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La Recluse

Электронная книга - «La Recluse». Краткое содержание книги:

Le 25 mars 1851, un charmant aviso gréé en goélette quittait New-York, vers cinq heures de l'après-midi, et, poussé par une brise favorable, prenait la mer, toutes voiles dehors.
C'était l'Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine. La petite goélette faisait partie d'une escadre d'exploration qui, évoluait sur les côtes d'Amérique; elle avait reçu pour mission d'aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et vive, pour rallier l'escadre et lui apporter les correspondances attendues…
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– Ah! vous êtes bonne, et je vous remercie.

Sœur Rosalie n’en entendit pas davantage et s’empressa de regagner le couvent.

Quelques heures plus tard, l’agitation qu’avait provoquée la disparition de mademoiselle de Beaufort était calmée et le couvent de Sainte-Marthe dormait enveloppé dans le plus profond silence.

Neuf heures venaient de sonner.

La nuit était plus sombre que la veille, de lourds nuages chargés d’électricité couraient dans le ciel, poussés par un vent violent d’orage. La lune n’avait point paru, et l’on voyait à peine à se guider.

En ce moment, la porte de l’enclos s’ouvrit, et deux hommes entrèrent.

C’était Palmer et Gaston de Pradelle.

Cette fois, François ne se trouvait pas là pour les recevoir; mais Palmer commençait à connaître les êtres, et après avoir invité Gaston à régler sa marche sur la sienne, il prit les devants et se dirigea vers le pavillon, où ils rencontrèrent le jardinier.

– Sœur Rosalie? demanda Palmer, en serrant la main de son compagnon de bouteille.

– Sœur Rosalie n’est point encore arrivée, répondit François; mais elle ne peut tarder à venir, et s’il plait au commandant d’entrer…

Gaston, ayant remercié du geste, pénétra dans le pavillon.

Palmer et François n’attendirent pas davantage, et un instant après, ils prenaient le chemin du caboulot où ils allaient trouver quelque cordial aimé.

Gaston, lui, s’était assis au fond de la chambre, et le front dans les mains, le regard fixe, il cherchait à ramener l’ordre et le calme dans son esprit.

Depuis le matin, il ne vivait plus!

C’est surtout au moment où il était menacé de la perdre, qu’il comprenait à quel point il aimait Edmée. Vingt fois il avait passé devant l’hôtel de la rue de la Chaussée-d ’Antin, espérant y relever quelque indice qui le rassurerait sur le sort de la pauvre enfant. Une fois même, il avait sonné à la porte de l’hôtel, et avait demandé à voir madame de Beaufort.

Mais le valet qui s’était présenté lui avait répondu que M. de Beaufort venait de partir pour Londres, que madame de Beaufort était souffrante et finalement que l’on ne recevait personne.

Gaston rentra chez lui en proie au plus violent désordre.

Le seul espoir qui lui restât, c’était sœur Rosalie; et il fallait attendre neuf heures!

Que fit-il et que devint-il jusque-là? il n’eût pu le dire au juste.

Seulement, comme neuf heures sonnaient, il s’était, trouvé à la porte de l’enclos et était entré.

Sa première impression fut un cruel désappointement.

Miss Fanny ne se trouvait pas au rendez-vous; mais on lui dit qu’elle allait venir, et cela le calma un peu.

Il prit patience.

Enfin, au bout d’une grande demi-heure, un bruit de pas précipités vint jusqu’à lui, et peu après, miss Fanny Stevenson entrait dans la chambre.

Gaston se leva vivement et courut à elle.

– Enfin! dit-il avec un soupir de soulagement, vous voilà!

Mais presque aussitôt il recula de deux pas, frappé de l’altération profonde de son visage et de la sombre expression de son regard.

– Grand Dieu! s’écria-t-il, qu’avez-vous? Que s’est-il passé?

Fanny Stevenson s’était laissé tomber accablée sur une chaise; elle semblait absorbée dans une pensée unique; sa poitrine se soulevait avec force; on eût dit qu’elle était étrangère à ce monde, perdue dans quelque rêve de folie.

Pourtant, au bout, d’un moment, elle secoua brusquement la tête pour chasser les pensées importunes qui menaçaient sa raison, et elle releva lentement son regard sur Gaston.

– Parlez! parlez! insista ce dernier, d’où venez-vous?

– Je quitte la supérieure; je voulais l’interroger.

– Sur Edmée?

– Oui, sur Edmée; j’avais pris le premier prétexte venu; mais dès mes premières paroles, je compris qu’on l’avait mise en défiance contre moi.

– Qui cela?

– Vous le demandez.

– Madame de Beaufort, peut-être?

– Et qui donc! Ah! je l’ai deviné tout de suite, et on ne me l’a pas caché, d’ailleurs; madame de Beaufort n’a pas tout dit cependant; elle ne s’est pas livrée tout entière, et elle ne s’est plainte que d’une chose, c’est que je m’étais emparé de l’esprit de sa fille.

– Vous!

– Sa fille!… Comprenez-vous! Elle ose donner ce nom à Edmée.

– Mais elle ignore sans doute…

Fanny Stevenson l’interrompit par un ricanement.

– Elle sait tout, vous dis-je, répliqua-t-elle; le comte est venu ce matin au couvent; en sortant, je l’ai croisé dans le couloir, et à l’effroi que j’ai surpris sur ses traits je suis sûre qu’il m’a reconnue.

– Ainsi, Edmée a quitté le couvent?

– Les misérables!

– On vous l’a dit!

– Et je ne la verrai plus!

– Mais elle est retournée rue de la Chaussée-d ’Antin, et si vous ne pouvez l’y aller voir, moi, du moins…

Fanny Stevenson oublia un moment son regard attendri sur le jeune commandant.

– Vous êtes jeune, vous, monsieur Gaston, dit-elle d’un ton mélancolique et doux, vous avez pris votre chemin sur les hauteurs de la vie; vous ignorez le monde et, sûr de votre loyauté et de votre honneur, vous avez foi en l’honneur et en la loyauté des autres. Qu’elles déceptions cruelles vous attendent!

– Cependant…

– Vous croyez, n’est-ce pas, qu’à l’heure où je vous parle, Edmée est rentrée chez sa mère, et que l’on n’a eu d’autre pensée, en l’éloignant de Sainte-Marthe, que de la soustraire à l’empire que j’exerçais sur son esprit.

– Eh bien?

– Eh bien, rendez-vous demain, rue de la Chaussée-d ’Antin, demandez mademoiselle de Beaufort et vous verrez quelle réponse vous sera faite.

– Mais que supposez-vous donc? Que peut-on tenter contre la pauvre enfant?

La jeune femme se leva à cette question et, se penchant vers Gaston:

– Ah! sans doute, le temps des enlèvements ou des séquestrations iniques est passé, dit-elle, les sourcils contractés et la lèvre tordue par un amer sourire; la civilisation et vos lois modernes répudient les moyens violents que l’on employait autrefois avec l’assentiment ou la complicité d’une société qui bénéficiait de ces iniquités; il vous semble, n’est-ce pas, que tous les mystères aient été dévoilés, et vous vous persuadez volontiers que la vigilance de vos austères magistrats a rendu à jamais impossible le retour des rapts odieux ou des disparitions ténébreuses. Ah! pauvre honnête homme que vous êtes! et que vous avez mal observé ce qui se passait autour de vous!

– Eh quoi! vous prétendez…

– Dieu me garde, monsieur Gaston, de calomnier les saintes demeures qui m’ont accueillie avec tant de bienveillance, et où j’ai trouvé le calme et le repos transitoire dont j’avais un si grand besoin; mais aujourd’hui que, menacée dans mon amour maternel, je sens mon cœur s’ouvrir à toutes les appréhensions, il m’est bien permis de me rappeler ce que j’ai vu et de redouter pour mon enfant les agissements dont j’ai été témoin.

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