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Электронная книга - «La chambre de la Reine». Краткое содержание книги:

Ne cherchez pas, vous ne trouverez pas une héroïne de Juliette Benzoni qui n'ait un destin hors du commun...
Sylvie de Valaine, une adorable petite fille de quatre ans que François de Vendôme, âgé de dix ans, découvre un soir de juin 1626, errant dans la forêt d'Anet, pieds nus, vêtue d'une chemise ensanglantée, ne sera pas l'exception qui confirme la règle. Elle vient d'échapper, par miracle, aux hommes de main de Richelieu qui ont assassiné toute sa famille...
Élevée par les Vendôme, Sylvie devient, à quinze ans, fille d'honneur de la reine qui ne cesse de comploter contre Louis XIII et Richelieu et se trouve entraînée dans de bien dangereuses aventures. Heureusement, François, dont elle est follement éprise mais qui la considère comme une petite fille, est là pour veiller sur elle…
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- Je vous l'expliquerai plus tard. En outre, si le Roi emmène tout son monde, c'est aussi parce qu'il ne veut plus être séparé un seul jour de La Fayette. La Reine ne s'y est pas trompée qui l'a prise dans sa voiture.

- Sa Majesté n'est pas jalouse ?

- Si. Cela fait partie du caractère espagnol. On est jaloux par tradition, là-bas ! Mais elle estime plus judicieux de surveiller la donzelle de près que de lui laisser la bride sur le cou.

Ainsi qu'il était prévu, on s'arrêta ce soir-là près de Mennecy, dans le château construit à la fin du siècle précédent par le secrétaire d'État Neuville de Villeroy, le mauvais état des chemins et la brièveté des jours ne permettant pas d'effectuer d'une seule traite le trajet de Fontainebleau. La halte ne fut pas agréable. Si vaste que fussent château et communs, ils étaient un peu exigus pour un bon millier de personnes. Certes, on ne manqua ni de feu ni de nourriture mais, entassées dans quatre chambres, les filles d'honneur passèrent une nuit peu confortable. Encore dut-on s'estimer heureuses que le Cardinal eût choisi de faire étape dans son château de Fleury.

- Sinon, remarqua Anne d'Autriche avec une ironie acerbe, mes filles eussent sans doute couché dans la paille d'une grange. Quelle idée, mon Dieu, de nous envoyer sur les grands chemins par cet affreux temps d'hiver !

La Reine avait ses nerfs. Ce soir-là, Sylvie fut invitée à chanter pour elle et, ayant reçu permission de choisir à son gré, interpréta sa chanson préférée, une vieille romance apprise de Perceval qui lui aussi l'aimait beaucoup :

L'amour de moy si est enclose L'est dans ce joli jardinet Où croît la rosé et le muguet Et aussi fait la passerose...

La voix de Sylvie était d'une limpidité de cristal. Bientôt, tous furent sous le charme et plus encore la Reine. Quand la chanson fut finie, elle posa sa main sur la tête couleur de châtaigne de l'adolescente :

- Il m'avait bien semblé chez Mme de Vendôme, petit chat, que vous chantiez comme un ange. Je ne la remercierai jamais assez de vous avoir donnée à moi...

C'était le premier instant de chaleur entre les deux femmes. Sylvie en éprouva un vif plaisir qui se traduisit par un sourire :

- Votre Majesté veut-elle entendre autre chose ?

- Vous chantez aussi en espagnol m'a-t-on dit?

- Oui, Madame. Je puis chanter la " Chanson de la Vierge " du seigneur Lope de Vega, ou encore...

- Non, dit la Reine. Pas de chanson de mon pays aujourd'hui. Le Roi est notre trop proche voisin et cela pourrait lui déplaire. Répétez plutôt cette si jolie romance...

- Ne croyez-vous pas, Madame, proposa Marie de Hautefort, qu'il serait agréable au Roi de l'entendre ? Il aime la musique et plus encore les jolies voix.

Le regard de la jeune fille alla chercher Louise de La Fayette qui regardait distraitement par une fenêtre. Elle était jusqu'à présent la meilleure musicienne parmi toutes les filles d'honneur et Louis XIII aimait à l'écouter.

- Il ne veut entendre qu'une seule voix, murmura la Reine, reprise par ses préoccupations. Nous serions mal venues. Plus tard, peut-être...

Sylvie répéta sa chanson, chanta encore le " Lai du Rossignol ", puis ce fut tout pour ce soir-là. La Reine se retira dans sa chambre, procéda à son coucher, puis chacune regagna le lit plus ou moins de fortune qui l'attendait. Cependant, avant qu'elle quitte la chambre, Stéfanille retint Sylvie. C'était un geste tout à fait exceptionnel. La vieille femme de chambre castillane considérait le troupeau des filles d'honneur comme autant de suppôts de Satan et leur opposait en général une mine farouche qui n'adoucissaient pas ses sévères vêtements noirs. Cette fois, ses lèvres minces esquissèrent ce qui pouvait passer pour un sourire avec quelque imagination.

- Vous avez fait du bien à la Reine, chuchota-t-elle. C'est une bonne chose mais cela ne suffit pas. Je veux savoir si vous l'aimez.

- Qui donc ?

- La Reine. Elle a grand besoin qu'on l'aime.

- Lorsque je suis arrivée, l'autre jour, au Louvre, j'ai juré d'être fidèle et dévouée. Je ne sais pas encore si je l'aime mais je crois que cela viendra.

- Vous êtes franche. En ce cas, nous nous entendrons...

Et Stéfanille retourna vers le lit de sa maîtresse dont elle venait de fermer les rideaux et se pencha à l'intérieur pour dire quelque chose que Sylvie n'entendit pas.

Le lendemain soir, en arrivant à Fontainebleau, on trouva le palais prêt à recevoir ses habitants. Les fourriers du Roi avaient fait du bon travail. Il y avait du feu dans les cheminées, chaque chose était à sa place. Chacun s'installa avec satisfaction, Sylvie comme les autres. L'immense demeure construite par François Ier dans un magnifique environnement de forêts et d'étangs la séduisit d'emblée. Elle se demanda même pourquoi les rois de France s'obstinaient à passer la mauvaise saison dans le vieux Louvre sombre et grincheux, alors que même l'hiver était plus agréable ici que là-bas. Les arbres givrés, les grands tapis de neige fine qui épousaient si bien les dessins des jardins, tout cela l'attirait : elle comptait bien y retrouver le plaisir goûté naguère dans les jardins d'Anet et de Chenonceau. Aussi, dès le lendemain, profitant de ce qu'elle n'était pas de service, Sylvie prit une mante épaisse doublée de vair, chaussa des bottines, mit des gants et s'en alla visiter les environs sans prévenir personne par crainte que l'on voulût l'accompagner. Or, elle avait très envie d'être seule, jugeant qu'on ne découvre vraiment les choses que tête à tête avec soi-même. Du moins le pensait-elle, ignorant encore que ce pouvait être tellement plus agréable à deux.

Elle quitta la cour Ovale par la porte Dorée, saluée par les sentinelles, suivit la terrasse dominant le Parterre, longea la salle de bal, l'abside de la chapelle Saint-Saturnin et le pavillon du Tibre. De là, elle pouvait choisir entre le Parterre et le parc. Elle choisit celui-ci. Le ciel était ravissant, d'un bleu très pâle traversé de petits nuages dodus comme des chérubins.

Arrivée à une patte d'oie aux approches du pavillon Sully, la promeneuse hésita. Irait-elle vers le Canal qui étirait sur toute la longueur du parc son long ruban bleuté, ou vers la partie boisée ? Elle choisit ce chemin-là, attirée par des bosquets de houx dont elle aimait les feuilles brillantes et les jolies boules rouges, regrettant de ne pas s'être munie d'un couteau pour en rapporter quelques branches dans sa chambre. Ayant toujours beaucoup de mal à renoncer quand elle désirait quelque chose, elle s'approchait davantage, pensant qu'elle arriverait peut-être à en casser quelques-unes, quand elle s'arrêta net : il y avait quelqu'un dans le bosquet. Deux voix : un homme et une femme.

Les deux voix qui parlaient avec animation étaient celles du Roi et de Mlle de La Fayette. Pour le moment, c'était lui qu'elle entendait et jamais elle n'aurait cru cet homme si froid, si réservé, capable de s'exprimer avec une telle passion :

- Ne m'abandonnez pas, Louise ! suppliait-il. Je suis un homme seul, en butte à toutes les conspirations, toutes les haines, tous les dédains même. Je n'ai que vous, vous seule, et si vous partez, il ne me restera plus rien en ce triste monde.

- Sire, Sire ! Ne vous méprenez pas. Vous savez tout de mon cour et qu'il est tout à vous, mais je vous fais plus de mal que de bien. Croyez-vous que je ne voie pas les sourires sur mon passage, que je n'entende pas les chuchotements, les ricanements ? Chacun guette le moment où je ne pourrai plus résister à vous ni à moi. Le Cardinal veut mon départ. La Reine - et c'est naturel - me déteste parce que, à cause de moi, vous la négligez.

- La négliger ! Comme si j'ignorais que je n'en ai à espérer que faux-semblant et trahison. Voici tantôt vingt-deux ans que nous sommes mariés et pouvez-vous me dire ce que la reine de France a apporté à mon royaume ? Des enfants ? Point ! Un secours, une assistance, une compréhension de ma difficile tâche ? Moins encore. La Reine est espagnole et mourra espagnole. Ah si ! j'oubliais, son cour, voilà douze ans, battait pour un Anglais à demi fou dont la passion nous a valu une guerre. Il semble que la Reine soit incapable d'aimer un Français. Et le Roi moins que tout autre...

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