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Электронная книга - «La chambre de la Reine». Краткое содержание книги:

Ne cherchez pas, vous ne trouverez pas une héroïne de Juliette Benzoni qui n'ait un destin hors du commun...
Sylvie de Valaine, une adorable petite fille de quatre ans que François de Vendôme, âgé de dix ans, découvre un soir de juin 1626, errant dans la forêt d'Anet, pieds nus, vêtue d'une chemise ensanglantée, ne sera pas l'exception qui confirme la règle. Elle vient d'échapper, par miracle, aux hommes de main de Richelieu qui ont assassiné toute sa famille...
Élevée par les Vendôme, Sylvie devient, à quinze ans, fille d'honneur de la reine qui ne cesse de comploter contre Louis XIII et Richelieu et se trouve entraînée dans de bien dangereuses aventures. Heureusement, François, dont elle est follement éprise mais qui la considère comme une petite fille, est là pour veiller sur elle…
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L'incident était clos. Le Roi marqua sa satisfaction en pinçant la joue de la jeune fille puis, comme il en avait l'habitude, s'en alla rejoindre Mlle de La Fayette dans son embrasure de fenêtre.

Le lendemain soir, Sylvie et sa compagnie prenaient, à pied, le chemin du Palais-Cardinal.

Un rectangle noble et calme, un palais posé sur une broderie de jardins flanqués de maisons antiques dont Richelieu expropriait peu à peu les propriétaires afin d'agrandir ses parterres et ses charmilles. Surtout, un palais flambant neuf dont les pierres claires, les grandes fenêtres aux vitres brillantes accentuaient la vétusté du Louvre et la saleté de ses vieilles murailles. Encore que l'on eût abattu les tours et les courtines de l'aile nord pour parfaire le dessin et les bâtiments de la cour Carrée, avec pour conséquence que, de ce côté, on voyait surtout des décombres, des blocs de pierre et des échafaudages. Tout cela - palais neuf et travaux - incombait à Jacques Lemercier, l'architecte du Cardinal qui, depuis dix ans croulait sous l'ouvrage. Il était allé au plus pressé en s'attaquant d'abord à la résidence cardinalice mais, en même temps, reconstruisait la Sorbonne, continuait le Val-de-Grâce et faisait sortir de terre l'église Saint-Roch. C'était à présent un homme exténué, mais Richelieu avait lieu d'être satisfait : son palais était une réussite.

Déjà avertie des fastes des lieux - elle était venue deux ans plus tôt quand, pour l'inauguration du petit théâtre de l'aile orientale, Richelieu avait donné une fête, un grand ballet mythologique avec lâcher d'oiseaux en l'honneur de la petite Mademoiselle, fille de Gaston d'Orléans - Marie de Hautefort se contenta d'apprécier les changements survenus depuis, mais Sylvie ouvrit de grands yeux. Cette demeure-là lui paraissait beaucoup plus royale que le Louvre ! Outre les vingt-cinq jardiniers qui, dans les jardins, s'affairaient à préparer le printemps, la domesticité en livrée rouge était nombreuse et l'intérieur du palais fastueux. Il n'y avait rien qui ne fût de grande qualité, depuis les toiles de maître signées Rubens, le Pérugin, le Tintoret, Durer, Poussin et quelques autres, jusqu'aux tapis tissés d'or et de soie en passant par des marbres et des bronzes antiques, d'admirables tapisseries racontant l'histoire de Lucrèce, sans oublier les meubles de marqueterie, les statuettes précieuses, l'abondance de cristaux, lapis-lazulis, agates, améthystes, saphirs, perles incrustés dans l'or ou l'argent pour former des obélisques, des miroirs, des globes, des chandeliers et des écrins. Une caverne d'Ali-Baba, même pour une fille habituée à des cadres magnifiques. Son regard effaré rencontra celui du jeune Cinq-Mars qui lui sourit :

- Le Cardinal possède de nombreux bénéfices, abbayes ou autres, qui lui ont constitué sa fortune. C'est beau, n'est-ce pas ?

- Presque trop !

- Je crois sentir une légère critique dans votre voix ? Je pense, moi, que rien n'est trop beau qui embellisse la vie... ou la personne !

Il était lui-même un parfait modèle d'élégance et si son costume de velours gardait une tournure vaguement militaire, son baudrier brodé d'or et de perles fines devait valoir une fortune. En outre, il répandait à chaque geste une odeur suave.

Dans le premier salon, on trouva Mme de Combalet qui, chez son oncle, faisait office de maîtresse de maison... ou de maîtresse tout court selon les avis. Elle n'en offrait pas moins une image de respectabilité dans ses vêtements étalant un deuil fastueux - son époux était mort après quelques mois de mariage - qui convenait tout à fait à sa beauté.

La vue de Mlle de Hautefort ne parut pas l'emplir d'une joie extravagante, encore qu'elle eût offert à Cinq-Mars un beau sourire.

- Vous n'êtes pas, que je sache, parente de Mlle de L'Isle ? En ce cas, pourquoi l'avoir accompagnée quand je suis là pour la recevoir ?

Il en fallait davantage pour démonter l'Aurore. Relevant son joli nez, elle toisa la dame, nettement plus petite qu'elle.

- C'est justement parce qu'elle n'a aucun parent que la Reine juge bon de la faire accompagner. Elle est trop jeune pour courir les rues sans protection.

- Nous pouvions l'envoyer chercher.

- Mais vous ne l'avez pas fait et c'est tant mieux. À présent...

- A présent, vous voudrez bien attendre dans ce salon en compagnie de M. de Cinq-Mars ! Son Éminence ne veut partager avec personne le plaisir qu'elle se promet... Donnez-moi cette guitare !

Il fallut bien en passer par là mais, à la colère qui flambait dans ses grands yeux, on sentait que la fière jeune fille n'était guère habituée à faire antichambre. Avec humeur, elle se laissa tomber dans un fauteuil tandis que Cinq-Mars, assez vexé lui aussi, s'établissait dans un autre et en indiquait un troisième au page qui avait porté la guitare depuis le Louvre.

Conduite par Mme de Combalet, Sylvie traversa une galerie peuplée de statues d'hommes illustres, la seule femme étant Jeanne d'Arc, avant d'atteindre le cabinet où Richelieu l'attendait, assis au coin du feu, un chat entre les rnains, un autre dormant paisiblement sur le coussin où reposaient les pieds de son maître. Il semblait las et son teint jaune était celui d'un malade, mais il n'en accueillit pas moins sa visiteuse avec une grande gentillesse :

- Sa Majesté est infiniment bonne de vous prêter à moi pour un moment. J'ai grand besoin, ce soir, de bonne musique.

- Votre Éminence est souffrante ? demanda Sylvie en accordant son instrument.

- Un peu de fièvre, peut-être... et aussi les soucis de l'État. Qu'allez-vous me chanter ?

- Ce qu'il plaira à Votre Éminence. Je sais beaucoup de vieilles chansons mais je connais peu les nouvelles.

- Connaissez-vous " Le Roy Renaud " ? C'est une chanson de toile du siècle dernier. Ma mère l'aimait beaucoup...

Sylvie sourit, préluda et se mit à chanter. Elle n'aimait guère l'histoire de ce roi qui s'en revient mourir auprès de sa femme accouchée d'un fils et qui ne veut pas qu'on l'avertisse de son état. Sa mère tente de donner le change sur les bruits qu'entend la jeune femme mais, aux larmes qu'elle ne peut retenir, celle-ci comprend. Alors :

Ma mère, dites au fossoyeux Qu'il fasse la fosse pour nous deux Et que l'espace y soit si grand, Qu'on y renferme aussi l'enfant...

Le Cardinal avait fermé les yeux et, tenant son chat sur son giron, laissait ses longs doigts courir dans la fourrure soyeuse.

- Chantez encore ! ordonna-t-il quand elle eut fini, mais sans ouvrir les yeux. Ce que vous voudrez !

Elle obéit, interpréta une chanson de Marguerite de Navarre, puis " Si le Roy m'avait donné " et enfin " l'Amour de moy " qui était sa préférée. Le Cardinal semblait tellement détendu qu'elle se demanda s'il ne dormait pas, mais quand elle voulut se lever, il releva brusquement les paupières :

- Chantez encore, s'il vous plaît ! Votre voix est fraîche et pure comme une source. Elle me fait un bien infini. À moins que vous ne soyez fatiguée ?

- Non, mais... je voudrais boire un peu d'eau...

- Prenez plutôt un doigt de malvoisie ! Il y en a sur ce meuble là-bas, ajouta-t-il en étendant une main vers un coin de la vaste pièce.

Sylvie se leva, alla se servir, consciente qu'il suivait chacun de ses gestes. Lorsqu'elle eut bu quelques gouttes de vin, Richelieu demanda :

- Aimez-vous quelqu'un ?

La question était si inattendue que la jeune fille faillit laisser échapper le verre de cristal gravé. Elle se reprit vite, posa le verre et, se retournant vers le Cardinal, elle dit en le regardant bien en face :

- Oui.

- Ah !...

Il y eut un silence, meublé seulement par le crépitement des flammes dans la cheminée. Sylvie allait revenir prendre sa place quand il lui demanda de le servir.

- Moi aussi, je boirais bien un peu de vin... N'étant pas votre confesseur, je ne vous demanderai pas qui vous aimez. Cela me contrarie mais ne me regarde pas.

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