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La Recluse

Электронная книга - «La Recluse». Краткое содержание книги:

Le 25 mars 1851, un charmant aviso gréé en goélette quittait New-York, vers cinq heures de l'après-midi, et, poussé par une brise favorable, prenait la mer, toutes voiles dehors.
C'était l'Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine. La petite goélette faisait partie d'une escadre d'exploration qui, évoluait sur les côtes d'Amérique; elle avait reçu pour mission d'aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et vive, pour rallier l'escadre et lui apporter les correspondances attendues…
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Les deux jeunes gens s’inclinèrent et elle rendit le salut sans quitter le livre qu’elle avait sous les yeux et qu’elle faisait semblant de lire.

Puis, cinq minutes se passèrent.

Maxime, qui n’était pas la patience même, allait et venait à travers le parloir, jetant, de seconde en seconde, un regard sur le palier de l’étage ou s’arrêtant pour écouter si personne ne venait.

Mais aucun bruit ne se faisait entendre; à peine percevait-on, de temps à autre, au milieu du pieux silence de la sainte demeure, le pas furtif de quelque sœur qui passait au rez-de-chaussée, se rendant à la chapelle ou encore le mystérieux murmure de deux voix qui se parlaient à voix basse.

Maxime commença à s’étonner du retard que Mariette mettait à venir le trouver, et il se tourna vers Gaston.

– Voilà qui est singulier, dit-il; aurait-on par hasard oublié de prévenir ma cousine?

– Ce n’est pas probable, répondit Gaston; il faut croire plutôt que mademoiselle Mariette aura été retenue pour une cause imprévue, et elle nous expliquera elle-même…

– La voici! interrompit vivement le jeune lieutenant de vaisseau.

Et il fit quelques pas à la rencontre de la jolie enfant qui arrivait en courant. Mais elle n’eut pas plus tôt passé le seuil du parloir, que Maxime et Gaston échangèrent le même regard inquiet, pendant que de son côté, sœur Rosalie se levait vivement de sa chaise.

Mariette était seule, et elle portait sur le visage les signes manifestes d’une vive émotion.

XIV

Maxime, à qui sa qualité de cousin permettait certaines privautés que Mariette n’avait aucune envie de trouver mauvaises, Maxime prit la jolie enfant dans ses bras et déposa un pur baiser sur son front.

– Eh mon Dieu! qu’avez-vous? dit-il en même temps; vous êtes tout émue et tremblante.

– Mademoiselle Edmée ne vous accompagne pas? interrogea à son tour Gaston de Pradelle.

Mariette poussa un profond soupir.

– Non, monsieur Gaston, répondit-elle avec effort. Edmée ne viendra pas, et c’est à cause d’elle que vous me voyez dans cet état.

– Qu’est-il arrivé? fit Maxime.

– Ah! je n’en sais rien; mais tout de même, c’est terrible.

– Quoi donc?

– Je vais vous dire; vous savez – en tout cas, je vous l’apprends – qu’Edmée est ma meilleure amie, pour mieux parler, ma seule amie. Nous ne nous quittons jamais, nous bavardons ou nous rêvons ensemble; et comme elle est beaucoup plus savante que moi, je copie souvent mes devoirs sur les siens. Nous n’avons pas de secrets l’une pour l’autre; nous disons tout ce que nous pensons, et quand Edmée a un chagrin, si petit qu’il soit, elle essayerait en vain de le dissimuler, car je le devinerais tout de suite. Eh bien, aujourd’hui, ça n’a pas manqué. M. de Beaufort était venu la voir ce matin, de bonne heure; il lui a annoncé qu’il allait partir, et quand je l’ai revue, son pauvre cœur n’en pouvait plus!

– C’est pour cette raison qu’elle n’est pas venue? demanda encore Gaston.

– Ce n’est pas pour cette raison.

– Eh! quelle autre?

– Vous allez voir! Nous étions donc rentrées à l’étude, sans qu’elle eût pu me dire ce qui la rendait plus mélancolique encore qu’à l’ordinaire, et nous chuchotions: elle résistant à mes sollicitations, moi essayant de lui arracher la cause de son chagrin, quand tout à coup un grand silence se fait, toutes les pensionnaires se lèvent et nous voyons entrer madame la supérieure.

– Diable! fit Maxime sur un ton enjoué; cela devenait grave.

– Très grave, monsieur mon cousin, repartit Mariette; car madame la supérieure ne se montre que rarement, dans les grandes occasions, et il fallait une cause bien sérieuse pour qu’elle dérogeât ainsi à ses habitudes.

– Que voulait-elle?

– Madame la supérieure dit, en entrant, quelques mots à voix basse à la sœur qui était allée la recevoir, et moi qui observais celle-ci, je vis qu’en réponse à la question qui lui était adressée, elle désignait du geste la place où se trouvait Edmée.

– Et alors?

– Alors, madame la supérieure s’avança de son air le plus majestueux et vint droit à mademoiselle de Beaufort.

– Que lui dit-elle?

– Oh! ce ne fut pas long!… «Mademoiselle, dit-elle, je viens de voir madame de Beaufort, et j’ai eu avec elle une longue conversation à votre sujet: elle a sur vous des projets dont elle m’a fait part, et j’espère que vous voudrez bien vous y soumettre. Veuillez donc, je vous prie, prendre vos cahiers et vos livres; vous viendrez avec moi, nous aurons à causer, et je ne doute pas que vous ne vous montriez obéissante, comme je me plais à reconnaître que vous l’avez toujours été…» Edmée était blanche comme un suaire; ses lèvres tremblaient. Elle n’eut pas la force de répondre et se contenta de s’incliner en me jetant un regard désespéré. Il s’en fallut de bien peu que je n’éclatasse moi-même en sanglots! Et quand je la vis disparaître, suivant madame la supérieure, mon cœur se fondit, et je retombai sur mon banc, incapable d’avoir une idée.

– Et c’est tout ce que vous savez!… interrogea Gaston d’une voix altérée.

– C’est tout, répondit Mariette.

– Pauvre enfant! fit à son tour Maxime en tapotant les petites mains de la jolie enfant: cela vous a bouleversée.

– Il y a bien de quoi, je suppose.

– Qui sait? Vous vous effrayez peut-être à tort. Quel danger pouvez-vous prévoir? Madame de Beaufort vient chercher sa fille; elle veut probablement la reprendre près d’elle au moment où son mari s’éloigne. Il n’y a rien là que de très légitime et de naturel.

– C’est possible, mais tant que je ne saurai pas ce qu’Edmée est devenue, je resterai avec mes appréhensions.

Machinalement après cet incident, Maxime entraîna Mariette dans un coin du parloir, et aussitôt ils s’engagèrent dans une conversation, dont sœur Rosalie ne pouvait rien entendre.

Mais miss Fanny Stevenson avait bien d’autres pensées en tête!

Vingt fois, pendant le court récit de Mariette, elle s’était levée à demi, l’œil plein d’effluves, la poitrine haletante, prête à se précipiter vers la jeune fille à laquelle elle eût voulu adresser mille questions qui se pressaient sur ses lèvres.

Quand Mariette eut fini, elle retomba accablée sur sa chaise, et par un geste saccadé et violent, elle ramena son voile sur ses yeux pour cacher les larmes qui baignaient son visage.

Gaston, qui était non moins ému qu’elle, s‘approcha à pas discret et se pencha doucement.

– Miss Fanny, dit-il à voix basse, comme un souffle.

Miss Fanny se dressa, farouche, et lui prit la main qu’elle serra à la briser.

– Vous avez entendu, n’est-ce pas? répondit-elle d’un accent mal contenu.

– Que craignez-vous?

– Tout! ils sont capables de tout! Mais qu’ils prennent garde… Malheur à eux s’ils tentent de toucher à cette enfant?

– Croyez-vous qu’ils en aient la pensée?

Fanny Stevenson eut un ricanement qui sonna comme un rire d’insensée.

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