La chambre de la Reine
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Государственные тайны #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «La chambre de la Reine». Краткое содержание книги:
Sylvie de Valaine, une adorable petite fille de quatre ans que François de Vendôme, âgé de dix ans, découvre un soir de juin 1626, errant dans la forêt d'Anet, pieds nus, vêtue d'une chemise ensanglantée, ne sera pas l'exception qui confirme la règle. Elle vient d'échapper, par miracle, aux hommes de main de Richelieu qui ont assassiné toute sa famille...
Élevée par les Vendôme, Sylvie devient, à quinze ans, fille d'honneur de la reine qui ne cesse de comploter contre Louis XIII et Richelieu et se trouve entraînée dans de bien dangereuses aventures. Heureusement, François, dont elle est follement éprise mais qui la considère comme une petite fille, est là pour veiller sur elle…
Ce fut lui que Sylvie et Jeannette rencontrèrent en premier. Il traversait la cour d'un pas exténué, leur jeta un regard désabusé et fila s'installer devant la cheminée de la cuisine dans l'espoir d'obtenir une avance sur son souper. Jeannette l'y suivit pour causer avec Nicole tandis que Corentin, un grand sourire sur sa bonne figure ronde, conduisait Sylvie jusqu'au cabinet de lecture où elle trouva son parrain en compagnie d'un homme d'une cinquantaine d'années, vêtu en bourgeois d'un habit gris à col blanc rabattu et qui, à son entrée, tourna vers elle un visage étroit encore allongé par une barbiche poivre et sel comme les moustaches. Il avait posé sur un tabouret son chapeau à haut fond ceint d'une cordelière noire, son grand manteau, et tendait à la flamme de la cheminée ses pieds chaussés de gros souliers à boucle. Perceval et lui semblaient engagés dans une conversation animée d'où la politique ne devait pas être exclue car Sylvie saisit au vol les noms du duc d'Orléans et du comte de Soissons, mais son entrée l'arrêta net. Le visiteur sauta sur ses pieds en annonçant aussitôt qu'il lui fallait prendre congé :
- Ne soyez pas si pressé, mon ami, protesta Raguenel. Laissez-moi au moins vous présenter ma filleule, Mlle de L'Isle. Sylvie, voici un homme qui a voué sa vie au bien des autres : Théophraste Renaudot, médecin, philanthrope et, depuis tantôt six ans, éditeur de notre chère Gazette, ajouta-t-il en prenant sur sa table le petit cahier de huit feuillets dont les Parisiens guettaient, chaque semaine, la sortie. Il n'a qu'un seul défaut, reprit Perceval en riant, il adore le Cardinal !
- N'exagérons rien, sourit le publiciste en échangeant avec Sylvie les gracieux saluts rituels. Je ne l'adore pas mais je lui dois beaucoup puisque c'est le père Joseph, son intime conseiller, qui m'a tiré de mon Loudun natal pour m'amener à Paris. Là, j'ai réalisé, grâce à lui, à peu près tout ce que je souhaitais. Oh ! je sais ! ajouta-t-il en se drapant dans son manteau, qu'il est de bon ton si l'on veut briller dans le monde de vitupérer Son Éminence et j'admets volontiers qu'il est un homme de fer, mais j'espère sincèrement qu'un jour viendra où l'on rendra justice à ses grands desseins politiques. Il n'a qu'une idée en tête : la France, alors que les princes et même la Reine désirent seulement faire du royaume une colonie espagnole comme Cuba, le Mexique ou le Pérou !
- Vous n'avez sans doute pas tort, mon ami, mais j'aimerais qu'il ne se mêle pas tant des vies privées d'autrui... Il est tard et je vous raccompagne ! Réchauffez-vous au feu, petite Sylvie ! Je reviens dans l'instant.
La jeune fille ôta sa grande mante à capuchon doublée de vair, ses gants fourrés, et tira un tabouret pour être plus proche de la belle flambée. Elle lui tendit ses mains et ses pieds, glacés en dépit de leurs protections.
Quand il revint dans son cabinet, Perceval resta au seuil quelques secondes pour s'accorder le temps de la regarder. Elle sentit sa présence et se retourna :
- Eh bien, que faites-vous là au lieu de reprendre votre fauteuil ?
- Je vous regarde. Vous avez plus que jamais l'air d'un petit chat. Êtes-vous heureuse à la Cour?
- Heureuse est un bien grand mot, mais je reconnais que c'est plus agréable que je ne le craignais. La Reine est bonne et charmante et... je la crois très malheureuse à cause de cet amour du Roi pour Mlle de La Fayette. Qui elle-même pleure tout le temps et n'est pas plus heureuse. Et puis, si je ne suis pas au mieux avec les filles d'honneur, j'ai du moins une amie.
- Laquelle ?
- Mlle de Hautefort. Elle est belle, pleine de courage, très insolente et dévouée à notre maîtresse.
- Voilà qui est bien ! Vous auriez pu choisir plus mal !
- Oh ! c'est elle qui m'a choisie ! À présent, parrain, dites-moi, s'il vous plaît, à quoi je dois le plaisir de vous voir ?
Perceval se mit à rire :
- Peste ! Comme nous avons vite pris le ton de la Cour ! Mais je ne vous ai pas fait venir pour que nous échangions des madrigaux, fit-il soudain grave en s'asseyant auprès de sa filleule et en prenant l'une de ses mains dans les siennes. Connaissez-vous un M. de La Perrière ?
- Non. Qui est-ce ?
- C'est un officier aux gardes du Cardinal. Il a demandé votre main à Mme de Vendôme qui m'a priée de vous le faire savoir.
- Ma main ? Cela signifie qu'il veut m'épouser ?
- Il n'y a aucune autre traduction possible.
- Et... qu'est-ce que Mme la duchesse a répondu ?
- Qu'elle vous laissait maîtresse de votre choix et ne vous contraindrait jamais. Qu'en outre, je suis votre tuteur.
- Eh bien, mais c'est parfait ? Il n'y a plus à en parler.
- Oh si ! il faut en parler, parce que ce La Perrière va faire tous ses efforts pour vous plaire et qu'il pourrait y réussir : il est bien de sa personne et le Cardinal lui fera sans doute un sort enviable...
- Vous voulez dire que je pourrais le regarder favorablement quand je le connaîtrai ?
- Exactement. Or, Sylvie, en aucun cas vous ne devez accepter de mettre votre main dans la sienne. C'est pourquoi Mme de Vendôme a désiré que ce soit moi qui vous parle et non elle-même.
- N'est-ce pas un peu étrange ?
- Non, parce que moi je sais avec exactitude ce qu'est ce personnage et que Mme la duchesse ne sait, elle, que ce que je lui en ai dit. Dans l'état actuel des choses, elle s'est bornée à répondre que, de toute façon, elle vous trouvait trop jeune pour le mariage.
- Et c'est vrai ?
- Pas tout à fait. Bien des filles se marient à quinze ans. La Reine n'en avait que quatorze. Le Roi aussi d'ailleurs, mais revenons à votre prétendant. Vous ne devez à aucun prix lui permettre de vous séduire.
La jeune fille éclata soudain d'un rire frais et joyeux.
- Me séduire ? Mais personne ne peut me séduire. Vous savez bien que je n'aime et n'aimerai jamais que François...
- Ce sont de ces choses que l'on dit lorsque l'on a votre âge. Avec le temps, on change.
- Je ne changerai pas.
- Il vaudrait mieux pourtant, Sylvie. Outre qu'il ne vous épousera pas, il est incapable de garder sa foi à une seule femme. On le dit amoureux de Mme de Montbazon, de Mlle de Bourbon-Condé et de je ne sais qui d'autre encore...
- Aucune ne compte parce que, en réalité, il n'en aime qu'une seule et c'est la Reine !
- Petite malheureuse ! Voulez-vous bien ne pas dire de pareilles choses ! Même ici !
- C'est pourtant la vérité, soupira Sylvie avec tristesse, mais elle se reprit vite et, tournant vers Perceval son regard redevenu clair : " Revenons à notre premier propos : pourquoi ne dois-je à aucun prix écouter les prières de M. de La Perrière ?
Et pourquoi est-ce vous qui deviez me le faire savoir ? "