Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
« Que désirez-vous savoir ? demanda Aragorn. Il serait long de raconter tout ce qui s’est passé depuis que nous nous sommes séparés sur le pont. Ne serait-il pas mieux de nous donner des nouvelles des hobbits, pour commencer ? Les avez-vous trouvés, et sont-ils en sécurité ? »
« Non, je ne les ai pas trouvés, dit Gandalf. Les vallées des Emyn Muil étaient voilées d’obscurité, et je n’ai pas eu vent de leur captivité avant que l’aigle m’en informe. »
« L’aigle ! dit Legolas. J’ai vu un aigle haut dans le lointain : la dernière fois, c’était il y a quatre jours, au-dessus des Emyn Muil. »
« Oui, dit Gandalf, c’était Gwaihir le Seigneur du Vent, lui qui m’avait délivré du pinacle d’Orthanc. Je l’ai envoyé en éclaireur pour surveiller le Fleuve et recueillir des nouvelles. Sa vue est perçante, mais il ne peut voir tout ce qui se passe sous l’arbre ou la colline. Il a vu certaines choses, et il y en a d’autres que j’ai moi-même observées. L’Anneau est désormais au-delà de toute aide que je suis capable d’offrir, moi ou tout autre membre de la Compagnie partie de Fendeval. Il a bien failli être révélé à l’Ennemi, mais il s’est échappé. J’y ai été pour quelque chose, car je me suis assis sur une haute éminence et j’ai lutté contre la Tour Sombre ; et l’Ombre est passée. Alors, j’ai ressenti une grande lassitude, très grande ; et j’ai longuement marché, remuant de noires pensées. »
« Vous savez donc ce que Frodo devient ! dit Gimli. Comment les choses se passent-elles pour lui ? »
« Je l’ignore. Il a été sauvé d’un grave péril, mais de nombreux autres l’attendent. Il a résolu de partir seul au Mordor, et il est en route : c’est tout ce que je puis dire. »
« Pas seul, dit Legolas. Nous croyons que Sam est parti avec lui. »
« Ah ? fit Gandalf, l’œil étincelant et la figure éclairée d’un sourire. Ah oui, vraiment ? Vous me l’apprenez, mais je ne suis pas surpris. Bien ! Très bien ! Vous m’ôtez un grand poids. Il faut m’en dire plus. Asseyez-vous donc auprès de moi, et faites-moi votre récit de voyage. »
Les compagnons s’assirent sur le sol à ses pieds, et Aragorn commença le récit. Pendant un long moment, Gandalf ne dit rien, et il ne posa aucune question. Ses mains étaient posées sur ses genoux, et ses paupières étaient closes. Enfin, quand Aragorn parla de la mort de Boromir et de son dernier voyage sur le Grand Fleuve, le vieillard soupira.
« Vous ne m’avez pas dit tout ce que vous savez ou pensez, Aragorn, mon ami, dit-il doucement. Pauvre Boromir ! Je n’arrivais pas à voir ce qui lui était arrivé. C’était une dure épreuve pour un homme comme lui, un guerrier et un meneur d’hommes. Galadriel m’a dit qu’il était en danger. Mais il s’en est sauvé à la fin. Je suis content. Les jeunes hobbits ne seront pas venus en vain, ne serait-ce que pour Boromir. Mais ce n’est pas le seul rôle qu’ils ont à jouer. Ils ont été conduits à Fangorn, et leur venue a eu l’effet des petites pierres qui s’éboulent dans les montagnes, et déclenchent l’avalanche. Tandis même que nous parlons ici, j’entends les premiers grondements. Saruman ferait mieux de ne pas être pris en dehors de chez lui quand le barrage éclatera ! »
« Il y a une chose en quoi vous n’avez pas changé, cher ami, dit Aragorn : vous parlez toujours par énigmes. »
« Hein ? Par énigmes ? dit Gandalf. Non ! Car je me parlais à moi-même. Les aînés ont cette habitude : ils s’adressent toujours à la plus sage des personnes présentes ; les longues explications demandées par les jeunes sont fatigantes. » Il rit, mais à présent, son rire semblait aussi chaleureux qu’un rayon de soleil.
« Je ne suis plus jeune, même si l’on me compare aux Hommes des Maisons Anciennes, dit Aragorn. Vous ne voulez pas vous ouvrir à moi un peu plus clairement ? »
« Que dire alors ? répondit Gandalf, et il se tut un instant pour réfléchir. Voici, en bref, comment je vois les choses actuellement, pour vous dire un peu ce que je pense aussi concrètement que possible. L’Ennemi, bien sûr, sait depuis longtemps que l’Anneau est parti et qu’il est porté par un hobbit. Il sait maintenant combien nous étions quand notre Compagnie a quitté Fendeval, et quelle était l’appartenance de chacun de nous. Mais il ne perçoit pas encore clairement notre intention. Il suppose que nous allons tous à Minas Tirith ; car c’est ce qu’il aurait fait lui-même, à notre place. Et, selon sa sagesse propre, c’eût été un dur coup porté à son pouvoir. En fait, il a très peur, car il ne sait quel personnage tout-puissant pourrait surgir tout à coup, l’Anneau au doigt, pour lui faire la guerre, le faire tomber et prendre sa place. Que nous voulions le renverser sans mettre personne à sa place est une idée qui ne lui viendrait pas à l’esprit. Que nous essayions de détruire l’Anneau même, il ne l’a pas encore entrevu dans ses plus sombres rêves. Cela, vous le voyez sans doute, représente pour nous chance et espoir. S’imaginant en guerre, il a déclenché la guerre, convaincu qu’il n’a pas une minute à perdre ; car qui frappe le premier, s’il frappe assez fort, pourrait n’avoir plus à frapper. Ainsi, les forces qu’il a longuement préparées, il les met aujourd’hui en mouvement, plus tôt qu’il ne l’avait prévu. Folle sagesse. Car s’il avait investi toute sa puissance dans la défense du Mordor, de manière à ce que nul ne pût y entrer, et s’il avait employé toute sa rouerie au recouvrement de l’Anneau, l’espoir eût véritablement disparu : ni l’Anneau ni son porteur n’auraient pu lui échapper longtemps. Mais à présent, son œil regarde au loin plutôt que chez lui ; et la plupart du temps, il est tourné vers Minas Tirith. D’ici peu, toute sa force s’abattra sur elle comme une tempête.
« Car il sait déjà que les messagers qu’il a envoyés pour faire obstacle à la Compagnie ont de nouveau échoué. Ils n’ont pas trouvé l’Anneau. Pas plus qu’ils n’ont ramené de hobbits en guise d’otages. Eussent-ils au moins accompli cela, nous aurions essuyé un rude coup, qui aurait pu nous être fatal. Mais gardons-nous d’assombrir nos cœurs en imaginant leur tendre loyauté mise à l’épreuve dans la Tour Sombre. Car l’Ennemi a échoué – jusqu’à présent. Grâce à Saruman. »
« Saruman n’est-il pas un traître ? » dit Gimli.
« Si, bien sûr, dit Gandalf. Doublement. D’ailleurs, n’est-ce pas étrange ? Rien de ce que nous avons subi ces temps derniers n’a paru aussi grave que la trahison d’Isengard. Même en tant que seigneur et capitaine, Saruman est devenu très puissant. Il menace les Hommes du Rohan et les empêche d’aller au secours de Minas Tirith, à l’instant même où le principal assaut doit venir de l’Est. Mais une arme traîtresse est toujours un danger pour la main qui la manie. Saruman aussi a cherché à récupérer l’Anneau, pour se l’approprier ; du moins, il a tenté d’attraper des hobbits pour servir ses mauvais desseins. Ainsi, à eux deux, tout ce que nos ennemis ont réussi à faire, c’est d’amener Merry et Pippin à une vitesse fulgurante, et au moment crucial, à Fangorn, où ils ne se seraient jamais venus autrement !
« De plus, ils se sont embarrassés de nouveaux doutes qui viennent troubler leurs plans. Grâce aux cavaliers du Rohan, aucune nouvelle de la bataille ne se rendra au Mordor ; mais le Seigneur Sombre sait que deux hobbits ont été capturés dans les Emyn Muil et emmenés vers Isengard contre la volonté de ses serviteurs. Il doit maintenant craindre Isengard en plus de Minas Tirith. Si Minas Tirith tombe, les choses iront mal pour Saruman. »