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Электронная книга - «La chambre de la Reine». Краткое содержание книги:

Ne cherchez pas, vous ne trouverez pas une héroïne de Juliette Benzoni qui n'ait un destin hors du commun...
Sylvie de Valaine, une adorable petite fille de quatre ans que François de Vendôme, âgé de dix ans, découvre un soir de juin 1626, errant dans la forêt d'Anet, pieds nus, vêtue d'une chemise ensanglantée, ne sera pas l'exception qui confirme la règle. Elle vient d'échapper, par miracle, aux hommes de main de Richelieu qui ont assassiné toute sa famille...
Élevée par les Vendôme, Sylvie devient, à quinze ans, fille d'honneur de la reine qui ne cesse de comploter contre Louis XIII et Richelieu et se trouve entraînée dans de bien dangereuses aventures. Heureusement, François, dont elle est follement éprise mais qui la considère comme une petite fille, est là pour veiller sur elle…
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Il ne restait plus qu'à rentrer chacun chez soi et, tandis que Monsieur embarquait dans sa galiote pour descendre à Blois par la Loire, la Cour se sépara : le Roi voulait rentrer aussi vite que possible dans son petit château de Versailles, cependant que la Reine décidait de s'arrêter à Chartres pour y faire ses dévotions à Notre-Dame et la prier de lui donner le Dauphin qui ne venait pas. Mlle de La Fayette, souffrante, avait obtenu la permission de regagner Paris dès le départ de Fontainebleau. Elle souhaitait en outre faire une brève retraite dans un couvent. Permission qui lui fut accordée d'autant plus facilement que ses yeux continuellement rougis par les larmes et les nuits sans sommeil agaçaient la souveraine.

Pour sa part, Sylvie était ravie de rentrer à Paris où les chances de rencontrer François étaient plus nombreuses que sur les grands chemins. Une surprise l'y attendait sous la forme d'une lettre de son parrain lui demandant de passer le voir dès que son service le permettrait.

Depuis six mois, en effet, Perceval de Raguenel n'était plus qu'écuyer honoraire de la duchesse de Vendôme et s'était installé à Paris dans l'élégant quartier du Marais. L'héritage inattendu d'un cousin à peine plus âgé que lui, célibataire et sans autre famille, lui avait apporté une large aisance. Le cousin, qui n'aimait au monde que la mer et courait l'océan sous des lettres de marque, en avait rapporté une assez jolie fortune et un mauvais coup de sabre. Il avait réussi à revenir dans sa maison de Saint-Malo pour y mourir, en léguant son navire, son équipage et le reste de ses biens à Perceval avec qui il s'était battu plus d'une fois dans leur enfance, qu'il n'avait pas beaucoup revu depuis, mais qu'il estimait être " le seul homme convenable qu'il eût rencontré sur cette foutue planète ".

Pour Raguenel, qui ne possédait au monde que sa solde d'écuyer et un manoir à demi ruiné aux environs de Dinan, c'était une manne inespérée. Elle lui avait apporté une nouvelle liberté. Riche désormais, intelligent cultivé, noble et plutôt bien de sa personne, il aurait pu se marier cinq ou six fois mais il était demeuré fidèle à son amour de jeunesse dont il reportait une grande partie sur Sylvie qu'il considérait à présent comme sa fille : il entendait vivre pour elle car elle était son ouvre plus encore que celle des malheureux Chiara et Jean de Valaines dont, pour protéger leur enfant, il avait fallu laisser le nom s'enfoncer dans les ténèbres de l'oubli. Il lui avait tout appris, prenant un plaisir toujours plus vif à façonner cette petite fille pas bien jolie mais qui, en grandissant, devenait charmante. Elle était intelligente, espiègle et tendre mais facilement emportée, et là il n'avait rien pu contre le côté irascible de son caractère. Soupe au lait elle était et resterait sans doute toute sa vie. Et ce n'était pas sans une certaine inquiétude qu'il avait appris qu'elle allait devenir fille d'honneur de la Reine.

- Elle n'a pas quinze ans, tenta-t-il d'expliquer aux Vendôme. Elle est trop jeune pour vivre à la Cour.

- Sottises ! répliqua le duc César - la scène se déroulait à Chenonceau où l'on avait passé les fêtes de Noël. Il y a des filles que l'on marie à cet âge. Mme de Guéménée n'avait que douze ans, en 1604, lorsqu'elle a épousé son cousin. Quant à Charlotte de Montmorency, aujourd'hui princesse de Condé, elle en avait à peine quatorze quand mon père la vit danser dans un ballet au Louvre et en devint amoureux fou. Cette petite est mignonne et grâce à vous elle possède tout ce qu'il faut pour faire son chemin à la Cour. Je suis certain qu'elle n'aura aucune peine à y trouver un époux...

- N'y a-t-il donc pas assez de gentilshommes autour de vous, monseigneur, pour lui en faire un mari sans l'éloigner à ce point d'une maison et d'une famille où elle a toutes ses affections ?

- À cet âge, le cour n'est pas fixé. Celui de Mlle de L'Isle a tout le temps de se découvrir de multiples sujets d'intérêt. En outre, si comme vous le dites elle tient à nous, il ne sera pas mauvais d'avoir par son truchement des yeux et des oreilles dans l'entourage de la Reine.

Perceval était trop fin pour insister. César, il le savait, n'aimait pas Sylvie à laquelle il reprochait non seulement une trop grande liberté de langage, mais, surtout, l'amour évident qu'elle portait à son fils François. Un fils de France, même bâtard, pouvait prétendre à une tout autre alliance qu'une fille de petite noblesse. Lui-même n'avait-il pas obtenu la main d'une princesse de Lorraine possédant l'une des plus grosses dots qui se pussent trouver ? En outre, les incessantes charités de sa femme étendues à toutes les classes de la société, même et surtout aux filles de joie, l'agaçaient. Il trouvait qu'elle en faisait trop, qu'elle aurait dû le ménager davantage puisqu'elle gardait, elle, l'inappréciable chance de pouvoir vivre à Paris et paraître à la Cour avec ses fils alors que lui-même était contraint à la campagne toute l'année, même si ses " campagnes " figuraient parmi les plus beaux châteaux de France. Il en avait compté chaque pierre, chaque ornement, et pour passer le temps chassait, buvait, jouait, culbutait quelque jouvenceau local en soupirant après tous ces jolis muguets de cour, poncés, adonisés, parfumés autant et plus que femmes, dont ses fils pouvaient faire leur société. Ce qui d'ailleurs n'était pas le cas, Mercour comme Beaufort n'ayant nullement hérité les goûts grecs de leur père et trouvant les femmes infiniment plus intéressantes. Enfin, la duchesse avait consenti à le débarrasser d'une de ces maudites femelles, celle peut-être qu'il craignait le plus parce qu'elle ne savait pas dissimuler et ne se donnait même pas la peine de cacher la méfiance qu'il lui inspirait !

Tout cela, Perceval le savait et c'était l'une des raisons pour lesquelles il avait choisi de s'éloigner dès que la fortune lui avait souri. La haine que César éprouvait pour Richelieu lui tenait compagnie autant que ses mignons, mais ne lui suffisait certainement pas. Il entretenait d'excellentes relations de bon voisinage avec Monsieur, sans compter une correspondance discrète avec les ennemis acharnés du Cardinal : le comte de Soissons, réfugié à Sedan chez le redoutable duc de Bouillon, et Mme de Chevreuse, exilée comme lui en Touraine mais qui n'en demeurait pas moins fort active. Et Perceval craignait que les menées tortueuses du père ne causent dommages et douleurs à ceux de sa maison. César s'illusionnait s'il croyait que le tout-puissant ministre hésiterait un seul instant à faire tomber sa tête si elle devenait trop gênante, le Roi qui détestait son frère bâtard signerait l'arrêt de mort avec enthousiasme. Au moins, en cas de drame, Sylvie trouverait-elle un abri tout naturel chez celui qu'avec la permission de la duchesse Françoise, elle appelait maintenant parrain. Et c'était en pensant à elle qu'il s'était plu à arranger avec goût le petit hôtel dont il avait fait l'achat rue des Tournelles, aux abords immédiats de la place Royale, centre magique de l'élégance parisienne.

II y vivait au milieu des livres, servi par son fidèle Corentin qui attendait patiemment que Jeannette consente à " couronner sa flamme " et une vigoureuse commère de quarante ans, Nicole Hardouin, qui possédait toutes les qualités d'une grande ménagère et tenait sa maison d'une poigne de fer. Tout comme elle tenait son éternel amoureux, un exempt du Châtelet décoré du nom champêtre de Desormeaux.

C'était donc vers cette maison que Sylvie se hâtait, en compagnie de Jeannette, dans une des chaises de louage que l'on trouvait aux alentours du Louvre et qui " étaient un retranchement merveilleux contres les insultes de la boue ". Cette escapade l'enchantait. La jeune fille n'était allée que deux fois chez Perceval, mais elle gardait de sa maison un souvenir chaleureux. Peut-être parce que, habituée depuis l'enfance aux vastes demeures des Vendôme - l'immense hôtel de Paris, Anet, Vendôme, Chenonceau ou La Ferté-Alais - elle trouvait là une maison aux dimensions humaines : un petit hôtel entre cour et jardin offrant sur la rue un portail et sur la cour une sorte de pavillon bâti sous Henri IV avec, au rez-de-chaussée, de part et d'autre de l'escalier central en bois joliment sculpté, une assez grande salle, une chambre et une garde-robe. Au premier, il y avait le cabinet de Raguenel, bourré de livres, et deux chambres dont l'une était occupée par Nicole. Corentin s'était établi au-dessus de l'écurie, dans l'une des ailes sur cour, l'autre étant réservée à la cuisine et à ses dépendances. Sur le derrière de la maison, un petit jardin déployait son modeste parterre autour d'une jolie fontaine et, pour les jours chauds, recevait l'ombre d'un grand tilleul qui embaumerait quand juin reviendrait et qui, en attendant, faisait la joie d'Achille, le chat de dame Hardouin.

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