Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
Il se leva et contempla l’est, s’abritant les yeux, comme s’il discernait au loin des choses qu’aucun d’eux ne pouvait voir. Puis il secoua la tête. « Non, dit-il d’une voix douce, il est désormais hors de notre portée. Réjouissons-nous au moins de cela. Nous ne pouvons plus être tentés d’employer l’Anneau. Il nous faut descendre à la rencontre d’un péril qui nous porte au désespoir ; mais le péril mortel est écarté. »
Il se retourna. « Allons, Aragorn fils d’Arathorn ! dit-il. Il ne faut pas regretter la décision prise dans la vallée des Emyn Muil, ni en parler comme d’une vaine poursuite. Vous avez choisi, dans le doute, le chemin qui vous paraissait le bon : le choix était juste, et il fut récompensé. Car ainsi, nous nous sommes retrouvés à temps, nous qui autrement aurions pu le faire trop tard. Mais la quête de vos compagnons est terminée. Le voyage qui vous attend maintenant tient à votre parole donnée. Vous devez vous rendre à Edoras et aller trouver Théoden dans sa grand-salle. Car on a besoin de vous. La lumière d’Andúril doit à présent être dévoilée dans la bataille si longtemps attendue par elle. La guerre sévit au Rohan, mais il y a pire : les choses vont mal pour Théoden. »
« N’allons-nous donc jamais revoir les jeunes et joyeux hobbits ? » dit Legolas.
« Je n’ai pas dit cela, répondit Gandalf. Qui sait ? Soyez patients. Allez là où vous le devez, et espérez ! À Edoras ! J’y vais aussi. »
« C’est une longue route à marcher pour un homme, jeune ou vieux, dit Aragorn. Je crains que la bataille ne soit terminée bien avant que j’y parvienne. »
« Nous verrons, dit Gandalf, nous verrons. Êtes-vous disposé à m’accompagner à l’instant ? »
« Oui, nous partirons ensemble, dit Aragorn. Mais je ne doute pas que vous y soyez avant moi, si tel est votre désir. » Il se leva et considéra longuement Gandalf. Les autres les regardèrent en silence tandis qu’ils se tenaient l’un face à l’autre. La forme grise de l’Homme, Aragorn fils d’Arathorn, était haute, et sévère comme la pierre, sa main sur la poignée de son épée ; on eût dit qu’un roi sorti des brumes marines avait posé le pied sur les rivages d’hommes de moindre stature. Devant lui s’arquait la vieille silhouette, blanche, brillant à présent comme d’une clarté intérieure, courbée, chargée d’années, mais investie d’un pouvoir au-delà de la puissance des rois.
« Ne dis-je pas vrai, Gandalf, reprit enfin Aragorn, en affirmant que vous pourriez aller où qu’il vous plaise d’aller plus rapidement que moi ? Et je dis ceci également : vous êtes notre capitaine et notre étendard. Le Seigneur Sombre en a Neuf. Mais nous en avons Un, plus puissant qu’eux : le Cavalier Blanc. Il est passé par le feu et l’abîme, et ils le craindront. Nous irons où il nous conduira. »
« Oui, ensemble, nous vous suivrons, dit Legolas. Mais d’abord, Gandalf, je serais soulagé d’apprendre ce qui vous est arrivé en Moria. Ne voulez-vous pas nous le dire ? Ne pouvez-vous attendre, même pour raconter à vos amis comment vous avez été délivré ? »
« J’ai déjà attendu trop longtemps, répondit Gandalf. Le temps presse. Mais même si nous avions une année, je ne vous raconterais pas tout. »
« Dites-nous alors ce que vous voulez, avec le temps que nous avons ! dit Gimli. Allons, Gandalf, dites-nous comment cela s’est passé avec le Balrog ! »
« Ne le nommez point ! » dit Gandalf, et pendant un moment, on eût dit qu’un nuage de douleur passait sur son visage, et il resta assis en silence, l’air aussi vieux que la mort. « Longtemps je tombai », dit-il enfin, lentement, comme s’il se le remémorait avec difficulté. « Longuement je tombai, et lui tomba avec moi. Son feu m’entourait. J’en fus brûlé. Alors nous plongeâmes dans une eau profonde, et tout devint noir. Froide était-elle, comme le flot de la mort : elle m’a presque glacé le cœur. »
« L’abîme qu’enjambe le Pont de Durin est profond, et nul ne l’a mesuré », dit Gimli.
« Il a pourtant un fond, au-delà de toute lumière et de toute connaissance, dit Gandalf. J’y parvins enfin, aux ultimes fondations de pierre. Lui demeurait avec moi. Son feu s’était éteint, mais il était devenu une chose de limon, plus forte qu’un serpent étrangleur.
« Nous combattîmes loin sous la terre des vivants, où le temps n’est point compté. Toujours il m’étreignait, et toujours je le tailladais, jusqu’à ce qu’il se sauvât enfin, par de sombres galeries. Elles n’étaient pas l’œuvre des gens de Durin, Gimli fils de Glóin. Loin, loin sous les plus profondes excavations des Nains, le monde est rongé par des choses sans nom. Sauron lui-même ne les connaît pas. Elles sont plus anciennes que lui. Or donc, je marchai en ces lieux, mais je n’en dirai rien qui puisse obscurcir la lumière du jour. Dans cette sombre désespérance, mon seul salut était mon ennemi, et je le poursuivis, accroché à ses talons. Ainsi, il finit par me ramener sur les chemins secrets de Khazad-dûm : tous, il ne les connaissait que trop bien. Toujours nous montions à présent, jusqu’à atteindre l’Escalier Sans Fin. »
« Il y a longtemps que celui-ci est perdu, dit Gimli. Beaucoup ont affirmé qu’il n’a jamais été construit, hormis dans les légendes ; mais d’autres assurent qu’il a été détruit. »
« Il a été construit, et il n’avait pas été détruit, dit Gandalf. Du plus inférieur des cachots à la plus haute des cimes, il s’élevait en une spirale ininterrompue de plusieurs milliers de marches pour déboucher enfin dans la Tour de Durin taillée à même le roc du Zirakzigil, pinacle du haut du Pic d’Argent.
Là sur le Celebdil, une fenêtre s’ouvrait, solitaire, sur la neige, et au-delà se trouvait un espace étroit, une aire vertigineuse dominant les brumes du monde. Le soleil y brillait avec force, mais en dessous, tout était enveloppé de nuages. Il bondit au-dehors, et tout juste comme je le rejoignais, il s’embrasa de flammes nouvelles. Personne n’en fut témoin ; sans quoi l’on chanterait peut-être encore, dans les âges à venir, la Bataille de la Cime. » Gandalf eut un rire soudain. « Mais qu’en diraient les chants ? Ceux qui de loin levèrent la tête eurent l’impression que la montagne était couronnée d’orage. Le tonnerre retentit à leurs oreilles, et la foudre, dirent-ils, s’abattit sur le Celebdil et s’y rompit, rejaillissant en langues de feu. N’est-ce pas assez ? Une grande fumée s’éleva autour de nous, tels vapeur et brouillard. Il plut de la glace. Je terrassai mon ennemi, qui tomba de ce haut lieu ; et le flanc de la montagne se brisa où il la heurta dans sa chute. Puis les ténèbres me prirent, et je passai hors de la conscience et du temps, et j’errai au loin sur des routes que je ne dirai pas.
« Je fus renvoyé, nu – pour une brève période, jusqu’à ce que ma tâche soit accomplie. Et nu je me trouvai, gisant au sommet de la montagne. La tour, derrière moi, était réduite en poussière, la fenêtre avait disparu ; l’escalier en ruine était obstrué par des éclats de pierre calcinée. J’étais seul, oublié, sans possibilité d’évasion sur la corne rocheuse du monde. Je demeurai là, regard pointé vers le haut, tandis que les étoiles tournoyaient ; et chaque jour était aussi long qu’un âge de la vie terrestre. Le murmure recueilli de toutes les terres montait faiblement à mes oreilles : la mort et l’éclosion, le chant et les pleurs, et la lente et interminable plainte de la pierre accablée. Et c’est ainsi qu’encore une fois, Gwaihir le Seigneur du Vent me trouva enfin, et il me saisit et m’emporta.