Cyrano de Bergerac
- Автор: Rostand Edmond
- Язык: французский
- Жанр: Прочая поэзия
Электронная книга - «Cyrano de Bergerac». Краткое содержание книги:
Mais...
(Elle voit sa figure et fait un geste d'étonnement).
Oh !
CYRANO, bas, lui montrant Roxane.
Chut ! Ce n'est rien ! -
(D'une voix fanfaronne. Haut).
Hier, j'ai fait gras.
SŒUR MARTHE.
Je sais.
(À part).
C'est pour cela qu'il est si pâle !
(Vite et bas).
Au réfectoire
Vous viendrez tout à l'heure, et je vous ferai boire
Un grand bol de bouillon... Vous viendrez ?
CYRANO.
Oui, oui, oui.
SŒUR MARTHE.
Ah ! vous êtes un peu raisonnable, aujourd'hui !
ROXANE, qui les entend chuchoter.
Elle essaye de vous convertir ?
SŒUR MARTHE.
Je m'en garde !
CYRANO.
Tiens, c'est vrai ! Vous toujours si saintement bavarde,
Vous ne me prêchez pas ? c'est étonnant, ceci !..
(Avec une fureur bouffonne).
Sabre de bois ! Je veux vous étonner aussi !
Tenez, je vous permets...
(Il a l'air de chercher une bonne taquinerie, et de la trouver).
Ah ! la chose est nouvelle ?..
De... de prier pour moi, ce soir, à la chapelle.
ROXANE.
Oh ! oh !
CYRANO, riant.
Sœur Marthe est dans la stupéfaction !
SŒUR MARTHE, doucement.
Je n'ai pas attendu votre permission.
(Elle rentre).
CYRANO, revenant à Roxane, penchée sur son métier.
Du diable si je peux jamais, tapisserie,
Voir ta fin !
ROXANE.
J'attendais cette plaisanterie.
(À ce moment, un peu de brise fait tomber les feuilles).
CYRANO.
Les feuilles !
ROXANE, levant la tête, et regardant au loin, dans les allées.
Elles sont d'un blond vénitien.
Regardez-les tomber.
CYRANO.
Comme elles tombent bien !
Dans ce trajet si court de la branche à la terre,
Comme elles savent mettre une beauté dernière,
Et malgré leur terreur de pourrir sur le sol,
Veulent que cette chute ait la grâce d'un vol !
ROXANE.
Mélancolique, vous ?
CYRANO, se reprenant.
Mais pas du tout, Roxane !
ROXANE.
Allons, laissez tomber les feuilles de platane...
Et racontez un peu ce qu'il y a de neuf.
Ma gazette ?
CYRANO.
Voici !
ROXANE.
Ah !
CYRANO, de plus en plus pâle, et luttant contre la douleur.
Samedi, dix-neuf.
Ayant mangé huit fois du raisiné de Cette,
Le Roi fut pris de fièvre ; à deux coups de lancette
Son mal fut condamné pour lèse-majesté,
Et cet auguste pouls n'a plus fébricité !
Au grand bal, chez la reine, on a brûlé, dimanche,
Sept cent soixante-trois flambeaux de cire blanche ;
Nos troupes ont battu, dit-on, Jean l'Autrichien ;
On a pendu quatre sorciers ; le petit chien
De madame d'Athis a dû prendre un clystère...
ROXANE.
Monsieur de Bergerac, voulez-vous bien vous taire !
CYRANO.
Lundi... rien. Lygdamire a changé d'amant.
ROXANE.
Oh !
CYRANO, dont le visage s'altère de plus en plus.
Mardi, toute la cour est à Fontainebleau.
Mercredi, la Montglat dit au comte de Fiesque.
Non ! Jeudi : Mancini, reine de France, - ou presque !
Le vingt-cinq, la Montglat à de Fiesque dit : Oui ;
Et samedi, vingt-six...
(Il ferme les yeux. Sa tête tombe. Silence).
ROXANE, surprise de ne plus rien entendre, se retourne, le regarde, et se levant effrayée.
Il est évanoui ?
(Elle court vers lui en criant).
Cyrano !
CYRANO, rouvrant les yeux, d'une voix vague.
Qu'est-ce ?.. Quoi ?..
(Il voit Roxane penchée sur lui et, vivement, assurant son chapeau sur sa tête et reculant avec effroi dans son fauteuil).
Non ! non ! je vous assure,
Ce n'est rien. Laissez-moi !
ROXANE.
Pourtant...
CYRANO.
C'est ma blessure
D'Arras... qui... quelquefois... vous savez...
ROXANE.
Pauvre ami !
CYRANO.
Mais ce n'est rien. Cela va finir.
(Il sourit avec effort).
C'est fini.
ROXANE, debout près de lui.
Chacun de nous a sa blessure : j'ai la mienne.
Toujours vive, elle est là, cette blessure ancienne,
(Elle met la main sur sa poitrine).
Elle est là, sous la lettre au papier jaunissant
Où l'on peut voir encor des larmes et du sang !
(Le crépuscule commence à venir).
CYRANO.
Sa lettre !.. N'aviez-vous pas dit qu'un jour, peut-être,
Vous me la feriez lire ?
ROXANE.
Ah ! vous voulez ?.. Sa lettre ?
CYRANO.
Oui... Je veux... Aujourd'hui...
ROXANE, lui donnant le sachet pendu à son cou.
Tenez !
CYRANO, le prenant.
Je peux ouvrir ?
ROXANE.
Ouvrez... lisez !..
(Elle revient à son métier, le replie, range ses laines).
CYRANO, lisant.
« Roxane, adieu, je vais mourir !.. »
ROXANE, s'arrêtant, étonnée.
Tout haut ?
CYRANO, lisant.
« C'est pour ce soir, je crois, ma bien-aimée !
« J'ai l'âme lourde encor d'amour inexprimée,
« Et je meurs ! jamais plus, jamais mes yeux grisés,
« Mes regards dont c'était... »
ROXANE.
Comme vous la lisez,
Sa lettre !
CYRANO, continuant.
« ... dont c'était les frémissantes fêtes,
« Ne baiseront au vol les gestes que vous faites ;
« J'en revois un petit qui vous est familier
« Pour toucher votre front, et je voudrais crier... »
ROXANE, troublée.
Comme vous la lisez, - cette lettre !
(La nuit vient insensiblement).
CYRANO.
« Et je crie.
« Adieu !.. »
ROXANE.
Vous la lisez...
CYRANO.
« Ma chère, ma chérie,
« Mon trésor... »
ROXANE, rêveuse.
D'une voix...
CYRANO.
« Mon amour !.. »
ROXANE.
D'une voix...
(Elle tressaille).
Mais... que je n'entends pas pour la première fois !
(Elle s'approche tout doucement, sans qu'il s'en aperçoive, passe derrière le fauteuil, se penche sans bruit, regarde la lettre. - L'ombre augmente).
CYRANO.
« Mon cœur ne vous quitta jamais une seconde,