Cyrano de Bergerac
- Автор: Rostand Edmond
- Язык: французский
- Жанр: Прочая поэзия
Электронная книга - «Cyrano de Bergerac». Краткое содержание книги:
(À Roxane).
Vous permettez ? Un mot.
(Il va à Le Bret, et à mi-voix).
C'est vrai : nul n'oserait
Attaquer votre ami ; mais beaucoup l'ont en haine ;
Et quelqu'un me disait, hier, au jeu, chez la Reine.
« Ce Cyrano pourrait mourir d'un accident. »
LE BRET.
Ah ?
LE DUC.
Oui. Qu'il sorte peu. Qu'il soit prudent.
LE BRET, levant les bras au ciel.
Prudent !
Il va venir. Je vais l'avertir. Oui, mais !..
ROXANE, qui est restée sur le perron, à une sœur qui s'avance vers elle.
Qu'est-ce ?
LA SŒUR.
Ragueneau veut vous voir, Madame.
ROXANE.
Qu'on le laisse
Entrer.
(Au duc et à Le Bret).
Il vient crier misère. Étant un jour
Parti pour être auteur, il devint tour à tour
Chantre...
LE BRET.
Étuviste...
ROXANE.
Acteur...
LE BRET.
Bedeau...
ROXANE.
Perruquier...
LE BRET.
Maître
De théorbe...
ROXANE.
Aujourd'hui, que pourrait-il bien être ?
RAGUENEAU, entrant précipitamment.
Ah ! Madame !
(Il aperçoit Le Bret).
Monsieur !
ROXANE, souriant.
Racontez vos malheurs
À Le Bret. Je reviens.
RAGUENEAU.
Mais, Madame...
(Roxane sort sans l'écouter, avec le duc. Il redescend vers Le Bret).
Scène III
Le Bret, Ragueneau.
RAGUENEAU.
D'ailleurs,
Puisque vous êtes là, j'aime mieux qu'elle ignore !
- J'allais voir votre ami tantôt. J'étais encore
À vingt pas de chez lui... quand je le vois de loin,
Qui sort. Je veux le joindre. Il va tourner le coin
De la rue... et je cours... lorsque d'une fenêtre
Sous laquelle il passait - est-ce un hasard ?.. peut-être ! -
Un laquais laisse choir une pièce de bois.
LE BRET.
Les lâches !.. Cyrano !
RAGUENEAU.
J'arrive et je le vois...
LE BRET.
C'est affreux !
RAGUENEAU.
Notre ami, Monsieur, notre poète,
Je le vois, là, par terre, un grand trou dans la tête !
LE BRET.
Il est mort ?
RAGUENEAU.
Non ! mais... Dieu ! je l'ai porté chez lui.
Dans sa chambre... Ah ! sa chambre ! il faut voir ce réduit !
LE BRET.
Il souffre ?
RAGUENEAU.
Non, Monsieur, il est sans connaissance.
LE BRET.
Un médecin ?
RAGUENEAU.
Il en vint un par complaisance.
LE BRET.
Mon pauvre Cyrano ! - Ne disons pas cela
Tout d'un coup à Roxane ! - Et ce docteur ?
RAGUENEAU.
Il a
Parlé, - je ne sais plus, - de fièvre, de méninges !..
Ah ! si vous le voyiez - la tête dans des linges !..
Courons vite ! - Il n'y a personne à son chevet ! -
C'est qu'il pourrait mourir, Monsieur, s'il se levait !
LE BRET, l'entraînant vers la droite.
Passons par là ! Viens, c'est plus court ! Par la chapelle !
ROXANE, paraissant sur le perron et voyant Le Bret s'éloigner par la colonnade qui mène à la petite porte de la chapelle.
Monsieur Le Bret !
(Le Bret et Ragueneau se sauvent sans répondre).
Le Bret s'en va quand on l'appelle ?
C'est quelque histoire encor de ce bon Ragueneau !
(Elle descend le perron).
Scène IV
Roxane seule, puis deux Sœurs, un instant.
ROXANE.
Ah ! que ce dernier jour de septembre est donc beau !
Ma tristesse sourit. Elle qu'Avril offusque,
Se laisse décider par l'automne, moins brusque.
(Elle s'assied à son métier. Deux sœurs sortent de la maison et apportent un grand fauteuil sous l'arbre).
Ah ! voici le fauteuil classique où vient s'asseoir
Mon vieil ami !
SŒUR MARTHE.
Mais c'est le meilleur du parloir !
ROXANE.
Merci, ma sœur.
(Les sœurs s'éloignent).
Il va venir.
(Elle s'installe. On entend sonner l'heure).
Là... l'heure sonne.
- Mes écheveaux ! - L'heure a sonné ? Ceci m'étonne !
Serait-il en retard pour la première fois ?
La sœur tourière doit - mon dé ?.. là, je le vois ! -
L'exhorter à la pénitence.
(Un temps).
Elle l'exhorte !
- Il ne peut plus tarder. - Tiens ! une feuille morte ! -
(Elle repousse du doigt la feuille tombée sur son métier).
D'ailleurs, rien ne pourrait. - Mes ciseaux ?.. dans mon sac ! -
L'empêcher de venir !
UNE SŒUR, paraissant sur le perron.
Monsieur de Bergerac.
Scène V
Roxane, Cyrano et, un moment, sœur Marthe.
ROXANE, sans se retourner.
Qu'est-ce que je disais ?..
(Et elle brode. Cyrano, très pâle, le feutre enfoncé sur les yeux, paraît. La sœur qui l'a introduit rentre. Il se met à descendre le perron lentement, avec un effort visible pour se tenir debout, et en s'appuyant sur sa canne. Roxane travaille à sa tapisserie).
Ah ! ces teintes fanées...
Comment les rassortir ?
(À Cyrano, sur un ton d'amicale gronderie).
Depuis quatorze années,
Pour la première fois, en retard !
CYRANO, qui est parvenu au fauteuil et s'est assis, d'une voix gaie contrastant avec son visage.
Oui, c'est fou !
J'enrage. Je fus mis en retard, vertuchou !..
ROXANE.
Par ?..
CYRANO.
Par une visite assez inopportune.
ROXANE, distraite, travaillant.
Ah ! oui ! quelque fâcheux ?
CYRANO.
Cousine, c'était une
Fâcheuse.
ROXANE.
Vous l'avez renvoyée ?
CYRANO.
Oui, j'ai dit.
Excusez-moi, mais c'est aujourd'hui samedi,
Jour où je dois me rendre en certaine demeure ;
Rien ne m'y fait manquer : repassez dans une heure !
ROXANE, légèrement.
Eh bien ! cette personne attendra pour vous voir.
Je ne vous laisse pas partir avant ce soir.
CYRANO, avec douceur.
Peut-être un peu plus tôt faudra-t-il que je parte.
(Il ferme les yeux et se tait un instant. Sœur Marthe traverse le parc de la chapelle au perron. Roxane l'aperçoit, lui fait un petit signe de tête).
ROXANE, à Cyrano.
Vous ne taquinez pas sœur Marthe ?
CYRANO, vivement, ouvrant les yeux.
Si !
(Avec une grosse voix comique).
Sœur Marthe !
Approchez !
(La sœur glisse vers lui).
Ha ! ha ! ha ! Beaux yeux toujours baissés !
SŒUR MARTHE, levant les yeux en souriant.