La Recluse
- Автор: Zaccone Pierre
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Recluse». Краткое содержание книги:
C'était l'Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine. La petite goélette faisait partie d'une escadre d'exploration qui, évoluait sur les côtes d'Amérique; elle avait reçu pour mission d'aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et vive, pour rallier l'escadre et lui apporter les correspondances attendues…
– C’est elle, je n’en doute pas, c’est cette femme! répondit-elle; elle a éloigné son mari, dont elle redoute la faiblesse, pour rester seule maîtresse et libre d’agir à sa guise; mais elle a compté sans moi. Elle ignore ce que je suis, ce que je peux, et ne sait pas ce dont peut devenir capable une mère qu’on a privée pendant dix-sept années de la vie et des caresses de son enfant.
– Ne vous laissez pas aller à cette colère aveugle.
Miss Fanny jeta à Gaston un regard dont l’éclat d’acier pénétra jusqu’au plus profond de son être.
– Vous ne l’aimez donc pas, dit-elle, vous qui me parlez ainsi, et qui pouvez rester calme en présence de ce qui se prépare?
Mais à quoi bon récriminer, ajouta-t-elle aussitôt? Il faut agir. Vous m’avez promis votre concours, j’espère que vous ne songez pas à me le refuser.
– Ah! sur ma vie!
– C’est bien.
– Que faut-il faire?
– Rien en ce moment. Avant de prendre une résolution, je veux savoir. Cette supérieure! On doit lui avoir dit… Je me ferai adroite, insinuante, j’irai jusqu’au mensonge, s’il le faut; mais je saurai. Et quand vous viendrez chez François, je vous dirai ce que j’aurai appris.
– Alors nous nous verrons ce soir?
– C’est cela.
– À la même heure qu’hier?
– À la même heure, oui. Partez maintenant; voici le moment de la séparation; j’ai hâte de me retirer et d’aller me recueillir.
Cependant Mariette et Maxime continuaient de causer et on entendait de temps en temps le rire charmant de la jolie enfant égayer le coin obscur du parloir où ils s’étaient réfugiés.
Mais l’heure allait sonner et ils n’avaient plus que quelques minutes.
– Quand vous reverrai-je? dit alors Mariette avec une petite moue ironique.
– La belle question! repartit vivement Maxime. Mais je vous reverrai demain, après-demain, tous les jours, jusqu’à mon départ.
– Cela ne vous ennuie donc pas de venir de si loin, passer une heure avec une petite fille.
– Vous êtes méchante!
– Moi!
– Oui! vous! Vous! chère enfant, car vous savez que je n’ai à Paris que vous, et vous voyez trop clair de vos beaux yeux pour ne pas avoir deviné tout le bonheur que j’éprouve à tenir, pendant une heure, vos deux jolies petites mains dans les miennes.
– Maxime!
– Cela vous déplaît que je vous parle ainsi!
– Oh! ne le croyez pas.
– Alors, vous m’aimez un peu?
– Un peu! Non, mais de toute mon âme, et de toute la reconnaissance que je vous ai vouée depuis le premier jour où je vous ai vu. Est-ce bien comme cela que je dois répondre?
– Oui, oui, chère Mariette, dit Maxime d’un ton attendri, je n’avais pas espéré davantage… et pourtant peut-être y aurait-il plus encore.
– Vraiment!
– Si vous vouliez?
– Eh mais, je ne demande pas mieux! répondit l’enfant; il faudra me dire, et croyez que si je puis…
En parlant de la sorte, elle avait un sourire plein de douce malice, et ses yeux se voilaient coquettement à demi.
Maxime fut sur le point de s’oublier, et il allait l’attirer contre sa poitrine, par un emportement irréfléchi, quand la voix de sœur Rosalie vint le rappeler à la réalité de la situation.
– À demain, bien sûr? fit Mariette en accompagnant ces mots d’un regard qui eût été effronté, s’il n’eût été naïf.
– Oui, oui, à demain! répondit Maxime ébloui.
Et prenant le bras de Gaston, il gagna rapidement la rue.
XV
Pendant les heures qui suivirent, ce qui se passa dans l’esprit de Fanny Stevenson serait bien difficile à raconter.
La pauvre femme se sentait envahir par une terreur qui croissait d’instant en instant.
Elle avait prétexté une indisposition et était rentrée précipitamment dans sa cellule.
Là, elle compta les heures et les secondes, prêtant l’oreille à tous les bruits, les deux bras croisés sur sa poitrine pour en étouffer les battements qui l’assourdissaient, s’attendant à entendre le pas d’Edmée qu’elle connaissait si bien, priant Dieu surtout de faire cesser l’horrible martyre qu’elle éprouvait.
Elle demeura ainsi jusqu’au soir.
Quand le jour commença à baisser, elle voulut sortir.
En entendant les voix jeunes et fraîches des pensionnaires qui prenaient leurs ébats dans l’enclos, elle pensa que peut-être Edmée se trouvait là avec ses compagnes.
Elle descendit.
En passant près de la cellule de mademoiselle de Beaufort elle poussa timidement la porte.
Qui sait? Dieu avait peut-être fait un miracle sans qu’elle entendît rien.
La porte céda à la première pression, et elle entra.
Il n’y avait personne. La cellule était vide!…
Elle mordit ses lèvres avec un sanglot.
– Mon Dieu! je ne la reverrai donc plus! balbutia-t-elle l’âme brisée.
Et elle s’éloigna lentement, comme à regret.
C’est ainsi qu’elle arriva dans le jardin; du premier coup d’œil elle s’assura qu’Edmée était absente.
Cependant, à sa vue, Mariette, qui était aux aguets, s’empressa d’accourir à sa rencontre.
– On nous a dit que vous étiez souffrante, ma sœur, dit-elle d’une voix hésitante; je vois avec plaisir que vous allez mieux.
– Je vous remercie, mon enfant, répondit sœur Rosalie; je me sens plus forte, en effet, et j’ai voulu prendre l’air.
Puis elle ajouta d’un ton en apparence indifférent:
– Et votre amie, mademoiselle de Beaufort, n’est-elle pas près de vous?
Mariette releva la tête d’un air triste:
– Edmée? répondit-elle, on ne l’a plus revue depuis ce matin.
– Est-ce que sa mère serait venue la chercher?
– Je ne pense pas.
– Qu’est-elle devenue?
– On se le demande. Cela nous a agitées toutes, et il y a de quoi, n’est-ce pas? Madame la supérieure était venue elle-même la prendre à l’étude. On l’a vue se rendre avec elle à la chapelle, puis de là à sa propre cellule; mais après, plus rien.
– C’est singulier.
– Ah! si vous pouviez savoir…
– Moi?
– Sans doute. Si j’étais à votre place: vous êtes bien avec madame la supérieure, et je suis certaine qu’elle vous dirait…
Miss Fanny se prit à réfléchir.
– Vous ne répondez pas? insista Mariette.
– C’était mon intention d’abord, mais depuis…
– Qui vous a fait changer d’avis?
– Je verrai, je me consulterai.
– Et si vous apprenez quelque chose, vous me le direz, n’est-ce pas, ma sœur? Songez donc, Edmée était ma seule amie, et vous ne sauriez croire quelle anxiété est la mienne depuis ce matin.
– Eh bien! je vous le promets, mon enfant, répondit sœur Rosalie: j’observerai encore, j’interrogerai, et si je parviens à connaître ce qu’est devenue Edmée, vous le saurez tout de suite.