Les seigneurs de la guerre
- Автор: Клейн Жерар
- Год: 1975
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les seigneurs de la guerre». Краткое содержание книги:
Pour Georges Corson la guerre est l’unique raison de vivre, la guerre qui oppose les Puissances Solaires aux princes d’Uria. La situation de Corson semble désespéré : perdu, seul, dans la jungle d’Uria à proximité du Monstre dont le seul désir est de tuer. C’est alors qu’une jeune femme terrienne pose son navire spatial près de Corson. Stupéfait de cette présence insolite, il lui demande des nouvelles de la guerre. « Quelle guerre ? » répond-elle.
— Vous réfléchissez trop longtemps avant de parler, dit Veran. Je n’aime pas ça.
— J’ai beaucoup de choses à dire. L’endroit n’est pas idéal.
Veran fit un signe.
— Il ne porte ni arme ni bombe, dit un des hommes. Seulement un transmetteur au cou. Pas d’images, rien que le son.
— D’accord, dit Veran. Allons-y.
27
— Tout homme a un but, dit Veran, même s’il l’ignore. Ce que je ne comprends pas, Corson, c’est ce que vous cherchez. Certains sont mus par l’ambition, comme moi, d’autres par la peur, d’autres encore, en certaines époques, par le goût de l’argent. Et qu’ils tirent bien ou mal, leurs actes sont autant de flèches dirigées vers ce but. Mais je ne vois pas votre but, Corson. Et je n’aime pas ça. Je n’aime pas traiter avec quelqu’un dont le but m’échappe.
— Disons que je suis mu par l’ambition. Et par la peur. J’ai envie de devenir quelqu’un d’important, avec l’aide de ces Uriens. Et j’ai peur. Je suis un homme traqué, un criminel de guerre. Comme vous, Veran.
— Colonel Veran, dit Veran.
— Comme vous, colonel ! Je ne tiens pas à regagner Aergistal, à vivre une guerre infinie et absurde. Cela a un sens, non ?
— Vous savez, dit lentement Veran, articulant avec soin, que les guerres n’ont pas de sens, en Aergistal ? Qu’il n’y a rien à conquérir, là-bas ?
— J’en ai l’impression.
— Votre attitude est trop logique. Quand un ennemi veut vous amener à croire qu’il va exécuter un certain mouvement, il s’arrange pour avoir de bonnes, de solides raisons de le faire. Il s’abrite derrière. Et il fait autre chose. Et vous tombez dans le panneau.
— Vous voudriez que je me mette à pleurer. Parce que je suis un pauvre type, perdu dans l’espace et dans le temps, tiré d’Aergistal par un marchand d’esclaves et revendu à une bande d’oiseaux fanatiques.
— Ce message ! dit Veran.
Corson posa ses mains à plat sur la table, fit un effort pour relâcher ses muscles.
— Vous dites me l’avoir envoyé avec l’aide des Uriens. Je l’ai égaré. Pouvez-vous m’en rappeler les termes ?
— Je vous donnais rendez-vous ici, colonel. Je vous disais comment sortir d’Aergistal. Je…
— Les termes exacts, Corson !
Corson regarda ses mains. Il lui sembla que le sang se retirait sous les ongles, que ses doigts devenaient crayeux.
— Je les ai oubliés, colonel.
— Je crois que vous ne les connaissez pas, Corson, dit lentement Veran. Je crois que vous n’avez pas encore envoyé ce message. Si vous travailliez pour quelqu’un qui l’aurait envoyé en votre nom, vous en connaîtriez les termes. Ce message appartient à votre avenir. Et je ne sais pas si je peux faire confiance à votre avenir.
— Admettons votre hypothèse. Je vous rendrai alors un grand service dans l’avenir.
— Vous comprenez ce que cela signifie.
Il y eut un silence. Puis, fixant Corson, Veran dit nerveusement :
— Je ne peux pas vous tuer. Pas avant que vous ayez envoyé ce message. Oh, ce n’est pas l’idée d’être incapable de vous tuer qui me gêne. Je ne tue pas pour le plaisir. C’est le fait d’être incapable de vous faire peur. Je n’aime pas ça. Je n’aime pas me servir de quelqu’un que je ne comprends pas et que je n’effraie pas.
— Un pat, dit Corson.
— Pat ?
— Un terme de joueur d’échecs et qui définit une partie nulle.
— Je ne suis pas un joueur, dit Veran. J’aime trop gagner.
— Ce n’est pas un jeu de hasard. Mais plutôt un exercice stratégique.
— Une sorte de Kriegspiel ? Avec le temps comme inconnue ?
— Non, dit Corson. Sans le temps.
Veran eut un rire bref.
— Trop simple. Ça ne m’amuserait pas.
Le temps, pensait Corson. Et une mécanique bien montée. Je suis protégé par un message que j’enverrai probablement moi-même, dont je ne connais pas encore les termes et dont j’ignorais jusqu’à l’existence il y a une heure. Je mets mes pieds dans mes propres traces, sans le savoir, afin d’éviter les pièges.
— Et qu’arrivera-t-il si je suis tué, si je n’envoie pas le message ?
— L’aspect philosophique des choses vous tracasse. Je n’en sais rien. Quelqu’un d’autre enverra peut-être un message identique. Ou un autre message. Ou je ne recevrai jamais rien et je resterai là-bas et je me ferai tailler en pièces.
Il sourit largement et Corson put voir qu’il n’avait pas de dents, rien qu’une barre tranchante de métal blanc, aiguisée.
— Je suis peut-être déjà prisonnier, ou pire.
— On ne demeure pas mort longtemps, en Aergistal, dit Corson.
— Vous savez cela aussi.
— Je vous ai dit que j’avais été là-bas.
— Le pire, dit Veran, ce n’est pas d’être tué. C’est de perdre une bataille.
— Mais vous êtes ici.
— Je tiens à y rester. L’important, quand on jongle avec les possibles, c’est le présent. On le découvre plus ou moins vite. J’ai une chance toute neuve. Je tiens à en profiter.
— Donc vous ne pouvez pas me tuer, dit Corson.
— Je le regrette, dit Veran. Pas pour la chose elle-même. Pour le principe.
— Vous ne pourrez même pas me retenir. Au moment que je déciderai, vous devrez me laisser partir pour que j’aie une chance d’envoyer ce message.
— Je vous accompagnerai, dit Veran.
Corson eut l’impression que son assurance faiblissait.
— Alors je n’enverrai pas ce message.
— Je vous forcerai.
Une question qui résumait le problème vint à l’esprit de Corson. Il sut qu’il avait trouvé la faille dans le système de Veran.
— Pourquoi ne l’en voyez-vous pas vous-même ?
Veran secoua la tête.
— Vous vous moquez de moi. Aergistal est à l’autre bout de l’univers. Je ne saurais même pas dans quelle direction l’adresser. Sans ces coordonnées que vous m’avez adressées, je n’aurais jamais trouvé le chemin de ce monde. Pas en un milliard d’années. Et il y a la théorie de l’information…
— Quelle théorie ?
— Un émetteur ne peut pas être son propre récepteur, dit patiemment Veran. Je ne peux pas me faire signe à moi-même. Cela déclencherait une série d’oscillations dans le temps qui finiraient par s’amortir en éliminant la perturbation. La distance s’évanouirait entre le point d’origine et le point d’arrivée et tout ce qui se trouverait dans l’intervalle disparaîtrait. C’est la raison pour laquelle je ne vous ai pas montré le texte de votre message. Je ne l’ai pas perdu. Il se trouve sous mon coude. Mais je ne veux pas réduire vos chances de l’envoyer.
— L’univers ne supporte pas la contradiction, dit Corson.
— Point de vue tristement anthropomorphique. L’univers supporte n’importe quoi. Et même les mathématiques montrent qu’il est toujours possible de construire des systèmes de propositions rigoureusement contradictoires, exclusifs les uns des autres, quelle que soit la puissance de ces systèmes.
— Je croyais les mathématiques cohérentes, dit doucement Corson. D’un point de vue logique. L’hypothèse du continu…
— Vous me surprenez autant par ce que vous ignorez que par ce que vous savez, Corson. L’hypothèse du continu a été infirmée il y a plus de trois mille ans, temps local. Et d’ailleurs, elle n’a pas grand-chose à voir avec votre affaire. Ce qui est vrai, c’est qu’une théorie fondée sur un nombre infini d’axiomes contient toujours sa propre contradiction. Elle s’annule, elle disparaît ; elle retourne au néant. Mais cela ne l’empêche pas d’exister. Sur le papier.