Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
« Je ne sais pas ce qui m’intimide le plus, dit Gimli : Fangorn, ou l’idée de traverser tout le Rohan à pied. »
« Prenons alors le chemin de la forêt », dit Aragorn.
Aragorn ne tarda pas à trouver d’autres signes. Un peu plus loin, au bord de l’Entévière, il remarqua des traces de pas : des empreintes de hobbit, quoique très légères, au point qu’ils ne purent en tirer grand-chose. Puis, au pied d’un grand arbre tout juste à la lisière du bois, d’autres empreintes furent découvertes. Le sol, dénudé et sec, ne révéla rien de précis.
« Au moins un hobbit s’est tenu ici un moment afin de regarder vers la plaine ; il a ensuite pénétré dans la forêt », dit Aragorn.
« Il faut donc y entrer nous aussi, dit Gimli. Mais vue de près, cette forêt de Fangorn ne me dit rien qui vaille, et on nous a mis en garde contre elle. Je voudrais bien que la poursuite nous ait conduits n’importe où ailleurs ! »
« Je n’ai pas l’impression que ce bois est mauvais, quoi qu’en disent les contes », assura Legolas. Il se tenait sous les frondaisons, penché en avant comme pour écouter, scrutant les ombres, les yeux écarquillés. « Non, il n’est pas mauvais ; ou bien le mal qui s’y trouve est très lointain. Je perçois seulement un infime écho des endroits sombres, où les cœurs des arbres sont noirs. Il n’y a aucune malveillance à proximité ; mais il y a de la vigilance, et de la colère. »
« Eh bien, ce bois n’a aucune raison de m’en vouloir, dit Gimli. Je ne lui ai causé aucun tort. »
« C’est tant mieux, dit Legolas. Mais il en a subi tout de même. Quelque chose se passe à l’intérieur, ou est à la veille de se passer. Ne sentez-vous pas la tension ? J’en ai le souffle coupé. »
« L’air me paraît étouffant, dit le Nain. Ce bois est moins pesant que Grand’Peur, mais il sent la moisissure et le dépérissement. »
« Il est âgé, très âgé, dit l’Elfe. À tel point que j’ai presque l’impression d’être jeune à nouveau, ce qui ne m’est plus arrivé depuis que je voyage avec vous autres enfants. Il est vieux et plein de souvenirs. J’aurais pu être heureux ici, si j’étais venu en temps de paix. »
« Je n’en doute pas une seconde, fit Gimli avec un grognement. Tu es un Elfe sylvain, de toute manière ; mais les Elfes sont de curieuses gens, peu importe l’espèce. Néanmoins, tu me rassures. Où tu iras, j’irai. Mais garde ton arc à portée de main, et je laisserai ma hache desserrée à ma ceinture. Pas pour m’en servir contre les arbres, s’empressa-t-il d’ajouter, levant les yeux vers l’arbre sous lequel ils se tenaient. Je ne voudrais pas me retrouver nez à nez avec ce vieillard sans argument à portée, voilà tout. Allons-y ! »
Sur ce, les trois chasseurs plongèrent dans la forêt de Fangorn. Legolas et Gimli laissèrent le pistage à Aragorn. Il eut peu de chose à relever. Le sol de la forêt était sec et couvert de feuilles mortes ; mais Aragorn, supposant que les fugitifs resteraient près de la rivière, retournait souvent aux rives du cours d’eau. C’est ainsi qu’il découvrit l’endroit où Merry et Pippin avaient bu et s’étaient baigné les pieds. Là se trouvaient, bien à la vue de tous, les empreintes de deux hobbits, et l’un semblait un peu plus petit que l’autre.
« Voilà de bonnes nouvelles, dit Aragorn. Mais ces traces sont vieilles de deux jours. Et il semble qu’à partir d’ici, les hobbits aient cessé de suivre la rive. »
« Qu’allons-nous faire, dans ce cas ? dit Gimli. Nous ne pouvons les poursuivre à travers les dédales de Fangorn. Nous n’avons pas les provisions nécessaires. Si nous ne les trouvons pas bientôt, nous ne pourrons leur être d’aucun secours, sinon en nous asseyant auprès d’eux pour témoigner de notre amitié, et mourir de faim ensemble. »
« Si c’est là tout ce qu’il nous reste à faire, alors c’est ce que nous ferons, dit Aragorn. Continuons. »
Parvenus enfin à la rude montée de la Colline de Barbebois, ils levèrent les yeux vers la paroi rocheuse et ses marches grossières menant à la haute corniche. Des rayons de soleil perçaient à travers les nuages pressés, et la forêt paraissait déjà moins grise et morne.
« Grimpons là-haut et regardons aux alentours ! dit Legolas. J’ai encore le souffle court. J’aimerais goûter un air moins confiné pour quelques instants. »
Les compagnons grimpèrent ; Aragorn arriva en dernier. Il monta lentement, examinant chacune des marches et des saillies.
« Je suis presque sûr que les hobbits sont venus ici, dit-il. Mais il y a d’autres traces, des traces fort étranges que je n’arrive pas à comprendre. Je me demande si nous verrons quelque chose du haut de cette corniche pour nous indiquer par où ils sont allés. »
Debout sur la corniche, il scruta les alentours mais ne trouva rien d’utile. Elle faisait face au sud et à l’est, mais seule la vue de l’est était dégagée. De ce côté, on pouvait voir les têtes des arbres qui descendaient en rangs, vers la plaine d’où ils étaient venus.
« Nous avons fait un long détour, dit Legolas. Nous aurions pu arriver ici tous ensemble, sains et saufs, si nous avions quitté le Grand Fleuve le deuxième ou le troisième jour, et piqué droit vers l’ouest. Rares sont ceux qui peuvent prédire où leur chemin les conduira, avant d’en avoir vu le bout. »
« Mais nous ne désirions pas venir à Fangorn », objecta Gimli.
« Pourtant, nous y sommes – et joliment pris au piège, dit Legolas. Regarde ! »
« Regarde quoi ? » fit Gimli.
« Là, entre les arbres. »
« Où donc ? Je n’ai pas l’œil d’un Elfe. »
« Chut ! Pas si haut ! Regarde ! dit Legolas, pointant l’index. En bas, dans le sentier d’où nous venons. C’est lui. Ne le vois-tu pas, passant d’arbre en arbre ? »
« Si, si, je le vois, maintenant ! siffla Gimli. Regardez, Aragorn ! Ne vous avais-je pas prévenu ? C’est notre vieillard. Tout en loques grises et sales : c’est pourquoi je ne l’ai pas vu tout de suite. »
Aragorn regarda et vit une forme voûtée à la démarche lente. Elle n’était pas loin. On eût dit un vieux mendiant qui marchait avec lassitude, appuyé sur un bâton de facture grossière. Il avait la tête baissée et ne regardait pas vers eux. En d’autres lieux, ils l’auraient accueilli avec une parole bienveillante ; mais en l’occurrence, ils se tinrent silencieux, chacun saisi d’une étrange appréhension : quelqu’un approchait qui détenait un pouvoir caché – un pouvoir, ou une menace.