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Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade ? la Cour d'Espagne, Pardaillan est amen? ? prot?ger une jeune boh?mienne, La Giralda, fianc?e d'El Torero, Don C?sar, qui n'est autre que le petit-fils secret et pers?cut? de Philippe II. Or, Fausta a jet? son d?volu sur El Torero pour mener ? bien ses intrigues, et elle b?n?ficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aid? dans cette lutte par le d?vouement absolu d'un pauvre d?sh?rit?, le malicieux Chico et sa bien-aim?e Juana…
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On ne nommait pas ce gentilhomme. Mais le Torero ne pouvait s’y tromper. Pardaillan, seul, était capable d’un trait de bravoure et de générosité pareil. S’il s’était élancé, sans hésiter, pour apporter son aide à un ennemi, on conçoit les efforts désespérés qu’il fit pour voler au secours d’un ami qui lui était très cher. Pour lui, comme pour l’immense majorité des assistants, la mort du téméraire était à peu près certaine.

Rien n’est plus féroce qu’une foule de badauds qui veulent voir, surtout lorsqu’ils ne peuvent arriver à satisfaire leur curiosité. La foule des inutiles qui encombrait le couloir, où ils n’avaient que faire, se chargea de lui démontrer péremptoirement la véracité de ce que nous avançons.

Il eut beau se nommer, crier son intention de courir sus au taureau, jouer des coudes, frapper furieusement à droite et à gauche, on lui opposait une inertie souriante. On murmurait: «Le Torero! ah! le Torero!» mais on ne lui cédait pas un pouce du terrain.

C’est ainsi, pressé de toutes parts, écumant de rage et de colère, étreint par l’angoisse, qu’il dut, en se rongeant les poings de désespoir, se contenter d’écouter le récit du combat fait à voix haute, par ceux qui voyaient, répété et commenté de bouche en bouche par ceux qui ne voyaient pas, mais restaient enracinés à leur place, ce qui leur permettrait de dire plus tard:

– J’étais là. J’ai tout vu et tout entendu!

La formidable acclamation qui suivit la mort du taureau ne put le tirer d’inquiétude. Il savait, en effet, que dans leur engouement pour ces luttes violentes, les spectateurs électrisés acclamaient impartialement aussi bien la bête que l’homme, lorsqu’un coup excitait leur admiration.

Heureusement les commentaires qui suivirent vinrent lui apporter un peu d’espoir. Il n’eut qu’à prêter l’oreille pour entendre les exclamations les plus diverses:

– Le taureau s’est écroulé comme une masse! – Un coup, un seul coup lui a suffi, señor! – Et avec une méchante petite dague! – Splendide! Merveilleux! – Voilà un homme! – Quel dommage qu’il ne soit pas Espagnol! – Le plus admirable, c’est que c’est le même gentilhomme qui a, l’autre jour, administré la correction que vous savez à ce pauvre Barba-Roja, qui joue de malheur décidément! – Quoi, le même? – C’est comme j’ai l’honneur de vous le dire, señor. L’autre jour il corrige Barba-Roja, aujourd’hui il s’expose bravement pour le secourir. C’est noble, généreux! – Mais alors c’est le même qui, à ce qu’on dit, a osé parler à notre sire le roi, comme nous ne parlerions pas à un valet de chenil! – C’est lui, certainement! – Le même qui inspire une telle frayeur à Mgr d’Espinosa qu’il en perd le sommeil, à ce qu’on prétend! – Pas possible! Le grand inquisiteur? – Lui-même.

Et patati et patata.

En moins d’une minute, le Torero en apprit cent fois plus sur les faits et gestes de Pardaillan, que celui-ci ne lui en avait dit depuis qu’il le connaissait.

Malgré tout il n’était pas encore rassuré, lorsque le mouvement de la foule, s’écartant pour faire place au triomphateur, le mit face à face avec celui qu’il s’était vainement efforcé de secourir.

– Hé! cher ami! fit le chevalier, de son air railleur, où courez-vous ainsi, demi-nu?

Tout heureux de le retrouver sans l’apparence d’une blessure, le Torero s’écria en désignant de la main la foule qui les entourait:

– Je voulais pénétrer dans la piste, mais j’ai été pris au milieu de cette presse, et malgré tous mes efforts, je n’ai pu me dégager à temps.

Pardaillan jeta un coup d’œil sur la masse de curieux qui se pressaient devant lui. Il fit entendre un sifflement admiratif.

– Il est de fait, dit-il, que l’entreprise n’était pas aisée au milieu d’une cohue pareille.

Puis il se retourna, et voyant que derrière lui la voie était dégagée:

– Mais, reprit-il avec flegme, vous pouvez passer maintenant. Le chemin est libre.

Quelque peu déconcerté, le Torero demanda:

– Pourquoi faire?

Et Pardaillan, de son air le plus naïf, de répondre:

– Ne m’avez-vous pas dit que vous vous rendiez sur la piste? Je vous dis que le chemin est libre.

De plus en plus étonné, le Torero répéta:

– Pourquoi faire, puisque c’est pour vous que j’y allais?

En tortillant sa moustache d’un geste machinal, Pardaillan jeta un coup d’œil sur la tenue sommaire du Torero, reporta ce coup d’œil sur l’épée nue qu’il tenait à la main, et de l’épée remonta à son visage, sur lequel, à travers l’étonnement qu’il exprimait en ce moment, il sut trouver la trace des émotions violentes qu’il venait d’éprouver…

Tous ces détails, rapidement observés, amenèrent sur ses lèvres un sourire attendri. Et prenant amicalement le bras du jeune homme, il dit très doucement:

– Puisque c’est moi que vous cherchiez, il est en effet inutile d’aller plus loin. Venez, cher ami, nous causerons chez vous. Je n’aime pas, ajouta-t-il en fronçant légèrement le sourcil, avoir autour de moi autant d’indiscrets personnages.

Ceci dit à voix assez haute pour être entendu de tous, sur ce ton froid qui lui était particulier quand l’impatience commençait à le gagner, souligné par un coup d’œil impérieux, fit s’écarter vivement les plus pressants.

Lorsqu’ils se trouvèrent sous la tente:

– Ah! chevalier, s’écria le Torero encore ému, quelle imprudence!… Vous venez de me faire passer les minutes les plus atroces de mon existence!

Le chevalier prit son expression la plus naïvement étonnée.

– Moi! s’écria-t-il; et comment cela?

– Comment? Mais en vous jetant témérairement, comme vous l’avez fait, au devant d’un adversaire terrible. Comment, vous ne connaissez rien du caractère du taureau, vous ne savez rien de sa manière de combattre, vous soupçonnez à peine la force prodigieuse dont la nature l’a doté, et vous allez délibérément vous jeter sur son chemin avec, pour toute arme, une dague à la main! Savez-vous que c’est miracle vraiment que vous soyez vivant encore? Savez-vous que vous aviez toutes les chances de ne pas en revenir?

– Toutes moins une, fit paisiblement Pardaillan. C’est précisément cette une qui m’a tiré d’affaire, tandis que la pauvre bête y a laissé sa vie. Et c’est grâce à vous, du reste.

– Comment, grâce à moi? s’écria le Torero qui ne savait plus si le chevalier parlait sérieusement ou s’il était en train de se moquer de lui.

Mais Pardaillan reprit, sur un ton au sérieux duquel il n’y avait pas à se méprendre:

– Sans doute. Vous m’avez, dans nos conversations, si bien dépeint la bête, vous m’avez si bien dévoilé son caractère et ses manières, vous m’avez si bien indiqué et ses ruses et la facilité avec laquelle on peut la leurrer, vous m’avez si magistralement montré l’anatomie de son corps, enfin vous m’avez indiqué de façon si nette et si exacte l’endroit précis où il fallait la frapper, que je n’ai eu qu’à me souvenir de vos leçons, qu’à suivre à la lettre vos indications pour la tuer avec une facilité dont je suis à la fois étonné et honteux. Ce n’était vraiment pas la peine de tant vanter – comme je l’entends faire autour de moi – la force extraordinaire, et la ruse, et la férocité de cette pauvre bête. Je laisse de côté son courage, qui est indéniable. Pour tout dire, en cette affaire, je n’ai eu, quant à moi, qu’à garder un peu de sang-froid. C’est peu, vous en conviendrez, pour faire de moi le triomphateur qu’on veut en faire. Tout l’honneur du coup, si tant est qu’honneur il y a, vous revient, en bonne justice.

Écrasé par la logique de ce raisonnement débité avec un sérieux imperturbable et, qui pis est, avec une sincérité manifeste, le Torero leva les bras au ciel comme pour le prendre à témoin des énormités qu’il venait d’entendre, et d’un air où il y avait autant d’effarement que d’indignation, il s’écria:

– Vous avez une manière de présenter les choses… tout à fait particulière.

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