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Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade ? la Cour d'Espagne, Pardaillan est amen? ? prot?ger une jeune boh?mienne, La Giralda, fianc?e d'El Torero, Don C?sar, qui n'est autre que le petit-fils secret et pers?cut? de Philippe II. Or, Fausta a jet? son d?volu sur El Torero pour mener ? bien ses intrigues, et elle b?n?ficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aid? dans cette lutte par le d?vouement absolu d'un pauvre d?sh?rit?, le malicieux Chico et sa bien-aim?e Juana…
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Voir quoi?

Ceci:

Un homme venait de bondir dans la piste et seul, à pied, sans armure ayant à la main une longue dague, hardiment, posément, avec un sang-froid qui tenait du prodige, venait se placer résolument entre la bête et Barba-Roja.

Et tout à coup, après le tumulte, le frémissement, l’acclamation spontanée, un silence prodigieux plana sur l’assemblée haletante.

Le roi, sans paraître choqué de voir d’Espinosa à côté de lui, lui dit à voix basse, avec un sourire livide:

– Monsieur de Pardaillan!

Il y avait dans la manière dont il prononça ces paroles de la stupeur et aussi de la joie, ce qu’il traduisit en ajoutant aussitôt:

– Par le Dieu vivant! cet homme est fou! N’importe, je n’eusse jamais osé rêver une vengeance aussi complète et il me donne là, gratuitement, une satisfaction que j’eusse payée trop cher. Je crois, monsieur le grand inquisiteur, que nous voici débarrassés du bravache sans que nous y soyons pour rien. J’en suis fort aise, car ainsi mon bon cousin de Navarre ne pourra me reprocher d’avoir manqué aux égards dus à son représentant.

– Je le crois aussi, sire, répondit d’Espinosa avec son calme accoutumé.

– Vous croyez donc, sire, et vous, monsieur, que le sire de Pardaillan va être mis à mal par ce fauve? intervint délibérément Fausta.

– Par Dieu! madame, ricana le roi, je ne donnerais pas un maravédis de sa peau.

Fausta secoua gravement la tête et, avec un accent prophétique qui impressionna fortement le roi et d’Espinosa:

– Je crois, moi, dit-elle, que le sire de Pardaillan va tuer proprement cette brute.

– Qui vous fait croire cela, madame? fit vivement le roi.

– Je vous l’ai dit, sire: le chevalier de Pardaillan est au-dessus du commun des mortels, même si ces mortels ont le front ceint de la couronne. La mort qui frapperait inévitablement tout autre, la mort même s’écarte devant lui. Non, sire, le chevalier de Pardaillan ne périra pas encore dans cette rencontre, et si vous voulez le frapper il faudra recourir au moyen que je vous ai indiqué.

Le roi regarda d’Espinosa et ne répondit pas, mais il demeura tout songeur.

D’Espinosa, plus sceptique que le roi, ne fut pas moins frappé de l’accent de conviction profonde avec lequel Fausta avait parlé.

– Nous allons bien voir, murmura-t-il à l’oreille du roi.

Si bas qu’il eût parlé, Fausta l’entendit.

– Voyez et soyez convaincu, dit-elle simplement.

Le taureau cependant, en voyant se dresser soudain devant lui cet adversaire inattendu, s’était arrêté comme s’il eût été étonné. Et c’est pendant l’instant très court où il resta ainsi face à face avec Pardaillan que le dialogue que nous venons de transcrire se déroulait dans la loge royale.

Après cet instant de courte hésitation, il baissa la tête, visa son adversaire, et presque aussitôt il la redressa et porta un coup foudroyant de rapidité.

Pardaillan attendait le choc avec ce calme prodigieux qu’il avait dans l’action. Il s’était placé de profil devant la bête, solidement campé sur les pieds bien unis en équerre, le coude levé, la garde de la dague, longue et flexible, devant la poitrine, la tête légèrement penchée à droite, de façon à bien viser l’endroit où il voulait frapper [6].

Le taureau, de son côté, ayant bien visé son but, fonça tête baissée, et vint s’enferrer lui-même.

Pardaillan s’était contenté de le recevoir à la pointe de la dague en effaçant à peine sa poitrine.

Enferré, le taureau ne bougea plus.

Et alors ce fut un instant d’angoisse affreuse parmi les innombrables spectateurs de cette lutte extraordinaire.

Que se passait-il donc? Le taureau était-il blessé? Était-il touché seulement? Comment et pourquoi demeurait-il ainsi immobile?

Et le téméraire gentilhomme qui semblait mué en statue! Que faisait-il donc? Pourquoi ne frappait-il pas de nouveau? Attendait-il donc que le taureau se ressaisît et le mît en pièces?

Des foules de points d’interrogation se posaient ainsi à l’esprit des spectateurs. Mais nul ne comprenait, nul ne savait, n’aurait pu donner une explication plausible.

Et le silence angoissant pesait lourdement sur tous. Les respirations étaient suspendues, et depuis le roi, jusqu’au plus humble des hommes du peuple, pour des faisons différentes, tous haletaient.

À vrai dire, le chevalier n’était guère plus fixé que les spectateurs.

Il voyait bien que la dague s’était enfoncée jusqu’à la garde. Il sentait bien tressaillir et fléchir le taureau. Mais, diantre! avec un adversaire de cette force, qui pouvait savoir? La blessure était-elle suffisamment grave? N’allait-il pas se réveiller de cette sorte de torpeur et lui faire payer par une mort épouvantable le coup qu’il venait de lui porter?

C’est ce que se demandait Pardaillan…

Mais il n’était pas homme à rester longtemps indécis. Il résolut d’en avoir le cœur net coûte que coûte. Brusquement, il retira l’arme qui apparut rouge de sang, et s’écarta, au cas, improbable, d’une suprême révolte de la bête.

Brusquement, le taureau foudroyé tomba comme une masse.

Alors ce fut une détente dans la foule. Les traits convulsés reprirent leur expression naturelle, les gorges contractées se dilatèrent, les nerfs se détendirent. On respira largement: on eût dit qu’on craignait de ne pouvoir emmagasiner assez d’air pour actionner les poumons violemment comprimés.

Sous l’influence de la réaction, des femmes éclatèrent en sanglots convulsifs; d’autres, au contraire, riaient aux éclats, les unes et les autres sans savoir pourquoi, sans qu’il leur fût possible de réprimer leur accès. Des hommes qui ne se connaissaient pas se congratulaient en souriant.

Ce fut un soulagement universel d’abord, puis un étonnement prodigieux et puis, tout à coup, la joie éclata, bruyante, animée, et se fondit en une acclamation délirante à l’adresse de l’homme courageux qui venait d’accomplir cet exploit. N’eût été le respect imposé par la présence du roi, la foule, sans se soucier des gardes, qui d’ailleurs n’étaient pas les derniers à crier: Noël! la foule eût envahi la piste pour porter en triomphe le chevalier de Pardaillan, vainqueur de la brute.

Pardaillan, sa dague sanglante à la main, resta un bon moment à contempler d’un œil rêveur et attristé l’agonie du taureau que, par un coup de maître prodigieux à l’époque, il venait de mettre à mort.

En ce moment il oubliait le roi et sa haine, et sa cour de hautains gentilshommes qui l’avaient dévisagé d’un air provocant. Il oubliait Fausta et son trio d’ordinaires qui se pavanaient à une fenêtre proche du balcon royal, et Bussi-Leclerc, livide, dont les yeux sanglants l’eussent foudroyé à distance s’ils en avaient eu le pouvoir, et d’Espinosa et ses hommes d’armes, et ses inquisiteurs et ses nuées de moines espions. Il oubliait le Torero et les dangers qui le menaçaient. Il oubliait tout pour ne songer qu’à la bête à laquelle il venait de porter le coup mortel.

Après avoir longuement considéré le taureau expirant il murmura avec un accent de pitié inexprimable:

– Pauvre bête!…

Ainsi, dans l’ingénuité de son âme, sa pitié allait à la bête qui l’eût infailliblement broyé s’il n’eût pris les devants.

C’est que la bête, une vulgaire brute féroce, supérieure en cela aux hommes civilisés, nobles et puissants qui le considéraient encore en ce moment avec des visages convulsés par la haine, la bête donc – la brute sauvage si l’on veut – l’avait, elle, du moins, loyalement attaqué en face. La brute s’était comportée noblement… Il est vrai que ce n’était qu’une ignoble brute.

En faisant ces réflexions plutôt désabusées, ses yeux tombèrent sur la dague qu’il tenait machinalement dans son poing crispé. Il la jeta violemment, loin de lui, dans un geste de répulsion et de dégoût.

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[6] On remarquera que c’est précisément la position classique du torero qui se prépare à tuer, ou, pour employer le jargon taurin, à matar. (Note de M. Zevaco.)

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