Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
Les jours sont descendus dans l’Ouest delà les collines ombrées.
Qui recueillera la fumée de ce bois mort qu’on incinère,
Ou verra le flot des années remonter les lieues de la Mer ?
« Ainsi parla il y a bien longtemps, au Rohan, un poète oublié, rappelant la grandeur et la beauté d’Eorl le Jeune qui descendit à cheval depuis le Nord ; et son coursier avait des ailes aux pieds : Felaróf, le père des chevaux. Ainsi chantent encore les hommes, le soir. »
Sur ces mots, les voyageurs laissèrent les tertres silencieux. Suivant le sinueux chemin, ils gravirent les épaules vertes des collines et finirent par arriver aux murs vastes et venteux, aux portes d’Edoras.
Maints hommes en mailles étincelantes étaient assis là, mais ils se dressèrent aussitôt pour leur barrer le passage avec des lances. « Halte, étrangers inconnus en ces lieux ! » crièrent-ils dans la langue du Riddermark, demandant le nom des étrangers et l’objet de leur visite. L’étonnement se lisait dans leurs yeux, mais non l’amitié ; et ils jetèrent des regards noirs à Gandalf.
« J’entends bien votre parler, répondit celui-ci dans la même langue ; mais peu d’étrangers le font. Pourquoi donc ne pas employer la langue commune, comme il est d’usage dans l’Ouest, si vous souhaitez qu’on vous réponde ? »
« La volonté de Théoden Roi est que nul ne franchisse ses portes qui ne parle notre langue et ne soit notre ami, répliqua l’un des gardes. Seuls les nôtres sont les bienvenus ici en ces temps de guerre, hormis ceux de Mundburg, au pays de Gondor. Qui êtes-vous, insouciants qui traversez la plaine si étrangement vêtus, sur des chevaux pareils aux nôtres ? Il y a longtemps que nous montons la garde ici, et nous vous observions de loin. Jamais nous n’avons vu de cavaliers aussi étranges, ni de cheval plus fier que celui-ci qui vous porte. C’est l’un des Mearas, à moins qu’un sortilège n’abuse nos yeux. Allons, n’êtes-vous pas magicien, un espion de Saruman, ou des fantômes de son artifice ? Or parlez et faites vite ! »
« Nous ne sommes pas des fantômes, dit Aragorn, et vos yeux ne vous abusent point. Car ces chevaux que nous montons sont en effet les vôtres, comme vous le savez bien, je suppose. Mais il est rare que le voleur revienne à l’écurie. Voici Hasufel et Arod, qui nous ont été prêtés par Éomer, Troisième Maréchal de la Marche, il y a deux jours à peine. Nous vous les ramenons à présent, tel que nous le lui avons promis. Éomer n’est-il donc pas revenu, et n’a-t-il prévenu le roi de notre arrivée ? »
Le garde eut un air troublé. « S’agissant d’Éomer, je n’ai rien à dire, répondit-il. Si ce que vous dites est vrai, Théoden n’a pu manquer d’en entendre parler : votre arrivée n’était peut-être pas tout à fait inattendue. Car voici deux nuits exactement, Langue de Serpent est venu nous dire que par la volonté de Théoden, nul étranger ne devait franchir ces portes. »
« Langue de Serpent ? dit Gandalf, toisant le garde d’un œil sévère. N’en dites pas plus ! Ce n’est pas à lui que j’ai affaire, mais au Seigneur de la Marche lui-même. Je viens en hâte. N’allez-vous pas monter, ou envoyer quelqu’un pour signifier notre venue ? » Ses yeux étincelèrent sous ses grands sourcils, tandis qu’il abaissait son regard sur l’homme.
« Très bien, j’irai, répondit lentement celui-ci. Mais quels noms dois-je annoncer ? Et que dois-je dire de votre personne ? Car vous semblez vieux et las, mais vous êtes dur et implacable en dessous, m’est avis. »
« C’est bien vu et bien dit, répliqua le magicien. Car je suis Gandalf. Je suis de retour. Et voyez ! je ramène moi aussi un cheval. Voici Scadufax le Grand, qu’aucune autre main ne peut dompter. Et ici à mes côtés se tient Aragorn fils d’Arathorn, l’héritier des Rois, et c’est à Mundburg qu’il se rend. M’accompagnent aussi l’Elfe Legolas et le Nain Gimli, qui sont nos camarades. Maintenant, allez dire à votre maître que nous sommes à sa porte et que nous désirons nous entretenir avec lui, s’il veut bien nous donner accès à sa grand-salle. »
« Ce sont certes d’étranges noms que vous donnez ! Mais je les annoncerai comme vous me l’enjoignez, afin de connaître la volonté de mon maître, dit le garde. Patientez ici un moment, et je vous manderai la réponse qu’il jugera bon de donner. N’espérez pas trop ! Nous vivons des jours sombres. » Il s’en fut d’un pas vif, laissant les étrangers sous la bonne garde de ses compagnons.
Il reparut au bout d’un certain temps. « Suivez-moi ! dit-il. Théoden vous permet d’entrer ; mais quelque arme que vous portiez, ne serait-ce qu’un simple bâton, vous devrez la laisser sur le seuil. Les huissiers veilleront sur elle. »
Le sombre portail s’ouvrit. Les voyageurs entrèrent, marchant à la file derrière leur guide. Ils se trouvèrent sur un large chemin pavé de pierres équarries, tantôt montant en lacets, tantôt grimpant par de courts escaliers bien réguliers. Ils passèrent de nombreuses maisons de bois, et de nombreuses portes sombres. Un filet d’eau claire coulait en bordure du chemin, scintillant et murmurant dans une rigole de pierre. Enfin, ils parvinrent au faîte de la colline. Il y avait là une haute plateforme soutenue par une verte terrasse, au pied de laquelle jaillissait une source blanche : elle sortait d’une pierre sculptée à l’image d’une tête de cheval, puis était recueillie dans un grand bassin qui, en débordant, alimentait la rigole. Un escalier de pierre, large et haut, menait au faîte de la terrasse, et de part et d’autre de la plus haute marche se trouvaient deux sièges de pierre. D’autres gardes y étaient assis, l’épée dégainée et posée sur leurs genoux. Leurs cheveux dorés tombaient en tresses sur leurs épaules ; leurs écus verts étaient blasonnés d’un soleil, leurs longs corselets, polis à la perfection, et leur stature, lorsqu’ils se levèrent, semblait dépasser celle des hommes mortels.
« Voici les portes devant vous, dit le guide. Je dois maintenant retourner à la garde du portail. Au revoir ! Et puissiez-vous trouver grâce devant le Seigneur de la Marche ! »
Il tourna les talons et redescendit d’un bon pas. Les autres gravirent le haut escalier sous les yeux des imposants gardiens. Ils se tinrent en silence au-dessus d’eux, et ne prononcèrent aucune parole jusqu’à ce que Gandalf posât le pied sur la terrasse dallée, au haut de l’escalier. Puis soudain, d’une voix claire, ils les accueillirent avec courtoisie, usant de leur propre langue.
« Salut à vous, étrangers venus de loin ! » dirent-ils, et ils tournèrent la poignée de leur épée vers les voyageurs en signe de paix. Des pierres vertes étincelèrent au soleil. Puis l’un des gardes s’avança, et il s’adressa à eux dans le parler commun.
« Je suis l’Huissier de Théoden, dit-il. Mon nom est Háma. Je dois maintenant vous demander de laisser ici vos armes avant d’entrer. »
Legolas lui remit alors son poignard à manche d’argent, son carquois et son arc. « Gardez-les bien, dit-il, car ils viennent du Bois Doré et m’ont été donnés par la Dame de Lothlórien. »
Les yeux de l’homme se remplirent d’étonnement, et il se dépêcha de poser les armes contre le mur, comme s’il craignait de les manipuler. « Nul ne va y toucher, je vous le promets », dit-il.
Aragorn eut un moment d’hésitation. « Ce n’est pas ma volonté, dit-il, que de me séparer de mon épée ou de remettre Andúril entre les mains d’un autre, quel qu’il soit. »
« C’est la volonté de Théoden », dit Háma.
« Je ne conçois pas que la volonté de Théoden fils de Thengel, bien qu’il soit seigneur de la Marche, doive prévaloir sur la volonté d’Aragorn fils d’Arathorn, l’héritier d’Elendil du Gondor. »
« Ceci est la maison de Théoden, non d’Aragorn, fût-il Roi du Gondor établi sur le trône de Denethor », dit Háma, se précipitant devant les portes pour leur barrer le passage. Il avait maintenant l’épée à la main : sa pointe était tournée vers les étrangers.