais qu’on va prendre une très longue route, qu’elle va nous conduire dans les ténèbres ; mais je sais que je peux pas faire demi-tour. C’est pas pour voir des Elfes, maintenant, ni des dragons ou des montagnes, que je veux… je sais pas très bien ce que je veux ; mais j’ai quelque chose à faire avant la fin, et c’est en avant, pas dans le Comté. Je dois aller jusqu’au bout, m’sieur, si vous me comprenez. »
« Pas complètement. Mais je comprends que Gandalf m’a choisi un bon compagnon. Je suis content. Nous irons ensemble. »
Frodo termina son petit déjeuner en silence. Puis, se levant, il contempla les terres devant lui, et appela Pippin.
« Prêt au départ ? dit-il tandis que Pippin remontait en courant. Il faut partir à l’instant. Nous avons dormi tard ; et il y a encore de nombreux milles à faire. »
« Tu as dormi tard, tu veux dire, observa Pippin. J’étais debout bien avant ; et nous attendions seulement que tu finisses de manger et de penser. »
« J’ai fini les deux, maintenant. Et je vais aller au plus vite vers le Bac de Fertébouc. Je ne vais pas faire un détour pour rejoindre la route que nous avons quittée la nuit dernière : je vais aller tout droit à travers champs en partant d’ici. »
« Alors tu vas devoir voler, dit Pippin. Tu ne trouveras jamais moyen d’aller tout droit à pied dans cette campagne. »
« On pourra toujours aller plus droit que la route, répondit Frodo. Le Bac est à l’est de Boischâtel ; mais le grand chemin décrit une courbe vers la gauche – tu peux en voir une partie là-bas au nord. Il contourne l’extrémité nord de la Marêche, de façon à rejoindre au-dessus d’Estoc la chaussée qui court depuis le Pont. Mais c’est à des milles d’où nous allons. Nous pourrions réduire la distance d’un quart en partant en ligne droite vers le Bac de l’endroit où nous sommes. »
« Les raccourcis mènent à de longs retards, soutint Pippin. Le terrain par ici est accidenté ; et il y a des marécages et toutes sortes de difficultés dans la Marêche – je connais les terres dans ce coin-là. Et si tu t’inquiètes au sujet des Cavaliers Noirs, je ne vois pas en quoi ce serait pire de les rencontrer sur la route que dans un bois ou au milieu d’un champ. »
« Les gens sont plus difficiles à trouver dans les bois et au milieu des champs, répondit Frodo. Et si vous êtes censé être sur la route, il y a de fortes chances qu’on vous cherche sur la route et non en dehors ! »
« Ça va ! dit Pippin. Je te suivrai dans tous les bourbiers et les ronciers. Mais c’est dur ! J’espérais que nous passerions par la Perche Dorée d’Estoc avant le coucher du soleil. C’est la meilleure bière dans tout le Quartier Est, ou du moins ce l’était : il y a longtemps que j’y ai goûté. »
« Ça règle la question ! dit Frodo. Les raccourcis mènent à de longs retards, mais les auberges en amènent de plus longs. Il faut à tout prix te tenir loin de la Perche Dorée. Nous voulons être à Fertébouc avant la nuit. Qu’en dis-tu, Sam ? »
« J’irai avec vous, monsieur Frodo », dit Sam (malgré quelques doutes, et un profond regret de devoir renoncer à la meilleure bière du Quartier Est).
« Alors, s’il nous faut affronter les bourbiers et les ronces, allons-y tout de suite ! » dit Pippin.
Il faisait déjà presque aussi chaud que le jour précédent ; mais des nuages commençaient à s’amonceler à l’ouest. Le temps semblait à la pluie. Les hobbits dévalèrent un talus vert à pic, puis ils plongèrent dans les arbres serrés situés en contrebas. L’itinéraire choisi laissait Boischâtel sur leur gauche, coupait de biais à travers les bois entassés sur le versant oriental des collines et débouchait sur les plaines au-delà. Ils pourraient alors continuer tout droit vers le Bac, allant en rase campagne sans rencontrer d’autre obstacle que quelques fossés et clôtures. Frodo estimait qu’ils avaient dix-huit milles à parcourir en ligne droite.