Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:
Invinciblement son regard revint au taureau, maintenant raidi, plongé dans l’éternel repos, et son naturel insouciant reprenant le dessus: «En bonne foi, songea-t-il, il m’aurait proprement encorné, si je l’avais laissé faire. Après tout, j’ai défendu ma carcasse.»
Et avec son sourire goguenard, il ajouta:
– Que diable, vaille que vaille, ma carcasse vaut bien celle d’un taureau!
Il aperçut alors le groupe des serviteurs de Barba-Roja qui emportaient leur maître toujours évanoui et machinalement ses yeux allèrent alternativement du colosse qu’on emportait à la bête qu’on s’apprêtait déjà à traîner hors de la piste.
Ses traits reprirent leur première expression de rêverie mélancolique, tandis qu’il songeait: «Qui pourrait me dire lequel est le plus féroce, le plus brute, de l’homme qu’on emporte là-bas ou de la bête que j’ai stupidement sacrifiée? Qui sait si mon geste n’aura pas de conséquences funestes et si je ne regretterai pas amèrement d’avoir sauvé cette brute humaine?»
Il secoua la tête comme pour chasser les idées qui l’obsédaient et bougonna:
– Je deviens mauvais, ma parole! Allons, mordieu! une vie humaine vaut bien le sacrifice d’une bête, au surplus condamnée d’avance et par d’autres que moi!
Et sa mauvaise humeur ayant besoin d’un dérivatif, selon son habitude il la fit retomber sur lui-même en s’admonestant vertement: «Tout ceci ne serait pas arrivé si j’avais suivi les bons conseils de mon pauvre père, lequel ne cessait de me répéter qu’il ne faut point se mêler de ce qui ne vous regarde pas. Si le señor Barba-Roja avait été mis à mal par le taureau, c’est qu’il avait bien cherché, que diantre! En quoi cela me regardait-il, moi, et qu’avais-je à y faire? Tous ces honorables hidalgos ont-ils éprouvé le besoin d’intervenir? Non, cornes du diable! Et pourtant c’était un compatriote, un ami qui était en péril. Il a fallu que moi seul je fusse piqué de l’impérieux désir de sauter dans la piste et que je vinsse ici faire la bravache! Que la quartaine me tue de male mort! Toute ma vie durant je resterai donc le même animal stupide et inconséquent! J’ai beau prendre les résolutions les plus honnêtes, les plus raisonnables, je ne sais quel démon malfaisant habite en moi et me souffle les gestes les plus incongrus que je m’empresse de mettre à exécution. C’est à désespérer! Car enfin; ne fut-ce que par respect pour la mémoire de monsieur mon père, je devrais au moins suivre ses sages avis. Malheur de moi! je finirai! mal; C’est certain.»
Qu’on n’aille pas croire qu’il se jouait à lui-même la comédie du sentiment. Ce serait bien mal connaître notre héros que de croire qu’y n’était pas parfaitement sincère.
Et comme, nécessairement, on se ruait sur lui dans l’intention de le féliciter, il s’éloigna à grandes enjambées furieuses, sans vouloir rien entendre, laissant ceux qui l’abordaient, la bouche en cœur, tout déconfits et se demandant, non sans apparence de raison, si cet intrépide gentilhomme français, si fort et si brave, n’était pas quelque peu dément.
Sans se soucier de ce qu’on pouvait dire et penser, Pardaillan s’en fut retrouver le Torero, sous sa tente, ayant résolu de ne pas réoccuper le siège qu’on lui avait réservé, mais ne voulant pas cependant abandonner le prince au moment où il aurait besoin de l’appui de son bras.
Dans la loge royale, autant que partout ailleurs, on avait suivi avec un intérêt passionné les phases du combat. Mais alors que partout ailleurs – ou à peu près – on souhaitait ardemment la victoire du gentilhomme, dans la loge royale on souhaitait, non moins ardemment, sa mort. «On» s’applique spécialement à Fausta, à Philippe II et à d’Espinosa.
Toutefois si ces deux derniers croyaient fermement que le chevalier, non armé pour une lutte inégale, devait infailliblement succomber, victime de sa téméraire générosité, sous l’empire de la superstition qui lui suggérait la pensée que Pardaillan était invulnérable, Fausta, tout en souhaitant sa mort, croyait aussi fermement qu’il serait vainqueur de la brute.
Lorsque le taureau s’abattit, sans triompher, très simplement, elle fit:
– Eh bien! qu’avais-je dit?
– Prodigieux! fit le roi, non sans admiration.
– Je crois, madame, dit d’Espinosa, avec son calme habituel, je crois que vous avez raison: cet homme est invulnérable. Nous ne pouvons le frapper qu’en utilisant le moyen que vous nous avez indiqué. Je n’en vois pas d’autre. Je m’en tiendrai à celui-là, qui me paraît bon.
– Bien vous ferez, monsieur, dit gravement Fausta.
Le roi était l’homme des procédés lents et tortueux et des dissimulations patientes, autant qu’il était tenace dans ses rancunes.
– Peut-être, dit-il, après ce qui vient de se passer, serait-il opportun de remettre à plus tard la mise à exécution de nos projets.
D’Espinosa, à qui s’adressaient plus particulièrement ces paroles, regarda le roi droit dans les yeux, et lentement, laconiquement, avec un accent de froide résolution et un geste tranchant comme un coup de hache:
– Trop tard! dit-il.
Fausta respira. Elle, avait craint un instant que le grand inquisiteur n’acquiesçât à la demande du roi.
Philippe considéra à son tour un moment son grand inquisiteur en face, puis il détourna négligemment la tête sans plus insister.
Ce simple geste du roi, c’était la condamnation de Pardaillan.
VIII LE CHICO REJOINT PARDAILLAN
La course qui suit ne se rattachant par aucun point à ce récit, nous laisserons jouter de son mieux le noble hidalgo qui avait succédé à Barba-Roja – sérieusement endommagé par sa chute, paraît-il – et nous suivrons le chevalier de Pardaillan.
Il pénétra dans le couloir circulaire, qui tournait sans interruption autour de la piste, comme de nos jours.
Plus que de nos jours ce couloir était occupé par la suite des seigneurs qui devaient prendre part à une des courses et par une foule d’aides et d’ouvriers.
Ceci était juste et légitime et, si nombreux que fût le personnel, s’il n’y avait eu que lui la circulation eût été assez aisée. Mais il y avait la multitude des gentilshommes désireux, comme toujours, de venir parader là où ils pouvaient être le plus encombrants.
Il y avait de plus la ruée de tous ceux que l’intervention imprévue du Français avait enthousiasmés et qui s’étaient précipités dans le couloir qui les rapprochait du lieu de la lutte même.
Ce couloir faisait partie, en quelque sorte, des coulisses de l’arène et, de tout temps, les coulisses ont exercé un attrait spécial sur les oisifs. Celui-ci, littéralement pris d’assaut par une multitude qui voulait être le plus près possible de la piste, était devenu impraticable ou à peu près.
La porte de la barrière franchie, la foule acclamant le vainqueur et s’écartant complaisamment pour lui laisser passage, Pardaillan se trouva en face de celui qu’il cherchait, c’est-à-dire du Torero, à moitié déshabillé, tenant sa cape d’une main, son épée de l’autre, et, qui paraissait tout haletant comme à la suite d’un grand effort longtemps soutenu.
Retiré sous sa tente où il procédait à sa toilette avec tout le soin minutieux qu’on apportait à cette opération jugée alors très importante, don César avait été un des derniers à avoir connaissance de l’accident survenu à Barba-Roja.
Bien qu’il eût de très légitimes raisons de considérer le colosse comme un ennemi, le Torero avait une trop généreuse nature pour hésiter sur la conduite à tenir en semblable occurrence. Sans prendre le temps d’achever de se vêtir, sauter sur sa cape et son épée, partir en courant, tel fut son premier mouvement.
Il pensait atteindre la piste en quelques bonds et il espérait arriver à temps pour sauver son ennemi en attirant l’attention du taureau vers lui.
Mais il avait compté sans l’encombrement que nous avons signalé. Traverser une telle cohue n’allait pas tout seul. Il ne pouvait avancer que lentement, trop lentement au gré de son impatiente générosité.
Étroitement pressé dans la cohue, qu’il s’efforçait vainement de traverser, il apprit la foudroyante intervention du gentilhomme français.