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Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade ? la Cour d'Espagne, Pardaillan est amen? ? prot?ger une jeune boh?mienne, La Giralda, fianc?e d'El Torero, Don C?sar, qui n'est autre que le petit-fils secret et pers?cut? de Philippe II. Or, Fausta a jet? son d?volu sur El Torero pour mener ? bien ses intrigues, et elle b?n?ficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aid? dans cette lutte par le d?vouement absolu d'un pauvre d?sh?rit?, le malicieux Chico et sa bien-aim?e Juana…
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Comme elle avait déjà fait une fois, la bête le laissa approcher et, quand elle le jugea à la distance qui lui convenait, elle bondit de son côté.

Maintenant, écoutez ceci: au moment d’atteindre le taureau, l’homme faisait obliquer son cheval à gauche, de telle sorte que la lance portât sur le côté droit. Deux fois de suite Barba-Roja avait exécuté cette manœuvre. Deux fois le taureau avait donné dans le piège et avait passé par le chemin que l’homme lui indiquait.

Or, le taureau avait appris la manœuvre.

Deux leçons successives lui avaient suffi. Maintenant on ne pouvait plus la lui faire.

Donc le taureau fonça droit devant lui comme il avait toujours fait. Seulement, à l’instant précis où le cavalier changeait la direction de son cheval, le taureau changea de direction aussi, et brusquement il tourna à droite.

Le résultat de cette manœuvre imprévue de la bête fut épouvantable.

Le cheval vint donner du poitrail en plein dans les cornes. Il fut soulevé, enlevé, projeté avec une violence, une force irrésistibles.

Le cavalier, qui s’arc-boutait sur les étriers, portant tout le poids du corps en avant pour donner plus de force au coup qu’il voulait porter, le cavalier, frappant dans le vide, perdit l’équilibre, la violence du choc l’arracha de la selle et, passant par dessus l’encolure de sa monture, passant par-dessus le taureau lui-même, alla s’aplatir sur le sable de la piste, proche de la barrière, où il demeura immobile, évanoui peut-être.

Une immense clameur jaillit des milliers de poitrines des spectateurs haletants.

Cependant le taureau s’acharnait sur le cheval. Les aides de Barba-Roja se partageaient la besogne, et tandis que les uns s’élançaient au secours du maître, les autres s’efforçaient de détourner de lui l’attention de la bête ivre de fureur, rendue plus furieuse encore par la vue du sang répandu. Car le cheval, malgré le caparaçon de fer, frappé au ventre, perdait ses entrailles par une plaie large, béante.

Relever un homme du poids de Barba-Roja n’était pas besogne si facile, d’autant que le poids du colosse s’augmentait de celui de l’armure. On en fût cependant venu à bout s’il avait aidé lui-même ceux qui se dévouaient pour lui. Mais le malheureux Barba-Roja, fortement ébranlé dans sa carapace de fer, était réellement évanoui et ne pouvait par conséquent s’aider en rien.

Il fallut donc renoncer à le relever et s’occuper incontinent de le transporter hors de la piste. La barrière n’était pas loin, heureusement, et les quatre hommes qui le secouraient, bien que troublés par l’évolutions du taureau, seraient parvenus à le faire passer de l’autre côté de l’abri, si le taureau n’avait eu une idée bien arrêtée et n’eût poursuivi l’exécution de cette idée avec une ténacité déconcertante.

Nous avons dit que la bête en voulait à cette masse de fer et surtout à celle qui l’avait frappé.

Voici qui le prouve:

Le taureau avait atteint le cheval. Sans s’occuper de ce qui se passait autour de lui, sans donner dans les pièges que lui tendaient les hommes du cavalier, écrasé sur le sol, cherchant à l’éloigner de la monture, il s’acharna sur le malheureux coursier avec une rage dont rien ne saurait donner une idée.

Mais, tout en frappant et en broyant une partie de masse qui l’avait bafoué, c’est-à-dire le cheval, il n’oubliait pas l’autre partie qui l’avait blessé, c’est-à-dire l’homme étendu sur le sable.

Quand le cheval ne fut qu’une masse de chairs pantelantes encore, il le lâcha et se retourna vers l’endroit où était tombé l’homme.

Et ce qui prouve bien qu’il suivait son idée de vengeance et la mettait à exécution avec un esprit de suite vraiment surprenant, c’est que toutes les tentatives des aides de Barba-Roja pour le détourner échouèrent piteusement.

Le taureau, de temps en temps, se détournait de sa route pour courir sus aux importuns. Mais quand il les avait mis en fuite, il ne continuait pas la poursuite et revenait avec acharnement au blessé, qu’il voulait, c’était visible, atteindre à tout prix.

Les serviteurs de Barba-Roja, voyant le taureau, plus furieux que jamais, foncer sur eux, voyant l’inutilité des efforts de leurs camarades, se sentant enfin menacés eux-mêmes, se résignèrent à abandonner leur maître et s’empressèrent de courir à la barrière et de la franchir.

Un immense cri de détresse jaillit de toutes les poitrines étreintes par l’horreur et l’angoisse. Déjà l’effroyable boucherie du malheureux cheval avait ébranlé les nerfs de plus d’un qui se croyait plus résistant. Plus d’une noble dame s’était évanouie, plus d’une poussait de véritables hurlements, comme si elle se fût sentie menacée elle-même.

La piste avait été envahie par une foule de braves, courageux certes, animés des meilleures intentions aussi, mais agissant sans ordre, dans une confusion inexprimable, se tenant prudemment à distance du taureau et ne réussissant, en somme, par leurs clameurs et leur vaine agitation, qu’à l’exaspérer davantage, si possible.

À moins d’un miracle, c’en était fait de Barba-Roja. Tous le comprirent ainsi.

Le roi, dans sa loge, se tourna légèrement vers d’Espinosa et, froidement:

– Je crois, dit-il, qu’il vous faudra vous mettre en quête d’un nouveau garde du corps pour mon service particulier.

Ce fut tout ce qu’il trouva à dire en faveur de l’homme qui, à tout prendre, l’avait, durant de longues années, servi avec fidélité et dévouement.

Aussi froidement, d’Espinosa s’inclina pour manifester que c’était aussi son avis.

Cependant le taureau arrivait sur l’homme, toujours étalé sur le sol. La seule chance qui lui restait de s’en tirer résidait maintenant dans la solidité de son armure et dans la versatilité de la bête qui chargeait. Si elle se contentait de quelques coups, l’homme pouvait espérer en réchapper, fortement éclopé sans doute, estropié peut-être, mais enfin avec des chances de survivre à ses blessures. Si la bête montrait le même acharnement qu’elle avait montré pour le cheval, il n’y avait pas d’armure assez puissante pour résister à la force des coups redoublés qu’elle lui porterait. La bête ne le lâcherait que lorsqu’il serait réduit, comme le cheval, à l’état de bouillie sanglante.

Et maintenant quelques toises à peine la séparaient de son ennemi inerte…

Déjà plus d’un et plus d’une fermaient les yeux pour ne pas voir l’horrible massacre, les cris de terreur et d’effroi déchirèrent l’air, la confusion et l’agitation stérile redoublaient à distance respectueuse de la bête près d’atteindre son but.

À ce moment un frémissement prodigieux, qui n’avait rien de commun avec le frisson de la terreur qui la secouait jusque-là, agita cette foule énervée par l’angoisse.

Sur les gradins, aux fenêtres, aux balcons, des hommes se dressaient, debout, hagards, congestionnés, cherchant à voir, à voir malgré tout, sans s’occuper de gêner le voisin. Une immense acclamation retentit dans les tribunes, gagna le populaire debout, qui se bousculait pour mieux voir, se répercuta jusque sous les arcades de la place et dans les rues adjacentes:

– Noël! Noël! pour le brave gentilhomme.

Dans la tribune royale le même frisson de curiosité et d’espoir secoua tous les dignitaires qui oublièrent momentanément la sévère étiquette pour se bousculer derrière le roi, s’approcher de la rampe du balcon pour voir.

Jusqu’au roi lui-même qui, déposant son flegme et son impassibilité, se dressa tout droit, les deux mains crispées sur le velours de la rampe de fer, se penchant hors du balcon, oubliant de remarquer et de relever, comme il convenait, comme il n’eût pas manqué de le faire en toute autre circonstance, le manquement à l’étiquette de ses dignitaires, pour voir.

Le grand inquisiteur lui-même s’oublia au point de s’accoter à la rampe, tout comme le roi, pour voir.

Seule, au milieu de la fièvre générale, Fausta demeura froide, impassible, un énigmatique sourire se jouant sur ses lèvres, qui tremblaient légèrement, seul indice de l’émotion qu’elle ressentait intérieurement.

Le populaire voulait voir. Les nobles, aux gradins et aux fenêtres, voulaient voir. Le roi et le grand inquisiteur voulaient voir. Tous, tous ils voulaient voir.

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