Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
« “Je suis voué à être ton fardeau, mon providentiel ami”, dis-je.
« “Un fardeau, vous l’avez été, répondit-il, mais pas aujourd’hui. Entre mes serres, vous êtes léger comme une plume de cygne. Le Soleil brille à travers vous. À la vérité, je ne crois pas que vous ayez encore besoin de moi : si je vous laissais choir, vous flotteriez sur le vent.”
« “Ne me laisse pas tomber !” m’écriai-je en un souffle, car je me sentais revenir à la vie. “Amène-moi en Lothlórien !”
« “C’est là, en effet, l’ordre de la dame Galadriel qui m’a envoyé à votre recherche”, répondit-il.
« C’est ainsi que j’arrivai à Caras Galadhon, vous trouvant tout récemment partis. Je demeurai un moment dans ce pays où le temps est sans âge et où les jours apportent la guérison et non le dépérissement. J’y trouvai la guérison, et je fus revêtu de blanc. Des conseils je donnai et d’autres je reçus. De là je vins par d’étranges chemins, et j’apporte des messages à certains d’entre vous. À Aragorn, on m’a prié de dire ceci :
Où sont les Dúnedain, Elessar, Elessar ?
Pourquoi tous tes parents vont-ils de toutes parts ?
Bientôt viendra le temps des Égarés du Nord
Et la Compagnie Grise accourra en renfort.
Mais sombre est le chemin que le sort t’a ouvert :
Les Morts gardent la voie qui conduit à la Mer.
« À Legolas, elle envoie ces paroles :
Legolas Vertefeuille à l’ombre du bois vert
La joie tu as connu. Méfie-toi de la Mer !
Si tu entends le cri de la mouette sur l’eau,
Ton cœur dans la forêt n’aura plus de repos. »
Gandalf se tut et ferma les yeux.
« Elle ne m’envoie donc aucun message ? » dit Gimli, baissant la tête.
« Sombres sont ses paroles, dit Legolas, et elles ne signifient pas grand-chose pour ceux qui les reçoivent. »
« Ce n’est pas une consolation », répondit Gimli.
« Alors quoi ? dit Legolas. Voudrais-tu qu’elle te parle ouvertement de ta mort ? »
« Certes, si elle n’avait rien d’autre à me dire. »
« Comment ? dit Gandalf, rouvrant les yeux. Oui, je crois pouvoir deviner ce que signifient ses paroles. Pardon, Gimli ! J’étais encore à méditer ces messages. Mais elle vous a bien adressé des mots, et ils ne sont ni sombres ni tristes.
« “À Gimli fils de Glóin, transmettez les salutations de sa Dame. Porteur de Boucle, où que tu ailles, ma pensée t’accompagne. Mais assure-toi de porter ta hache au bon arbre !” »
« C’est une joyeuse heure qui vous ramène à nous, Gandalf, s’exclama le Nain, gambadant de joie et chantant d’une voix forte dans l’étrange langue des Nains. Allons, allons ! cria-t-il, brandissant sa hache. Puisque la tête de Gandalf est maintenant sacrée, allons en trouver une qui mérite d’être fendue ! »
« Vous n’aurez pas à chercher bien loin, dit Gandalf, se levant de son siège. Venez ! Nous avons écoulé tout le temps qu’il est permis de consacrer à des retrouvailles d’amis. Il faut maintenant nous hâter. »
Il s’enveloppa à nouveau de sa vieille cape défraîchie et se porta en tête. Le suivant, ils descendirent rapidement de la haute corniche et revinrent sur leurs pas à travers la forêt, le long de l’Entévière. Ils ne prononcèrent plus une seule parole avant d’avoir remis les pieds dans l’herbe, à l’orée de Fangorn. Aucun signe de leurs chevaux n’était visible.
« Ils ne sont pas revenus, dit Legolas. La marche sera fatigante ! »
« Je ne marcherai pas. Le temps manque », dit Gandalf. Puis, levant la tête, il émit un long sifflement. La note était si claire, si perçante, que les autres furent stupéfaits d’entendre un tel son sortir de ces vieilles lèvres barbues. Il siffla par trois fois ; puis il leur sembla entendre, faible et lointain, le hennissement d’un cheval sur les plaines, porté par le vent d’est. Ils attendirent, songeurs. Le son de sabots leur parvint bientôt, à peine un frémissement du sol que seul Aragorn, allongé dans l’herbe, pouvait percevoir, puis se faisant toujours plus fort et plus clair pour devenir un rapide battement.
« Il vient plus d’un cheval », dit Aragorn.
« Assurément, dit Gandalf. Nous sommes un trop grand fardeau pour un seul. »
« Ils sont trois, dit Legolas, portant le regard à travers la plaine. Voyez comme ils courent ! C’est là Hasufel, et voilà mon ami Arod à ses côtés ! Mais un autre galope en avant : un très grand cheval. Je n’en ai jamais vu de pareil. »
« Et vous n’en reverrez jamais, dit Gandalf. Voici venir Scadufax. C’est le plus grand des Mearas, les seigneurs des chevaux, et même Théoden, Roi du Rohan, n’en a vu de meilleur. Ne brille-t-il pas comme l’argent, et sa course n’est-elle pas aussi fluide qu’un vif cours d’eau ? Il est venu me trouver : c’est le coursier du Cavalier Blanc. Nous montons ensemble au combat. »
Et tandis que le magicien parlait, le grand cheval accourut vers eux le long de la pente : sa robe luisait, et sa crinière flottait au vent de sa course. Les deux autres le suivaient, à présent fort distancés. Scadufax, aussitôt qu’il vit Gandalf, ralentit le pas et hennit avec force ; puis il trotta doucement vers lui et, abaissant sa fière tête, il vint fourrer ses grands naseaux dans le cou du vieillard.
Gandalf le caressa. « C’est une longue route depuis Fendeval, mon ami, dit-il ; mais tu es sage et vif, et tu accours quand le besoin se fait pressant. Puissions-nous maintenant aller loin ensemble, et n’être plus jamais séparés en ce monde ! »
Bientôt, les autres chevaux arrivèrent et se tinrent tranquillement auprès d’eux, comme en attente de consignes. « Nous allons sur-le-champ à Meduseld, la demeure de votre maître, Théoden », dit Gandalf, s’adressant à eux d’un ton grave. Ils inclinèrent le chef. « Le temps presse ; ainsi nous chevaucherons, mes amis, avec votre permission. Nous vous prions d’aller avec toute la hâte dont vous êtes capables. Hasufel portera Aragorn, et Arod, Legolas. Je ferai asseoir Gimli devant moi, et, avec son consentement, Scadufax nous portera tous deux. Nous ne tarderons plus, sinon pour boire un peu. »
« Maintenant, je comprends une partie de l’énigme de la nuit dernière, dit Legolas, bondissant sur le dos d’Arod avec légèreté. Que ce soit ou non la peur qui les ait fait fuir, nos chevaux ont ensuite rencontré Scadufax, leur chef, et l’ont accueilli avec joie. Saviez-vous qu’il était dans les parages, Gandalf ? »
« Oui, je le savais, répondit le magicien. J’ai braqué ma pensée sur lui et je lui ai enjoint de faire vite ; car hier, il vaquait loin dans le sud de ce pays. Puisse-t-il m’y ramener rapidement ! »
Gandalf parla alors à Scadufax, et le cheval partit d’un bon pas, sans toutefois dépasser la mesure des autres. Peu de temps après, il vira tout à coup et, choisissant un endroit où les berges s’abaissaient, il franchit la rivière à gué ; puis il les mena plein sud dans une vaste plaine sans arbres. Le vent parcourait les milles et les milles d’herbe longue en une succession de vagues grises. Il n’y avait pas trace de route ou de piste, mais Scadufax ne montrait aucune hésitation.
« Il se dirige tout droit vers la demeure de Théoden, sous les contreforts des Montagnes Blanches, dit Gandalf. Ce sera plus rapide ainsi. Le sol est plus ferme dans l’Estemnet, où se trouve la piste principale menant au nord, de l’autre côté de la rivière, mais Scadufax connaît le chemin par tous les marais et les creux. »
Ils chevauchèrent bien des heures encore à travers prés et marécages. Souvent, l’herbe était si haute qu’elle dépassait les genoux des cavaliers, et leurs coursiers semblaient nager dans une mer gris-vert. Ils rencontrèrent de nombreux étangs cachés, et de vastes étendues de laîche dont les tiges ondoyaient au-dessus de bourbiers humides et traîtres ; mais Scadufax y trouvait son chemin, et les autres chevaux suivaient dans son sillage. Lentement, le soleil descendit le ciel jusque dans l’Ouest. Regardant au loin à travers l’immense plaine, les cavaliers le virent étinceler un moment comme une flamme rouge s’enfonçant dans l’herbe. Très bas à l’horizon, des épaulements de montagnes rougeoyaient de part et d’autre. On eût dit qu’une fumée s’élevait et assombrissait le disque du soleil, qui paraissait teinté de sang, comme si l’herbe s’était embrasée alors qu’il plongeait sous la lisière du monde.