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Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]

Электронная книга - «Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]». Краткое содержание книги:

Le passé ou le futur ?Un monde : Terremer.Une planète harmonieuse d’îles et d’océans, de golfes, d’archipels et de récifs, où les sociétés de l’homme se sont éparpillées, diversifiées. Sous le signe de la magie. Une magie expliquée, construite par les forces mêmes de ce monde. Une magie dépendante des éléments et des animaux.C’est au nord de Terremer, dans l’île de Gont, que naît Ged, très tôt surnommé l’Epervier. Il parle aux oiseaux, au bétail. Elevé dans la connaissance des invocations élémentaires, il part, très jeune encore, pour l’île de Roke. Là, guidé par l’Archimage, il découvre l’étendue de ses pouvoirs. Il devient maître en l’art des illusions et, surestimant ses talents, libère dans la réalité une entité de cauchemar, une émanation du royaume des morts. Magicien hanté, il affronte le monde en même temps qu’un ennemi indicible devant lequel la sorcellerie reste sans moyens.
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Longtemps proie et chasseur poursuivirent leur course folle et irréelle, et le jour s’assombrissait rapidement. Ged savait qu’à l’allure où il avait navigué au cours des dernières heures, il devait se trouver au sud de Gont, se dirigeant vers Spévie ou Torheven, à moins même qu’il n’eût dépassé ces îles en s’approchant déjà du Lointain. Rien ne pouvait lui indiquer sa position, mais peu lui importait. Il chassait, il traquait, et la peur fuyait devant lui.

Brusquement, il aperçut l’ombre non loin devant lui. Le vent du monde était tombé, et la tempête de neige fondue avait laissé la place à une brume froide et irrégulière qui allait s’épaississant. À travers cette brume, il distingua l’ombre qui s’enfuyait un peu à droite de son cap. Il parla alors à sa voile ainsi qu’au vent, tira le gouvernail, et la poursuite continua, bien que toujours aveugle : le brouillard s’épaississait rapidement, bouillonnant et s’effilochant devant le vent dû aux sortilèges, se refermant autour de la barque comme une pâleur qui étouffait la lumière et la vue. Au moment où Ged prononçait le premier mot d’un charme d’éclaircie, il vit de nouveau l’ombre, toujours à droite de son cap, mais très proche cette fois. Elle allait très lentement. Le brouillard soufflait à travers sa tête floue et sans visage, et pourtant elle ressemblait vaguement à un homme, se déformant et changeant, un peu comme l’ombre d’un homme. Une fois de plus, Ged modifia son cap, pensant qu’il avait acculé son ennemi à la terme ferme ; mais à cet instant précis l’ombre s’évanouit, et ce fut sa barque qui rencontra la terre ferme, se fracassant sur des hauts-fonds rocheux que les brumes rapides avaient masqués à sa vue. Il fut presque jeté par-dessus bord, mais parvint à saisir le bâton-mât avant le choc du second rouleau. La vague était gigantesque ; elle projeta le petit bateau hors de l’eau et le lâcha sur un rocher, comme un homme qui soulève et écrase une coquille d’escargot.

Le bâton qu’Ogion avait taillé était robuste et enchanté. Il ne se brisa pas et se mit à flotter aussi bien qu’une bûche sèche. Ged, qui s’y cramponnait toujours, fut éloigné des rochers avec le reflux des vagues, de sorte qu’il se trouva en eau profonde, sans risque d’être lancé contre la roche avant la prochaine vague. Étouffé et aveuglé par l’eau salée, il s’efforça de garder la tête hors de l’eau et de lutter contre la puissante poussée de la mer. Un peu plus loin s’étendait une plage de sable qu’il entrevit une ou deux fois tandis qu’il essayait de nager pour ne pas être pris dans la deuxième lame. De toutes ses forces, et avec le recours du pouvoir de son bâton, il tenta de se diriger vers cette plage. Le flux et le reflux des lames le secouaient en avant et en arrière comme un pantin ; le froid des profondeurs aspirait la chaleur de son corps et l’affaiblissait rapidement. Bientôt, il fut incapable de mouvoir ses bras. Il avait maintenant perdu de vue les rochers, aussi bien que la plage, et ne savait plus devant quoi il se trouvait. Autour de lui, au-dessous de lui, au-dessus de lui, il n’y avait que le tumulte des eaux qui l’aveuglaient, l’étranglaient, le noyaient.

Une vague s’enflant sous les brumes l’emporta, le fit rouler en tous sens et le jeta sur le sable comme un vieux morceau de bois.

Il demeura gisant, tenant toujours des deux mains son bâton d’if. Des vagues moins fortes le harcelaient et tentaient en se retirant de l’arracher au sable. Au-dessus de lui, le brouillard s’ouvrit puis se referma, et peu après se mit à tomber une pluie forte et drue.

Beaucoup plus tard, il remua. Il se releva sur les mains et les genoux et commença à remonter lentement la plage et à s’éloigner du rivage. Il faisait maintenant nuit noire, mais il chuchota un mot au bâton, près de l’extrémité duquel apparut une petite lueur de feu. Ainsi guidé, il se dirigea pas à pas, avec difficulté, vers les dunes. Il était si épuisé, rompu et transi de froid qu’avancer de la sorte sur le sable mouillé, dans la nuit déchirée par le fracas et le sifflement de la mer, fut la chose la plus dure qu’il eût accomplie jusqu’ici. Une fois ou deux, il lui sembla que l’immense fureur du vent et de la mer avait cessé, et que le sable mouillé s’était transformé en poussière sous ses mains, tandis que les astres étranges l’observaient fixement par-derrière. Mais il ne leva pas la tête et continua de ramper ; et, au bout d’un moment, il perçut son propre souffle court, et sentit le vent amer lui fouetter le visage à grandes rafales de pluie.

Se mouvant ainsi, il recouvra un peu de chaleur, et une fois parvenu au milieu des dunes, où les coups du vent et de la pluie étaient moins âpres, il réussit à se mettre debout. D’un mot, il fit sortir de son bâton une lumière plus forte, car il régnait là une nuit d’encre, puis il parcourut encore environ huit cents mètres vers l’intérieur des terres, prenant appui sur son bâton, trébuchant et s’arrêtant de temps à autre. Puis, en haut d’une dune, il entendit de nouveau la rumeur de la mer, plus forte, non pas derrière mais devant lui : les dunes descendaient maintenant vers un autre rivage. Il ne se trouvait pas sur une île, mais sur un simple récif, une parcelle de sable perdue au milieu de l’océan.

Il n’avait plus assez de force pour céder au désespoir, mais ne put cependant réprimer un sanglot, et il demeura sur place un long moment, hébété, s’appuyant sur son bâton. Puis, tenace, il partit sur la gauche, de manière à avoir enfin le vent dans le dos, et descendit la haute dune, cherchant parmi les solicornes courbées et frangées de givre un creux pour s’abriter quelque temps. Mais comme il tendait en l’air son bâton pour voir ce qui se trouvait devant lui, il aperçut un léger reflet à la lisière du cercle de la lueur de feu : un mur de bois détrempé.

Il s’agissait d’une hutte, d’une cabane de petite taille si branlante qu’elle semblait avoir été bâtie par un enfant. Ged frappa à la petite porte basse avec son bâton. Elle demeura close. Alors il la poussa et dut se plier presque en deux pour entrer. À l’intérieur de la hutte, il ne put se redresser complètement. Des braises rougeoyaient dans l’âtre ; cette lueur permit à Ged d’apercevoir un homme aux longs cheveux blancs, recroquevillé de terreur en face de lui, près du mur quelqu’un d’autre, dont il ne pouvait dire s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme, l’observait au milieu d’un tas de hardes ou de peaux.

« Je ne vous ferai aucun mal », murmura Ged.

Ils ne répondirent rien. Il les regarda tous les deux. Leur regard était vide, tant ils étaient terrifiés. Lorsque Ged posa son bâton par terre, celui qui se trouvait sous le tas de hardes se cacha en gémissant comme un enfant. Ged enleva sa cape.lourde d’eau et de glace, se dépouilla de tous ses vêtements et vint se serrer auprès du feu. « Donnez-moi quelque chose pour me couvrir », dit-il d’une voix enrouée. Il pouvait à peine parler ; il claquait des dents et son corps était parcouru de grands frissons. S’ils l’entendirent, aucun des deux vieillards ne répondit. Il étendit alors le bras et saisit l’une des hardes entassées en guise de lit ; peut-être peau de chèvre jadis, ce n’était plus qu’une loque noirâtre et graisseuse. Le pauvre hère qui se dissimulait sous le tas se mit à gémir de peur, mais Ged ne se soucia pas de lui. Il se sécha vigoureusement et chuchota : « As-tu du bois ? Charge un peu le feu, vieil homme. Je viens à toi dans le besoin, je ne te veux aucun mal. »

Figé par la terreur, le vieil homme le regardait mais ne bougeait pas.

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