Historiettes, Contes Et Fabliaux
- Автор: de Sade Marquis Alphonse Francois
- Язык: французский
- Жанр: Романы для взрослых
Электронная книга - «Historiettes, Contes Et Fabliaux». Краткое содержание книги:
Le président ne pouvant ni soutenir ces inculpations ni y répondre, se leva de table comme un furieux en jurant qu’il allait quitter la maison; après le spectacle d’un robin amoureux, il n’y en a point de risible comme un robin en colère, les muscles de son visage naturellement arrangés par l’hypocrisie, obligés de passer subitement de là aux contorsions de la rage, n’y arrivent que par des gradations violentes dont la marche est comique à voir; quand on se fut bien amusé de son petit dépit, comme on n’en était pas encore à la scène qui devait à ce qu’on espérait, en débarrasser pour toujours, on travailla à le calmer, on courut à lui, et on le ramena; oubliant assez facilement le soir tous les petits tourments du matin, Fontanis reprit son air ordinaire et tout s’oublia.
Mlle de Téroze allait mieux, quoique toujours un peu abattue à l’extérieur, elle descendait cependant aux repas et se promenait même déjà un peu avec la compagnie; le président moins empressé parce que Lucile l’occupait seule, vit cependant qu’il allait bientôt ne devoir plus s’occuper que de sa femme. En conséquence il se résolut de presser vivement l’autre affaire, elle était au moment de la crise, Mlle de Totteville n’opposait plus aucune difficulté, il ne s’agissait que de trouver un rendez-vous sûr. Le président proposa son appartement de garçon, Lucile qui ne couchait point dans la chambre de ses parents, accepta volontiers ce local pour la nuit suivante, et en rendit compte sur-le-champ au marquis; on lui trace son rôle et le reste de la journée se passe tranquillement. Sur les onze heures, Lucile qui devait se rendre la première dans le lit du président par le moyen d’une clef que lui confiait celui-ci, prétexta un mal de tête et sortit. Un quart d’heure après, l’empressé Fontanis se retire, mais la marquise prétend que pour lui faire honneur ce soir-là, elle veut l’accompagner jusque dans sa chambre: toute la société saisit cette plaisanterie, Mlle de Téroze est la première à s’en amuser, et sans prendre garde au président qui est sur les épines, et qui aurait bien voulu ou se soustraire à cette ridicule politesse, ou prévenir au moins celle qu’il s’imaginait qu’on allait surprendre, on s’empare des bougies, les hommes passent les premiers, les femmes entourent Fontanis, elles lui donnent la main, et dans ce plaisant cortège on se rend à la porte de sa chambre… A peine notre infortuné galant pouvait-il respirer.
– Je ne réponds de rien, disait-il en balbutiant, songez à l’imprudence que vous faites, qui vous dit que l’objet de mes amours n’est peut-être pas à m’attendre en cet instant-ci dans mon lit, et si cela est, réfléchissez-vous bien à tout ce qui peut résulter de l’inconséquence de votre démarche?
– A tout événement, dit la marquise en ouvrant précipitamment la porte, allons, beauté qui, dit-on, attendez le président au lit, paraissez et n’ayez pas peur.
Mais quelle est la surprise générale, quand les lumières en face du lit éclairent un âne monstrueux, mollement couché dans les draps, et qui par une fatalité plaisante, fort content sans doute du rôle qu’on lui faisait jouer, s’était paisiblement endormi sur la couche magistrale et y ronflait voluptueusement.
– Ah! parbleu, s’écria d’Olincourt en se tenant les côtés de rire, président, considère un peu l’heureux sang-froid de cet animal, ne dirait-on pas que c’est un de tes confrères à l’audience?
Le président néanmoins fort aise d’en être quitte pour cette plaisanterie, le président qui s’imaginait qu’elle jetterait un voile sur le reste, et que Lucile s’en étant aperçue la première aurait eu la prudence de ne faire en rien soupçonner leur intrigue, le président, dis-je, se mit à rire avec les autres, on dégagea comme on put le baudet fort affligé d’être interrompu dans son sommeil, on mit des draps blancs, et Fontanis remplaça dignement le plus superbe des ânes qui se fût trouvé dans le pays.
– En vérité c’est la même chose, dit la marquise quand elle l’eut vu couché, je n’aurais jamais cru qu’il y eût une ressemblance si entière entre un âne et un président au Parlement d’Aix.
– Quelle était donc votre erreur, madame, reprit le marquis, ne savez-vous donc pas que c’est parmi ces docteurs que cette cour a toujours élu ses membres, je gagerais que celui que vous voyiez sortir là en a été premier président.
Le premier soin de Fontanis dès le lendemain fut de demander à Lucile comment elle s’était tirée d’affaire: celle-ci bien instruite dit que s’étant aperçue de la plaisanterie, elle s’était retirée fort promptement, mais avec l’inquiétude pourtant d’avoir été trahie, ce qui lui avait fait passer une nuit affreuse et désirer avec bien de l’ardeur l’instant où elle pourrait s’éclaircir; le président la rassura et obtint d’elle sa revanche pour le lendemain; la prude Lucile se fit un peu prier, Fontanis n’en devint que plus ardent et tout se dispose suivant ses désirs. Mais si ce premier rendez-vous avait été troublé par une scène comique, quel événement fatal allait empêcher le deuxième! Les choses s’arrangent comme l’avant-veille, Lucile se retire la première, le président la suit peu après sans que qui que ce soit s’y oppose, il la trouve au rendez-vous indiqué, la saisissant entre ses bras, il s’apprête déjà à lui donner des preuves non équivoques de sa passion… tout à coup les portes s’ouvrent, c’est M. et Mme de Totteville, c’est la marquise, c’est Mlle de Téroze elle-même.